Jeudi de la 24ème semaine du Temps ordinaire
1Tm 4,12-16 / Ps 110 / Lc 7,36-50
Ce matin aux laudes, en entendant la 1ère lecture de ce jour et les conseils de Paul au jeune Timothée – ce qu’il lui dit de son ministère et du chemin que ça va être, ce que ça va lui permettre de vivre, spirituellement, un chemin de salut, dit Paul –, j’ai pensé à deux choses : le début du « Principe et fondement » de St Ignace, dans les Exercices spirituels, et une phrase que Sr. R. m’a dite un jour.
St Ignace d’abord : « L’homme est fait pour louer, révérer et servir le Seigneur son Dieu, et par là-même sauver son âme. » Tout le reste, dit alors St Ignace, n’étant que des moyens, des aides : les choses créées comme ce que nous vivrons, et donc nos choix de vie aussi.
Et Sr. R. ensuite, c’est une phrase que vous m’avez dite un jour : qu’au fil des années mes homélies avaient pris de l’épaisseur. Et pour cause ! Au fil des années la Parole m’a peu à peu travaillé – je crois, et surtout j’espère ! – ; et puis il y avait eu les premières années de maladie, tel un émondage (cf. Jn 15), où le Seigneur est venu creuser plus encore le sillon – je le crois aussi. Et il le fait, il peut le faire, dans nos épreuves à tous, au cœur de ce que la vie nous donne de traverser…
Ça rejoint ce que St Paul dit à Timothée. Avec ce mot de « progrès » qu’il va faire. Ces « progrès » à annoncer le salut qui ne seront pas du seul fait de ce que Timothée fera et des efforts qui seront les siens, mais bien aussi de la Parole qui va le travailler et de la grâce reçue qui va se déployer. Si Timothée se laisse faire, évidemment.
Ce qui vaut pour chacun de nous, dans l’écoute humble et patiente de la Parole, au fil des jours, et ce qui vaut notamment de façon particulière pour ceux dont le ministère est d’en rendre compte pour les autres, pour les aider à accueillir la Bonne nouvelle du salut, se laisser travailler par elle, et en vivre.
Et l’enjeu c’est bien le salut. Accueillir dans le concret de nos vies cette Bonne nouvelle du salut et en vivre : l’annoncer, et la faire résonner, l’offrir et la vivre concrètement.
L’évangile de ce jour met justement cela en œuvre et en récit. Il y a cette expérience de salut pour cette femme, avec cette histoire de pardon qui ouvre à l’amour et de soif d’amour et de pardon qui la tourne vers le Christ. Mais il y a aussi Simon le pharisien et ses convives, Simon qui est enfermé dans son jugement sur cette femme et ce qu’il murmure en lui-même – « c’est une pécheresse » !
Que comprendra-t-il de cette scène et de la parabole que lui raconte Jésus ? Comment va-t-il se laisser rejoindre et même travailler parce qui là va se jouer devant lui, pour cette femme mais pour lui aussi, du coup ? Aura-t-il foi en ce salut à l’œuvre ? Pourra-t-il entendre pour lui aussi ce « Tes péchés sont pardonnés » et ce « Ta foi t’a sauvé. Va en paix » ?!
Simon, il est enfermé dans un jugement. Jésus a dit, au chapitre précédent chez St Luc : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés » (cf. Lc 6,37 mais aussi Mt 7,1). Avec l’appel à aimer, aimer même nos ennemis, aimer son prochain qui est là, vouloir pour lui la vie, consentir à entrer dans cette dynamique de salut qu’est la miséricorde – la miséricorde du Père qui ne condamne pas mais qui veut relever, qui veut consoler, pardonner, redonner l’espérance…
Et nous le savons bien, il n’y a pas d’amour vrai sans pardon ; et le pardon, dans la vie concrète de tous les jours – en communauté, en famille, en paroisse aussi –, le pardon appelle la réconciliation – mettre et remettre des mots ensemble (cf. Mt 18).
Simon se laissera-t-il travailler par la Parole en actes qui est là sous ses yeux, ce salut qui se donne ?
Et nous aussi, comme les autres convives, nous laisserons-nous travailler par la Parole et la Bonne nouvelle du salut – le salut pour tous : Dieu qui veut sauver tous les hommes (cf. 1Tm 2,4) – ?
C’est le travail d’une vie. Se laisser transformer, purifier, affiner. Par le Seigneur lui-même, et par sa Parole.
« En agissant ainsi, dit Paul à Timothée, tu obtiendras le salut, et pour toi-même et pour ceux qui t’écoutent. » On pourrait ajouter, pour nous tous aussi : « pour toi-même et pour ceux qui te voient vivre »…
Alors prions pour que notre Église donne cela à voir, le salut et le pardon, le salut qui façonne nos vies et se donne à d’autres. Que notre Église, et donc chacun de nous, soyons témoins de cela, là où nous sommes placés et donc appelés : dans la vie communautaire comme dans la vie paroissiale, mais aussi dans nos familles et plus largement dans nos lieux de vie et d’engagements. Amen.