Joseph. L'ombre du Père

Publié le par Christophe Delaigue

 

Dans son texte Patris corde à l'occasion de l'Année St Jospeh, le pape François cite ce roman. Nous sommes au n.7 où St Joseph nous y est présenté comme “père dans l'ombre”. Et le pape d'écrire :

“L'écrivain polonais Jan Dobraczynski, dans son livre L'ombre du Père, a raconté la vie de saint Joseph sous forme de roman. Avec l'image suggestive de l'ombre il définit la figure de Joseph qui est pour Jésus l'ombre sur terre du Père Célèste. Il le garde, le protège, ne se détache jamais de lui pour suivre ses pas. Pensons à ce que Moïse rappelle à Israël : “Tu l'as vu aussi au désert : Yahvé ton Dieu te soutenait comme un homme soutient son fils” (Dt 1,31). C'est ainsi que Joseph a exercé la paternité pendant toute sa vie.”

Ce roman, quelqu'un m'a conseillé de le lire. Pourquoi pas, après tout, même si je me méfie des extrapolations autour des évangiles et d'une parole trop bavarde sur cet homme qui pour le coup parle peu et apparaît même assez peu dans les récits de la vie de Jésus. Il n'est question de St Joseph qu'à propos de l'annonce de la naissance de Jésus et de ce songe où Dieu lui demande de prendre Marie pour épouse plutôt que de la répudier en secret comme il l'envisageait, puis dans les récits de la nativité et de la fuite en Egypte, enfin à propos de ce qu'on pourrait appeler la disparition de Jésus à Jérusalem, vers ses 12 ans. Et tout cela n'est que dans les deux évangiles de Luc et Matthieu. Rien chez les autres.

Jan Dobraczynski choisit de s'en tenir à ces récits là. Et c'est autour de cela qu'il romance ce que cette petite famille en terre d'Israël a vécu. Il nous plonge pour cela dans les ambiances de l'époque : religieuse et politique, géographique aussi. Et c'est plutôt réussi, je trouve, intéressant en tout cas. Et plutôt bien écrit et bien raconté.

On peut être surpris ci et là par des rencontres que notre auteur fait faire à Marie ou Joseph ou à la Sainte famille, avec des personnages des évangiles qu'eux-mêmes ou Jésus rencontreront en fait plus tard. On peut être étonné aussi par telle ou telle affirmation de foi qui semble nous plonger déjà dans ce qui se jouera par exemple pour Jésus dans sa Passion. Comme si les récits de l'enfance nous faisaient déjà entrer dans ce mystère là. C'est un choix littéraire et théologique : si Jésus est vraiment homme il est en même temps vraiment Dieu, et le choix qui est fait c'est de concentrer sur ces récits de son enfance tout ce qui se jouera de son identité et de sa mission à venir, tout ce qui se jouera de son lien au Père et des attentes messianiques de son époque, de son rejet aussi. Mais l'évangile de Luc, notamment, ne fait-il pas déjà ainsi ?

Je trouve qu'on ne perd pas son temps à lire ces pages, si on aime les romans et qu'on a envie de se plonger dans les ambiances de l'époque et redécouvrir ainsi la figure de Joseph et plus largement l'histoire de la Sainte famille. Mais on n'apprend rien de plus sur St Joseph – et tant mieux en fait – que ce que nous en disent les évangiles. Et c'est romancé. Prenons-le comme tel. Certes avec quelques réflexions spirituelles et théologiques ci ou là, parfois un peu rapides peut-être et sans doute un peu maladroites pour l'une ou l'autre. Mais c'est intéressant et pourquoi pas...

Certes, on pourra aussi être étonné de certains agencements chronologiques des récits évangéliques, pour que ça serve au mieux le roman. C'est vrai. Mais ce sont des choix littéraires qui, je crois, ne changent pas fondamentalement le projet théologique de ce que Matthieu et Luc mettent en mots dans leurs propres récits de la nativité et de l'enfance de Jésus...

Ce que j'ai trouvé en tout cas très bien mis en récit c'est la foi de St Joseph, sa confiance dans le projet de Dieu, traversée pourtant par des questionnements, voire des doutes. Mais qui lui permettent d'avancer, et de consentir ainsi, avec tout ce qu'il est, à ce que Dieu fait advenir. De même à propos de Marie, de sa foi en Dieu et sa présence qui ne peut les abandonner. C'est assez réussi je trouve. Tout comme la mise en récit de cet amour qu'ils ont l'un pour l'autre et de comment ils se donnent de devenir ensemble et chacun ces parents que le Père a choisi de donner à son Fils.

Un roman, donc, plutôt bien agréable à lire ; une plongée originale dans les évangiles. Aux côtés de celui que le pape François nous invite à regarder en cette année qui lui est dédiée et qui s'achèvera le 8 décembre prochain. Une porte d'entrée, à prendre comme telle.

Publié en 1977, ce livre avait été remarqué par le cardinal Wyzinscki qui écrivait alors à son auteur : “Cher Jean, dans L'ombre du Père tu as mis à jour la lumière du Protecteur de Jésus et de sa Mère Immaculée... Tu nous as aidés à comprendre Saint Joseph... Dieu te récompensera pour cela...”

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Jan Dobraczynski, Joseph. L'ombre du Père, éditions Le Laurier, septembre 2021 (1977 pour l'original polonais), 418 pages, 18€.

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