Sortir du cléricalisme ?! Simples réflexions d'un simple prêtre...

Publié le par Christophe Delaigue

Tout cela tourne dans ma tête depuis plusieurs jours... Ces histoires de pédophilie aux USA et cette Lettre au peuple de Dieu que le pape François nous a alors adressée... Et je suis assez heurté par tout un tas de choses qui circulent sur les réseaux sociaux depuis ces révélations et les événements qui ont suivi. Je suis effaré de ce qui a pu être infligé à tant d'enfants et de familles, évidemment, mais assez échaudé également par les slogans égalitaristes qui ressortent, comme si la réponse à tous les problèmes seraient que les prêtres soient mariés, comme tout le monde — tout le monde, vraiment ? et la pédophilie dans les familles, par exemple, qu'en fait-on ? — et que les femmes aient le droit à l'ordination et à des postes de pouvoir dans l'Eglise, à prêcher aussi... La question du pouvoir... Ah, si nous nous rappelions tous que “pouvoir“ signifie toujours, dans l'Eglise, ou devrait toujours signifier, “service”, service de tous pour l'annonce de l'Evangile...

Je ne dis pas qu'il ne faut pas entendre tout cela, ne pas écouter ces revendications pour bien comprendre le fond de ce qui est porté, vécu ou attendu d'une vie en Eglise plus évangélique et plus ecclésiale (au sens communautaire et fraternel). Mais ces revendications et parfois ces étendards un peu idéologiques ne masquent-ils pas le fond du problème et donc les vraies questions ? ...

Je ne dis pas, donc, qu'il ne faut pas entendre tout cela, mais comment ? Et comment, de façon plus large que nos seules vues européano-occidentales ? Et comment, au coeur du réel de la vie ecclésiale actuelle ? Je m'explique tout de suite sur ce point là : derrières certaines revendications qui ressortent régulièrement il y a parfois des hommes et des femmes qu'on ne voit jamais dans nos communautés ecclésiales paroissiales ! Certains ont quitté à cause de tel prêtre qui a pu les blesser, c'est vrai, ou de tel prêtre trop clérical et fermé à tout dialogue ou toute écoute, d'autres parce qu'ils se sentent au-dessus de cette institution paroisse qui serait dépassée et/ou à bannir, d'autres encore parce qu'on ne fait pas droit à leurs revendications brandies parfois comme des étendards avec lesquels on part en guerre...

J'entends l'appel du pape à sortir du cléricalisme et à le combattre. Oui. Promis. J'entends et ça tourne en moi, ça m'habite... Et voilà ce qui m'est venu, trop simplement peut-être, mais au regard de ma petite expérience de prêtre depuis 13 ans dont 10 comme curé, qui a toujours joué le jeu, avec grande joie, des institutions et responsabilités partagées avec les laïcs, dans une confiance et une estime mutuelle je crois (même si je reconnais que j'ai parfois pu blesser car j'ai pu me tromper ou ne pas être compris dans certaines décisions, mais que je n'ai jamais prises seul, toujours avec mes collaborateurs laïcs et prêtres, diacres ; toujours). Je crois même — c'est une certitude pour moi —, que je ne peux être prêtre sans cette féconde co-responsabilité qui nous permet de servir au mieux le peuple de Dieu, dans l'écoute et la mise en place de réponses à ses besoins pour la mission et la présence qui doit être la sienne pour vivre l'évangile en actes dans le monde, dans le service aussi de sa formation et sa croissance spirituelle, et dans la construction de communautés vivantes et fraternelles, ressourçantes, où il fasse bon se retrouver et se tourner ensemble vers notre seule raison d'être : le Christ, qui chemine avec nous et qui nous révèle le Père et sa miséricorde pour tous, le Christ qui promet l'Esprit Saint à qui le demande et qui nous est donné pour vivre en chrétiens aujourd'hui.

Combattre le cléricalisme, donc ? Celui des prêtres, oui je veux bien l'entendre, celui qu'ils se donnent ou dans lequel on les veut parfois, disons-le aussi (et pas que les familles tradies, pour reprendre cette étiquette souvent utilisée à leur encontre)... Le cléricalisme des prêtres... mais également, dans certaines situations, celui de certains laïcs ou diacres, non, vous ne croyez pas ? Je pense là, par exemple, à certaines luttes de pouvoir dans certains mouvements ou clochers, où l'on ne veut pas que le prêtre ou l'équipe paroissiale ou je ne sais qui d'autre aient leur mot à dire sur ce qui est vécu, car on est chez soi donc on fait ce qu'on veut ! Je caricature à peine... voire pas du tout... pour certaines situations, pas pour toutes, évidemment.

Alors... comment faire ? 4 points ou pistes de réflexion me sont venues, et une 5ème. Je les partage ici bien simplement, sans prétention aucune de tout dire ou de bien dire. Juste oser partager un peu ce qui m'habite...

Comment sortir, donc, du cléricalisme ?

1. Mettre le Christ au centre !

D'abord et tout-jours ! Le mettre au centre de notre vie à chacun et au centre de notre vivre ensemble. Et pour cela, par l'eucharistie (qui nous rassemble vraiment, en communautés où il fasse bon se retrouver, dynamisantes, joyeuses et heureuses d'être Eglise ensemble), par la prière personnelle et communautaire, et par la Parole de Dieu, priée, partagée (par exemple en Fraternité locale dans quartier ou un hameau ou dans un village ou un clocher) et annoncée....

2. Être chacun à notre place...

