Marcher la nuit

Publié le par Christophe Delaigue

 

C'était lundi soir dernier, les jeunes adultes 18-35 ans des diocèses de la région Auvergne-Rhône-Alpes étaient invités à rencontrer et débattre avec Adrien Candiard, frère dominicain, en live-vidéo depuis Le Caire. Et pour se préparer à cette soirée il leur avait été proposé un défi : acheter un livre et le lire. Pas trop gros, simple, nourrissant pour la vie spirituelle. Les jeunes auraient-ils besoin qu'on les aide à ouvrir un livre ? Un de ceux qui animaient la soirée, du haut de ses 25 ans, répondit à cette question, dans son introduction, en affirmant de façon un peu catégorique : « Les jeunes ne lisent plus ! », et sans doute peu, semble-t-il, pour beaucoup d'entre eux. Culture de l'image, du podcast, de la vidéo...

Ceci étant, quel rapport avec ce qui vient ?! Je lis en ce moment un livre vraiment bien, décalant (si j'ose ce mot qui n'existe peut-être pas sous cette forme), déplaçant, tout simple lui aussi, plein d'anecdotes bien concrètes de notre vie quotidienne. Je l'avais vu traîner sur un étal de librairie, attiré mais sans plus. Puis je le vois sur la table basse chez mon confrère et curé de la paroisse St Joseph – la paroisse de Grenoble confiée par notre évêque aux jeunes adultes –, ce qu'il m'en dit me donne envie de le lire, je le feuillette et de fait l'une ou l'autre page me poussent à lui faire confiance.

Quel rapport me direz-vous, avec le début de ce post' ?! J'y viens, un peu de patience ! D'ailleurs, le sous-titre de ce recueil de textes – car c'est de cela dont il s'agit – est justement : Textes de patience et de résistance.

Le voilà le rapport ! Ce sont de courts textes ici rassemblés. Faciles à lire mais profonds, intéressants. Mais courts : 2-3 pages max pour chacun d'eux. On peut les lire petit à petit, au fil des jours. On peut les prendre dans l'ordre ou en glanant un peu au hasard, comme une petite touche d'aventure ou de surprise... Parfait pour des jeunes qui liraient peu, me disais-je !

C'est à l'occasion du premier déconfinement que l'auteur et l'éditeur ont décidé de rassembler ces pages. Ce sont des chroniques écrites et publiées pendant ce confinement d’alors, pour certaines, et d'autres dans les mois qui précédaient. Toutes ont rapport à ce que la vie nous donne de traverser et des lueurs d'espérance qui peuvent nous donner d'avancer, de tenir dans une forme de combat ou de patience ou de résistance, ce qui va nous faire entrer en dynamique de vie, cette vie qui, si on aiguise notre regard, pourrait nous apparaître victorieuse du mal ou du brouillard qui peut nous prendre.

Concrètement, après une introduction (appelée « Prologue ») sur le pourquoi et le comment de ce livre, trois parties le composent, comme trois stations de la marche qui nous est proposée, intitulées des prénoms des trois mages de la fête qui vent de l'Epiphanie : Melchior (homme de sagesse), Balthazar (homme de colère) et Gaspar (homme de l'attente). L'itinéraire qui nous est ici proposé est celui de passer du constat que la nuit est tombée (1) mais pour apprendre à voir là et à recueillir des lambeaux de lumière (2) pour entrer dans une confiance toujours à recevoir que le mal, en fait, pourrait ne pas avoir (et même n’a pas) le dernier mot (3)...

Vraiment j'aime ces pages et je vous les recommande (« j’aime », au présent, car je n'ai pas encore fini, j'en ai lu deux tiers à ce jour, pas à pas). C'est vraiment agréable à lire. Certes, comme tous les recueils de textes c'est parfois un peu inégal de l’un à l’autre. Mais j'aime ces pages par le style et ce que ça nous invite à méditer ou faire nôtre. J’aime aussi la façon qu’a l’auteur de jouer avec les mots comme avec les contradictions et évidences toutes faites de nos discours ambiants que parfois nous brandissons comme des vérités à entendre et à suivre.  Et là, ainsi, il détricote les idées toutes faites, il nous invite à aller plus loin, et il met au jour des lueurs d'espérance qui donneraient de croire en la Vie, peut-être même en Dieu, car Il n'est jamais loin de tout cela et des propos de Martin Steffens – qui ne se cache pas sa foi.

Des textes qui nous déplacent, par un philosophe quarantenaire qui les veut ou les rend accessibles à tous. On me dit que le jeunes ne lisent pas ou peu ? eh bien moi je me suis dit que ce livre était pour eux, d'autant que lundi soir ils ont montré qu'ils avaient osé relever le défi de lire pour débattre avec un auteur. Alors continuons cette marche là aussi !

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Martin Steffens, Marcher la nuit. Textes de patience et de résistance, Desclée de Brouwer, octobre 2020, 319 pages.

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