Paix du coeur | fr. Roger, de Taizé

Publié le par Christophe Delaigue

[En pèlerinage paroissial à Cotignac, nous avons eu un temps pour réfléchir, à l'école de St Joseph, à la question de l'intériorité et de la prière dans nos vies. Notamment par un temps personnel de lecture de ce très beau texte de fr. Roger de Taizé que je vous partage ici. Il est tiré de son livre La prière, fraîcheur d'une source écrit à deux voix avec Mère Teresa.]

« Le  langage humain parvient peu à exprimer à Dieu les profondeurs de nous-mêmes. Certains jours nous prions avec presque rien. Se tenir près du Christ dans ce dépouillement, c’est déjà prier. Il comprend nos paroles, il comprend aussi nos silences. Et le silence est parfois le tout de la prière.

Sauras-tu accueillir le Ressuscité jusque dans les aridités de cette terre assoiffée de ton corps et de ton esprit ? Et l’évènement tout petit, même très caché, d’une attente fait jaillir des sources : la bonté du cœur, les dépassements, et aussi cet accord intérieur créé par la vie de l’Esprit saint répandu en nous.

Demeureras-tu auprès du Ressuscité, dans ces longs silences qui, au premier abord, semblent désertiques ? Ce silence n’a l’air de rien. Mais là mûrissent de courageuses décisions.

Non pas obtenir un silence intérieur à tout prix, cherchant à susciter en soi comme un vide, à faire taire imagination et réflexion. Inutile de proposer des méthodes pour forcer le silence. A qui se surprend à dire : « Mes pensées s’égarent, mon cœur s’éparpille », l’Évangile répond : « Dieu est plus grand que notre cœur ».

Dans la prière il t’arrivera de demander au Christ : « Qu’attends-tu de moi » Le jour vient où tu saisiras qu’il attend beaucoup, il attend que tu sois, pour les autres, un témoin de la confiance de la foi, comme un reflet de sa présence.

Ne t’inquiète pas de mal savoir prier. S’abîmer d’inquiétude n’a jamais été un chemin d’Évangile. « Par son inquiétude personne ne peut ajouter ne serait-ce qu’un jour à sa vie… C’est ma paix que je te donne… Que ton cœur cesse de se troubler et de craindre. »

Peurs et anxiété sont liées à notre condition humaine, plongée dans des sociétés blessées, secouées. C’est dans ces sociétés que tout être humain, tout croyant chemine, crée, souffre, et peut connaître des pulsions internes de révolte, parfois de haine et de domination.

Quand tu pries, il peut s’interposer entre Dieu et toi comme des brouillards. Ils portent des noms : révolte, frustration, perte de l’estime de ta propre vie, sentiment d’être indigne et non pardonné. Tant d’impressions subjectives peuvent dresser comme un barrage.

Gémir d’aller jusqu’à oublier sa présence ? Non. Abandonne-toi plutôt à la confiance. A tout âge, comme un enfant tu peux lui dire ce qui t’emprisonne et te blesse, ce qui pèse sur des êtres aimés. Laisse-le déblayer le chemin. Et tu comprendras que le Ressuscité t’accompagne partout, dans la rue, au travail, où que tu sois sur la terre.

Par son Esprit saint, le Ressuscité transfigure le plus déconcertant en toi. Il atteint l’inatteignable. Les pessimismes que tu portes sur toi-même se dissolvent, tu peux faire la chasse aux impressions.

Imperceptible changement au-dedans, la transfiguration de l’être se poursuit au long de l’existence. Elle fait de chaque jour un aujourd’hui de Dieu. Déjà sur la terre elle est le commencement de ta résurrection, le début d’une vie qui ne finit pas.

Étonnement d’un amour sans commencement ni fin… Tu te surprendras à dire :

Ce Jésus, le Ressuscité, était en moi et pourtant je ne ressentais rien de lui. Si souvent je l’ai cherché ailleurs ! Tant que je fuyais les sources déposées par lui au creux de mon être, j’avais beau courir à travers la terre, aller loin, très loin, je me fourvoyais sur des chemins sans issue. Une joie de Dieu demeurait introuvable.

Mais vint le temps où je découvris que le Christ ne m’avait jamais quitté. Je n’osais pas encore m’adresser à lui, mais déjà il me comprenait, déjà il me parlait. Le baptême avait été la marque d’une invisible présence. Quand s’est levé le voile de l’inquiétude, la confiance de la foi est venue éclairer jusqu’à ma propre nuit.

Jésus le Christ, dans ton Évangile tu nous dis : « Pourquoi vous mettre en souci… par vos inquiétudes, vous ne pouvez rien ! » Et chaque jour tu nous donnes de découvrir, aux sources de la foi, la paix du cœur, si essentielle pour te suivre et nous construire intérieurement. »

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