Homélie dimanche 23 mars 2025 (1er scrutin)

3ème dimanche de Carême | 1er scrutin

Ex 17,3-7 / Ps 94 / Rm 5,1-2.5-8 / Jn 4,5-42

 

On a de la chance dans notre paroisse – comme dans beaucoup de paroisses, d’ailleurs, partout en France et notamment dans le diocèse –, on a la chance d’avoir des catéchumènes qui vont être baptisés à Pâques ; et du coup on est invité à avancer avec eux dans cette dernière ligne droite dans laquelle ils sont. D’où ces textes, ce soir, qui sont liés à leur étape de cette 1ère messe de scrutins. Et ça va être comme ça pendant trois dimanches.

Je vous le dis parce que c’est la clé pour entendre ce que ces textes peuvent nous dire à nous tous : à vous, les catéchumènes, de façon toute spéciale, mais à nous tous aussi, grâce à vous les catéchumènes, parce que nous avons tous besoin de réapprofondir le sens de notre baptême et de relire où nous en sommes de notre vie chrétienne, notre vie à la suite du Christ.

Alors ces textes… et tout particulièrement cette longue page d’évangile qu’on vient d’entendre... Elle est magnifique, mais c’est vrai qu’il faudrait prendre le temps, et notamment prendre le temps de relire notre histoire de vie avec le Christ au regard de ce que cette rencontre vient mettre en lumière.

Je vous partage juste 2-3 éléments, avec comme toile de fond – c’est mon 1er élément – que la rencontre avec le Christ, quel que soit notre chemin de vie, c’est toujours un chemin, justement. Avec un évènement ou une rencontre qui vont nous mettre en route. Pour certains c’est une question sur le sens de leur vie. Pour d’autres ce sera une épreuve. Pour d’autres encore le mariage d’un ami ou la naissance d’un bébé ou je ne sais quoi d’autre. En tout cas un évènement ou une rencontre, et là quelque chose va germer en nous ou s’éclairer ou nous questionner…

Alors on pourrait faire mémoire, chacun, de ce qui nous a mis en route à la suite du Christ, qu’on ait été baptisé tout petit ou plus tard, ou qu’on soit catéchumène ou qu’on soit tout nouveau... Qu’est-ce qui fait qu’un jour tout ça prend du relief en nous et qu’on peut se dire : « Ok j’y vais, je sens que j’y crois, je veux suivre le Seigneur Jésus » ?!

Cette femme, Jésus va la rejoindre au cœur de sa blessure de vie et de sa soif d’aimer et d’être aimée. Si elle va au puits à l’heure la plus chaude de la journée, c’est-à-dire à l’heure où personne n’y va, c’est pour qu’on ne la voit pas et qu’on ne la juge pas, et c’est à cause de ce qu’on a entendu un peu après dans le dialogue avec Jésus : le fait qu’elle ait visiblement enchaîné les relations amoureuses et des mariages qui n’ont pas tenu. Pourquoi ? ça n’est pas la question, Jésus n’en demande rien. Par contre il veut la rejoindre au cœur de cela. Au cœur de sa soif profonde, son désir profond, d’aimer et d’être aimée.

La vie de cette femme, elle est visiblement balbutiante en amour, mais visiblement elle pressent qu’il y a plus ou mieux que cela. Peut-être-même qu’elle pressent en fait que Dieu seul pourrait l’aider et l’accompagner sur ce chemin. Je dis ça parce que ça n’est pas pour rien qu’il y a ensuite ce petit dialogue sur le fait de savoir où on doit adorer Dieu. Réponse de Jésus : « Là où tu es, au cœur de ce que tu vis. C’est là qu’il veut te rejoindre… »

Alors, 2ème étape pour nous, après avoir fait mémoire de ce qui nous a mis un jour en route à la suite du Christ, 2ème étape : qu’est-ce que j’ai à ouvrir à la présence de Dieu, qu’est-ce qui dans ma vie m’empêche peut-être de vivre pleinement, qu’est-ce qui a besoin d’un salut, qu’est-ce qui a besoin de se laisser transfigurer par les promesses de vie et d’amour de Dieu que Jésus vient accomplir ?

Pour vous les catéchumènes, ça pourrait être à nommer, en vous, et à déposer, quand on va vous plonger dans les eaux baptismales, dans la nuit de Pâques.

