Le blog de Christophe Delaigue, prêtre à Grenoble : homélies, cinéma, lectures…

De purs hommes

 

Achevant ma lecture du dernier Prix Goncourt, j'ai voulu me plonger dans un autre livre de Mohamed Mbougar Sarr, pour voir. Et dans une des librairies près de chez moi je suis tombé sur ce roman de lui, publié en 2018. Des pages qui m'ont perturbé, et qui à l'époque ont fait quelques remous, comme je l'ai lu ensuite en faisant 2-3 recherches.

Ce roman est d'un tout autre style que La plus secrète mémoire des hommes. Au point de départ, un fait divers, une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux et qui a interpelé notre auteur et, dans son roman, celui qui en est le héros, un jeune professeur de littérature occidentale à l'université de Dakar. Sur cette vidéo on y voit deux hommes déterrant un corps sous les cris de la foule. Il s'agit d'un homme qui semble avoir été accusé d'homosexualité et  dont on ne veut pas dans son quartier jusqu'en terre car se présence ici rendra celle-ci impure. Car l'homosexualité est bannie dans ce pays, pour des motifs apparemment religieux. Ce dont traite ce livre. Mais quelle violence !

Le héros de l'histoire n'est pas homosexuel. Et la femme qu'il aime le traite même d'homophobe. Mais il va se laisser toucher par cette vidéo et va vouloir comprendre qui était cet homme et pourquoi cette haine. Il va se retrouver confronté à la violence de la rumeur qui a conduit le jeune homme à la mort et qui pousse tant d'autres à devoir se cacher voire à mentir et même à faire croire qu'ils sont eux-mêmes homophobes pour mieux se protéger. L'islam de ces pages est terrible tout comme, d'ailleurs, le regard que cela pose sur l'Occident.

Le roman, lui, est bien écrit et bien mené. S’il m'a perturbé c’est à cause de ce qu'il veut dénoncer de la société sénégalaise et du poids des préjugés religieux qui conduit aux mensonges et à la violence. Mais c'est intéressant d'entendre tout cela, de le savoir. Qu'en faire, je ne sais, et c'est peut-être ce qui me perturbe, justement. En tout cas là est une des fonctions pour moi de la littérature et ce que j’aime dans l’acte de lire : nous plonger dans ces réalités de notre humanité pour lesquelles nous resterions extérieurs ou que nous ne voudrions peut-être pas voir... Entendre ce que ça dit de notre monde, de notre humanité, et de ce qui peut habiter l’homme…

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Mohamed Mbougar Sarr, De purs hommes, Le Livre de Poche, janvier 2021 (éditions Philippe Rey et Jimsaan, 2018), 189 pages, 7€20.

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