Je m'explique ! En précisant tout d'abord que la solution à tous nos maux ne sera pas, je ne le crois pas, l'égalitarisme parfois revendiqué qui gomme les différences et les charismes. Notre mission 1ère, à tous, celle de l'Eglise que nous sommes tous ensemble, et donc notre mission à chacun, ce n'est pas d'abord de faire tourner la boutique-Eglise, entre nous — même s'il faut un minimum c'est vrai — ; notre mission première c'est de sanctifier le monde, et déjà de prier pour lui et faire monter vers Dieu les cris de ce temps pour qu'il nous inspire quels chemins de réponses sont envisageables ; notre mission c'est aussi d'annoncer l'Evangile et de vivre cette annonce du salut, en actes. Pour cela vivre l'appel à la sainteté dont le pape François nous parle dans Gaudete et Exultate, vivre les Béatitudes et les appels de Mt 25.

Pour nous donner de pouvoir vivre cela, tous, pour nous permettre d'être prêtres, prophètes et rois, de vivre notre baptême dans le monde, très concrètement et pleinement, nous est donné le sacerdoce ministériel, le ministère presbytéral et épiscopal, des prêtres et des évêques au service des communautés, pour les nourrir ou leur permettre d'être nourries de l'eucharistie et de la Parole de Dieu (notamment, sur cet aspect là, par la prédication, au nom du Christ seul prêtre, berger de son troupeau que nous sommes).

Et nous sont donnés aussi les diacres pour nous rappeler à tous que toute vie chrétienne doit s'incarner dans le service de l'autre et tout spécialement les plus petits et les plus pauvres, service qui passe par la prière pour et avec eux, par l'annonce de la Parole, et par la charité en actes.

3. Dans de réelles communautés...

Si des prêtres sont envoyés et donnés à des communautés pour les accompagner, les nourrir, les conduire et vivre avec elles, demandons-nous : où sont-elles ? qui sont-elles, aujourd'hui ? Il y a urgence, excusez-moi, à refonder notre vivre ecclésial, notre vivre ensemble, à refonder des communautés ! Je dis bien “communautés” et pas “assemblées de gens bien polis — quand ils ne se jugent pas les uns les autres — assis les uns à côtés des autres et qui rentrent chacun chez soi jusqu'à la fois suivante”...

Des “communautés”, oui. Dont les membres aient envie de vivre ensemble, de vivre ensemble leur foi, de la nourrir, de grandir et s'aider mutuellement à grandir en sainteté, en vie d'Evangile, tous ensemble — laïcs, prêtres et diacres. Et qui aient envie, du coup, d'inviter d'autres à les rejoindre ! ... En communautés ! Pas en clochers juxtaposés dans une paroisse.

En communauté où le prêtre au service (comme l'évêque) soit entouré de ces collaborateurs nécessaires pour être à l'écoute des besoins et vivre un service ajusté, avec un regard de complémentarité des vocations et des états de vie, des collaborateurs co-responsables avec lui (le prêtre), vivant leur foi quotidienne dans le monde — et donc en écoute particulière et indispensable des cris et des attentes de leurs contemporains. En communauté, donc, où ce prêtre responsable — au service et en co-responsabilité —, est là pour conduire cette communauté, dans l'écoute de ses divers besoins spirituels, fraternels-communautaires et missionnaires.

4. S'y recevoir les uns les autres comme un don de Dieu !

Les prêtres et leur(s) communauté(s) ; les prêtres par leur(s) communautés et inversement ! Les communautés par leurs prêtres et leur évêque. Et donc pas d'abord en défiance mutuelle ou je ne sais quel jugement ou sentiment de supériorité les uns sur les autres. S'accueillir les uns les autres, dans la richesse de notre diversité de fonctions et de charismes, comme un don que Dieu fait, l'un à l'autre. Et là, se reconnaître frères et soeurs, en communauté. Se reconnaître et s'accueillir frères et soeurs en Christ (là est notre égale dignité). Et là, ainsi, assurer nos missions respectives comme des services, pas des pouvoirs.

En acceptant toujours, chacun, de nous recevoir d'un autre. Avec humilité, du coup, en essayant et en nous aidant à valoriser nos charismes respectifs et nos talents propres. Au service du bien commun et de notre commune mission. Et pour cela, vivre ensemble, prier ensemble, se mettre à l'écoute de la Parole, etc.

5. Et se former !

Tous, chacun selon nos besoins ou nos missions, et ensemble. Formations initiales, mais aussi quant à notre formation permanente. Par exemple : pas les futurs prêtres ou diacres de leur côté et les laïcs et les consacrés encore à part. Ensemble, pour ce qui relève notre commune vocation de disciples-missionnaires, ensemble mais sans nier les besoins spécifiques de tel ou tel état de vie ou tel ministère ou telle fonction ou responsabilité. A discerner... mais en n'oubliant pas que tous ont à se laisser former et que nous y gagnerons tous à avoir de vrais temps de formations tous ensemble.

Pour cela, pour notre service à tous, former des formateurs, pas forcément que prêtres ni exclusivement laïcs, mais selon les charismes et les talents, dans la féconde complémentarité des états de vie et des appels, hommes et femmes.

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Quelques pistes, qui sont des balbutiements, des convictions aussi... sans aucune prétention... et sans penser que cela résolve évidemment tous les problèmes, notamment les problèmes de pédophilie de certains prêtres (mais sans doute aussi, malheureusement, de certains baptisés dans leurs familles ou autour d'eux)... En tout cas, si nous vivons en confiance, frères et sœurs, nous nous aiderons à veiller les uns sur les autres, cela doit aider un peu, je crois...

Quelques pistes, donc, quelques réflexions simples qui sont le fruit de ce qui s'agite en moi ces jours, comme prêtre qui essaye d'être fidèle à la mission reçue, qui a essayé comme curé, et qui a toujours essayé, de vivre ses responsabilités avec des laïcs, au service de la croissance spirituelle et communautaire de celles et ceux à qui il était envoyé, au service aussi de notre vie d'Evangile à tous, chaque jour.

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