Et pour nous autres qui sommes déjà baptisés et qui allons tout à l’heure nous approcher pour communier, c’est avec ça en tête et dans le cœur que nous dirons « Amen » quand nous allons recevoir le sacrement de la présence du Christ, le Christ qui veut nous rejoindre au plus intime de nous-mêmes : « Amen. Oui, Seigneur, vient établir Ta demeure en moi, et viens me rejoindre dans telle soif qui m’habite, ou au cœur de telle épreuve ou telle blessure qui me paralyse parfois. Viens en ce lieu-là, Seigneur Jésus » …

Un autre point : je ne sais pas si vous avez fait attention, mais il y a dans ce texte comme une révélation progressive de qui est Jésus, qui est cet homme que cette femme rencontre, qui est cet homme qui vient se faire proche d’elle et qui va se révéler à elle.

Au début du texte elle reconnaît qu’il est Juif. Puis elle l’appelle « Seigneur », mais ce qu’elle met là derrière on ne sait pas. En tout cas après le dialogue sur ses maris successifs, elle se demande s’il n’est pas prophète. Qu’entend-elle là aussi par « prophète », on peut se poser la question de savoir si elle n’est pas un peu comme nous qui confondons souvent « prophète » et « devin ». Mais elle comprend en tout cas que derrière cet homme et ses propos mystérieux – parce que c’est quand même mystérieux, avouons-le, ce que Jésus lui dit –, elle comprend qu’il y a quelque chose de plus, et même qu’il y a là quelqu’un qui semble la connaître vraiment…

Elle va ensuite parler du Messie que les Juifs attendent, et visiblement elle s’interroge là encore. En osant le dire elle permet à Jésus de se révéler : « Je le suis, moi qui te parle ». Et ça va mettre cette femme en route pour aller annoncer à d’autres qui est là, qui est venu la rejoindre, qui s’est révélé progressivement à elle. Et ils vont alors venir à Jésus et ils pourront le reconnaître comme « le Sauveur du monde » – ce sont les derniers mots du texte : « c’est vraiment lui le Sauveur du monde » …

On est bien comme cette femme, nous aussi – et même comme eux tous dans le texte –, vous les catéchumènes comme nous autres qui apprenons pas à pas à connaître Jésus et à comprendre le chemin qu’il nous indique, le chemin de salut que le Père veut pour nous tous et même pour tous... Parfois quand nous ouvrons les Écritures pour lire ou prier tel ou tel texte ça nous paraît un peu confus et pas toujours évident. Un peu comme ce dialogue mystérieux du début de la rencontre à propos de la soif et de l’eau. Puis les choses s’éclairent petit à petit, à force de nous laisser façonner par ces mots et aussi à force de demander au Seigneur, dans la prière, qu’est-ce qu’il veut nous dire.

Et petit à petit telle Parole prend sens, tel épisode de la vie de Jésus s’éclaire, et nous comprenons « un peu - beaucoup - passionnément - à la folie », nous comprenons quelque chose de cet amour sauveur du Père que Jésus est venu nous révéler et nous offrir ; et alors nous voulons en vivre et ça nous motive à continuer à nous laisser façonner et nous laisser conduire par lui. Et même à oser vivre l’Évangile et pourquoi pas aussi à oser témoigner de notre foi…

Figurez-vous que c’est toute la vie chrétienne qui se dit là : la vie chrétienne est un chemin où Dieu vient à notre rencontre, Dieu vient se révéler, Dieu veut nous parler, et Dieu fait de nous ses témoins. Pas à pas, dimanche après dimanche, année après année, et les uns grâce aux autres, dans cette belle fraternité que nous sommes appelés à vivre et à construire et qui s’appelle l’Église.

Alors j’ai vraiment envie, là maintenant, que nous prenions le temps, dans le silence de nos cœurs, de regarder le chemin déjà parcouru, et de prier les uns pour les autres, que nous soyons catéchumènes ou que nous soyons de plus vieux baptisés.

Regardons le chemin parcouru ; rendons grâce pour les rencontres et pour les évènements qui ont pu être déterminants sur ce chemin ; et confions au Seigneur ces lieux de nos vies qui ont tellement besoin qu’il vienne s’y révéler ou qu’il vienne porter avec nous ce qui est parfois trop lourd, ces lieux de nos vies qui ont besoin d’amour, qui ont peut-être besoin de consolation ou de pardon.

Ouvrons nos cœurs, tout simplement, et offrons au Seigneur ce que ces mots viennent réveiller en nous, ce qu’ils viennent éveiller. Et ce qui nous habite, là maintenant, laissons Dieu lui-même le scruter, le regarder – laissons Dieu nous scruter avec amour et nous regarder. C’est au cœur de ce réel-là de notre vie que le Christ veut nous rejoindre et déposer en nous le salut de Dieu… Puissions-nous y croire ; y croire tout-jours, et donc chaque jour. Amen.

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