Homélie samedi 8 mai 2021

Publié le par Christophe Delaigue

Samedi de la 5ème semaine du Temps pascal[1]

Ac 16,1-10 / Ps 99 (100) / Jn 15,18-21

 

Les paroles de Jésus, ce matin, tranchent un peu avec celles d’hier et l’appel à nous aimer les uns les autres comme lui nous a aimés. Ça tranche et pourtant nous sommes dans la suite de son propos. Et nous le savons bien, il est mort de la haine de certains et du trop, pour eux, de son appel radical à aimer comme Dieu nous aime et qu’il révélait pleinement.

Nous le savons. Nous savons que ça lui a coûté la vie. Et pourtant nous aimerions que nos vies soient bien tranquilles, qu’il soit facile de suivre Jésus et de vivre l’Évangile.

Et comment ne pas penser ce matin à nos frères et sœurs, dans certaines régions du monde, en proie aujourd’hui encore à la persécution. Combien l’appel à s’aimer les uns les autres est presqu’une question vitale pour eux, car l’enjeu il est bien de se soutenir face à la haine du monde qui les entoure, l’enjeu il est pour eux à s’entraider très concrètement à fonder toute espérance et toute confiance en Dieu, quoi qu’il puisse leur arriver.

Nous, j’ai presqu’envie de dire, c’est facile d’être chrétiens. Certes le monde autour de nous s’en fout un peu de Dieu et de la foi, mais globalement on ne nous dérange pas trop. Dans nos familles peut-être, parfois, mais ce que ça entraîne c’est plus de la raillerie ou de l’indifférence que de la haine, même si je ne veux ni généraliser ni adoucir trop facilement ce qui est peut-être douloureux et difficile pour certains d’entre nous…

Il n’empêche, Jésus nous adresse ici un appel, quand même, quel que soit le cadre facilitant ou non à vivre notre foi : l’appel à le suivre vraiment, là où ça nous conduira. Le suivre pour de vrai, sans tiédeur ou compromissions faciles. Non pas pour s’élever contre le monde ou ceux qui nous entourent mais, au cœur du monde, être là au nom même de l’amour que Dieu a pour ce monde et dans lequel il veut nous entraîner, son amour sauveur, son amour qui veut la vie et qui se donne pour vaincre le mal et la mort et pour dénoncer les ténèbres qui traverse ce monde comme nos vies…

Être disciples de Jésus qui a donné sa vie pour ses amis – ce qu’on entendait hier – et qui est l’amour de Dieu en actes – puisque Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils pour que le monde soit sauvé – être disciples de Jésus nous appelle à vivre l’Évangile par amour, en amitié véritable qui trouve force en lui, lui le Christ notre Ami et dans le don de l’Esprit Saint qu’il nous fait.

Vivre l’Évangile en amitié véritable avec celles et ceux que la vie nous donne de rencontrer, pour être à notre mesure témoins de cet amour sauveur auquel nous croyons et qui un jour nous a saisis ; et que d’autres, peut-être, si Dieu le veut et le permet, en fassent l’expérience et mettent un nom dessus, qu’ils découvrent que cette Présence qu’ils pressentent c’est le Christ Jésus, mort et ressuscité pour nous, et que cette Présence que nous pressentons nous révèle ce Dieu qui est là, qui veut nous sauver de tout mal et de toute mort et qui pour cela s’est donné jusqu’au bout et par amour.

Il ne nous est pas demandé de devenir des kamikazes de la foi, non, juste de vivre l’Évangile, en amitié avec le Christ et dans le consentement à se laisser conduire avec lui jusqu’où cela doit nous mener. Au nom de l’appel à aimer, aimer en actes.

Le vivre vraiment, à notre petite mesure sans doute mais toute notre mesure, sans se défiler, sans vouloir sauver sa vie, c’est-à-dire sauver sa peau ou son petit confort. Non. Aimer, vivre l’Évangile et se laisser conduire.

En fondant tout sur le Christ qui nous a aimés, pleinement, et qui a consenti à ce qui adviendrait, jusqu’à donner sa vie pour nous, par amour. Pour notre salut.

Alors, à l’intercession des Bienheureux martyrs d’Algérie – que l’Église a inscrits ce jour au calendrier –, demandons la grâce d’une confiance paisible pour vivre ce qui nous est donné – j’ai envie de dire : tout simplement, mais pleinement, vraiment –, et aussi pour ce qui nous sera demandé par les circonstances de la vie.

La grâce de le vivre en amitié avec le Christ, chaque jour refondée, et aussi en amitié grandissante avec celles et ceux qui Dieu met sur notre route.

Et que là, dans l’humble don de nous-mêmes, comme Dieu voudra, nos vies soient témoignage et signe pour d’autres. Que ça témoigne de l’amour sauveur, l’amour plus fort que tout mal, et de la vie plus forte que tout chemin de mort.

Que nos vies en soient témoignage et signe, comme Dieu voudra, comme il le permettra, dans le réel concret où il nous a placés et là où il nous appelle. Et que jour après jour, semaine après semaine, eucharistie après eucharistie, le Christ ressuscité soit notre force pour cela, à l’écoute de ce que sa Parole suscitera en nous et à l’écoute des appels que nous aurons alors discernés dans le silence de la prière et dans le soutien mutuel pour avancer.

Oui, que le Christ Jésus qui se donne à nous soit notre force, il est notre Ami. Amen.

 

[1] 8 mai : Mémoire (facultative) des Bienheureux Pierre Claverie et ses 18 compagnons martyrs d’Algérie (dont les frères de Tibhirine).

Publié dans Homélies

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