Homélie jeudi 15 juillet 2021

Publié le par Christophe Delaigue

Jeudi de la 15ème semaine du Temps ordinaire

[Carmel ND de Surieu]

Ex 3,13-20 / Ps 104 (105) / Mt 11,28-30

 

Ces quelques mots d’Évangile, on les connaît bien, je crois. Et pourtant il me semble que nous ne perdons rien à les entendre et les réentendre régulièrement. Nous ne perdons rien à nous laisser toucher et rejoindre encore par cet appel. Car bien souvent, le risque dans nos épreuves quelles qu’elles soient, c’est de croire nous en débrouiller seul, à la seule force de notre volonté, à la seule force de nos bras.

Non pas que nous n’ayons pas foi en la Présence de Dieu avec nous. Non pas que nous ne voulions pas l’associer à ce que nous traversons. Mais bien souvent – peut-être pas vous, mes sœurs, mais je le vois bien avec l’un ou l’autre que j’accompagne – bien souvent notre foi en Dieu peut rester un « plus », on se tourne vers Dieu, pour de vrai, quand on n’y arrive plus par nous-mêmes. Or c’est bien un des enjeux de toute notre vie chrétienne que de marcher vraiment avec le Seigneur. Marcher avec lui en tout ce qui fait notre vie.

Vous le savez, mes sœurs, évidemment, et sans doute vous le vivez. Mais il nous faut le réentendre. Car la tentation peut tous nous guetter un jour ou l’autre de vouloir y arriver par nous-mêmes. C’est humain. Et nous apprenons tous, comme dit le prophète Michée, à « marcher humblement avec le Seigneur [notre] Dieu » (cf. Mi 6,8).

Alors entendons Jésus nous redire à chacun, chacune, aujourd’hui : « Venez à moi [viens à moi] vous tous qui peinez sous le poids du fardeau ; [oui, toi qui peines ;] et moi je vous procurerai le repos »

Venir à lui, le Christ, qui est venu à nous. Dieu qui a visité son peuple, chantons-nous tous les matins au Benedictus. Et nous l’avons entendu aussi dans la 1ère lecture ! Dieu qui a visité son peuple et qui a vu, dit-il, comment il était traité. Dieu qui a entendu le cri de son peuple sous l’oppression et qui va le sauver, Dieu qui se met en marche de salut pour lui, son peuple, avec l’appel de Moïse et son envoi en mission…

Venir au Christ qui vient à nous. Il veut nous sauver, il veut nous entraîner sur un chemin de salut, nous et ce monde, mais il nous faut consentir à nous laisser rejoindre, et pour cela : venir à lui.

C’est tout le mystère de notre liberté, qui est au cœur même de celui de l’Alliance, l’Alliance que Dieu rappelle à Moïse par son nom : il est le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de l’Alliance et des promesses de bénédiction, le Dieu qui marche avec nous.

Il nous faut tout-jours – c’est-à-dire chaque jour – décider, consentir, à venir à lui. C’est le choix de toute votre vie, ici au carmel, c’est celui que nous sommes tous appelés à poser et pour lequel nous avons besoin de votre prière, mes sœurs : venir au Christ, comme en cette eucharistie, et tout déposer en lui pour qu’il porte avec nous.

Et nous le savons, la marche au désert sera longue, nos traversées de chaque jour sont parfois difficiles, de libération en libération, mais aussi de découragement en découragement, en tout cas et surtout – nous l’apprenons petit à petit – de consentement en consentement…

Ce sera l’expérience d’Israël en sa libération d’Égypte et en sa marche au désert, c’est aussi celle de notre vie : d’étape en étape, il nous faut réentendre l’appel à ne pas oublier de faire toute place au Seigneur. On le sait mais les questionnements ou les découragements prennent parfois le dessus. On oublie ce que Dieu a déjà fait en nos vies et il nous faut refonder notre marche dans ce « faire mémoire » auquel Dieu appelle Moïse. Ce que nous célébrons à chaque eucharistie…

Le Christ porte et veut porter avec nous. Son joug est facile et léger, celui de sa Présence, celui de sa Croix en tant qu’elle est l’Amour pour nous jusqu’au bout, l’Amour sauveur du Père, sa miséricorde.

Il est là avec nous, il marche à nos côtés, il nous pousse délicatement à oser continuer la marche et il nous invite à regarder dans la même direction que lui, celle de notre terre promise qu’est la promesse de la résurrection, c’est-à-dire la confiance et l’assurance qu’avec lui, quoi qu’il nous arrive et quelles qu’en soient les apparences premières, la vie est et sera plus forte que tout mal et que toute mort.

Certes ce chemin de salut sera parfois de l’ordre du combat. Comme pour Israël : Pharaon ne se laissera pas faire et Dieu l’annonce déjà à Moïse, puis il faudra affronter la peur de traverser cette mer qui s’élèvera telle un mur face au peuple des Hébreux, il faudra que Moïse ait confiance en Dieu qui dira de jeter le bâton pour que la mer s’ouvre et que le peuple ait ensuite confiance en Moïse qui appellera à traverser. Puis il faudra marcher en ne se laissant pas envahir ni engloutir par les peurs, les questions, les découragements. Il faudra avancer en se laissant renouveler dans la confiance que Dieu est bien celui qui visite et accompagne son peuple – qui nous visite, qui me visite –, qu’il est bien ce Dieu qui est là, Dieu avec nous, l’Emmanuel, et qu’il sauve. Qu’il nous sauve, qu’il me sauve, et qu’il veut ainsi, par nous, par notre témoignage en actes, sauver d’autres et pour cela se faire connaître.

Alors, ce matin encore, célébrons le Christ qui vient à nous. Et allons à lui avec tout ce que nous portons, tout ce qui nous habite, nous et ce qui nous est confié des cris et des appels du monde. Tout cela nous l’offrons avec le pain et le vin, et déjà par le silence de notre prière ; nous l’offrons pour que le Christ le prenne avec lui, et qu’avec lui, par lui et en lui, ce soit porté au Père, en offrande… pour notre salut et pour le salut du monde… Amen.

Publié dans Homélies

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