Homélie mercredi 21 juillet 2021

Publié le par Christophe Delaigue

Mercredi de la 16ème semaine du Temps Ordinaire

Ex 16,1-5.9-15 / Ps 77 (78) / Mt 13,1-9

 

De la 1ère lecture, ce que j’aimerais qu’on retienne tout d’abord c’est que Dieu entend. J’ai envie de dire : on le sait, on nous l’avait déjà dit au début du livre de l’Exode avec l’envoi en mission de Moïse (cf. Ex 3) où Dieu lui disait qu’il avait entendu le cri de son peuple.

Là encore on nous précise que Dieu entend. Il entend les récriminations d’Israël qui rêvait de je ne sais quoi et qui se prend à croire qu’avant c’était tellement mieux. Euh… oui… mais au bémol près qu’ils étaient réduits en esclavage et que Pharaon mettait à mort tous les nouveaux nés. A part ça c’était génial !

Dieu entend son peuple qui murmure, qui voudrait vivre autre chose que cette traversée difficile. Il entend et il répond. « Vous avez faim ? Ok, vous aurez à manger. Mais par contre il va falloir apprendre à faire avec ce qui sera donné. » Et c’est la manne, ce « truc bizarre » qui ne ressemble à pas grand-chose, comme son nom l’indique. Et en plus il ne faudra en manger une seule ration chacun, sans faire de réserves. En gros : va falloir prendre ce qui sera donné et faire confiance que ça suffit et que demain sera donné ce qu’il faudra, et ainsi de suite…

Dieu entend, Dieu répond, mais il faut qu’on apprenne à prendre ce qui sera et pas ce que nous rêverions de si bien pour nous.

Et ça, honnêtement, ce n’est pas si simple. On est tous pareil. On rêverait tous que Dieu nous donne ce qu’on croit avoir besoin et comme on le veut nous, quand ça nous arrange et comme ça nous arrange. Un dieu à notre image…

Et on est tous pareil : on rêve toujours que ce soit autrement que le réel que l’on subit, on idéalise le passé et dès que c’est difficile on ne voit plus que la difficulté… C’est juste un constat, pas un jugement. Et c’est humain. Et c’est bien normal de rêver que la vie soit plus facile quand nos traversées nous paraissent insurmontables et sans issues. Évidemment.

Mais entendons ce qui nous est dit ce soir : que Dieu entend nos cris et qu’il va répondre. Il ne nous abandonne pas… Or ça c’est typique du doute et des épreuves : nous faire croire que Dieu nous laisse tomber ou qu’il s’en fout de ce qui nous arrive, qu’il nous laisserait nous débrouiller tout seul avec le « bazar » qui nous tombe dessus. C’est le propre du mal de nous faire douter. Rappelez-vous le serpent dans les premières pages du livre de la Genèse... Or Dieu entend et Dieu va répondre, Dieu donne, Dieu va nous donner ce dont nous avons besoin pour avancer. Mais ni plus ni moins. Juste ce qu’il nous faut.

Et ce qu’il nous faut, c’est quoi ? C’est la force de ne pas désespérer. C’est la paix du cœur qui permet d’oser croire en des lendemains meilleurs. C’est une présence qui réconforte, et c’est des paroles d’encouragement, de consolation, d’espérance aussi.

Et tout ça, c’est quelqu’un. C’est même quelqu’un qui dira qu’il n’est pas comme la manne, qu’il est le véritable Pain qui descend du Ciel (cf. Jn 6). C’est le Christ, le Christ Jésus qui dira à ses disciples : « Venez à moi vous tous qui peinez, et moi je vous donnerai le repos ». Lui, le Christ, qui ajoutera : « Prenez sur vous mon joug » qui est facile à porter et léger (cf. Mt 11,28-30) ; et ainsi il va prendre sur lui et avec nous le poids des jours et du mal et il va nous donner d’avancer, pas à pas et petit à petit.

Il est venu pour cela, et il est là le salut qu’il annonce et propose : sa présence avec nous si nous l’associons à ce que nous vivons, sa force qu’il promet et qu’il donne à ses disciples qui la lui demandent, cette force de vie et d’amour qu’est l’Esprit Saint, et des frères et sœurs, appelés à devenir miséricordieux comme le Père est miséricordieux (cf. Lc 6,36), des frères et des sœurs avec qui nous serons acteurs de salut, de cet amour en actes qui va à la rencontre de l’autre pour prendre soin de lui et lui permettre de se relever et de reprendre la route.

Nous le savons, Jésus est venu pour cela. Dieu l’a envoyé en notre humanité pour nous dire cela, pour nous le révéler. Et la page d’évangile qu’on vient d’entendre dit ce mouvement de Dieu qui veut féconder la terre de nos vies par son amour sauveur et par sa Parole de Vie qu’est le Christ Jésus et qu’il vient nous annoncer.

Et si nous sommes une terre bonne, c’est-à-dire une terre travaillée, une terre désencombrée de ce qui pourrait étouffer la semence ou l’empêcher de prendre racine, alors ça va porter du fruit. Le fruit que Dieu veut : son salut, qui est notamment paix intérieure et joie, quoi qu’il nous arrive et quelle que soit la traversée que nous ayons à vivre. Ce salut qui est la vie en nous qui nous traverse, malgré tout et parfois malgré les apparences premières, cette vie en nous qui nous rend vivant dans les petites choses du quotidien.

Et c’est tout l’enjeu de notre vie spirituelle, que d’accueillir le Christ dans la terre de nos vies, la terre que nous sommes. Lui faire place, lui demander qu’il porte avec nous, et apprendre, jour après jour, à récolter ce qui sera donné, ce qui est justement de l’ordre de la vie qui est là, même imperceptible parfois, mais qui est de l’ordre de la vie quand même. Ce qui est de l’ordre aussi d’une Parole qui vient nous rejoindre et nous donner confiance peut-être, une parole qui peut être de consolation ; ou encore une Parole, pourquoi pas, qui peut résonner en nous comme un appel qui nous met alors en route… Et parfois nous en sommes les premiers surpris…

Alors je ne sais quelles sont vos traversées, ni vos faims et vos soifs de vie. Je ne sais comment vous récriminez peut-être contre Dieu ou contre la vie ou contre ce qui ne va pas comme vous voudriez ou comme vous rêveriez ; mais ce soir encore, dans cette eucharistie, prenons le temps de déposer tout cela auprès du Seigneur en accueillant le mystère de sa Présence : car il vient, il vient nous rejoindre, il vient faire sa demeure en nous pour que nous demeurions en sa Présence. Et ça portera du fruit, son fruit de vie et de salut, et la paix et la joie qui vont avec (cf. Jn 15).

Puissions-nous le croire vraiment, et le lui demander. Dieu entend et il va répondre, d’une façon ou d’une autre. Quand et comment ? Nous verrons. Mais ayons foi qu’il nous donne ce dont nous avons besoin. Qu’il nous faut juste apprendre à le voir et le recueillir… Amen.

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