Jeudi de la 5ème semaine du Temps Ordinaire
1R 11,4-13 / Ps 105 / Mc 7,24-30
Cette page d’Évangile m’a souvent laissé un peu songeur, et notamment cette phrase un peu étonnante de Jésus à cette femme qui est venue se jeter à ses pieds : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. »
Qu’est-ce que ça veut dire ? Non seulement ces mots mais cette réaction de Jésus !? C’est quoi cette façon de parler à cette pauvre femme ?!
Dans le parallèle chez St Matthieu (Mt 15,21-28), on comprend mieux ce qui là se joue. Jésus y précise qu’il est venu pour rassembler Israël, c’est sa mission 1ère. Et dans l’évangile de Matthieu, cette rencontre marque une étape et même un tournant, comme si ce dialogue révélait à Jésus qui il est vraiment et pourquoi il est là : non seulement rassembler l’Israël de Dieu mais ouvrir les promesses de Dieu aux dimensions du monde. Permettre à Israël de vivre vraiment ce pour-quoi Dieu l’a appelé et le déployer : non seulement être témoin pour les nations de l’existence et de la présence de Dieu en ce monde mais étendre à toutes les nations des promesses de salut.
Non seulement Jésus vient ouvrir Israël à qui il est et à sa mission – il va même le renouveler et nous y associer –, mais Jésus s’y ouvre lui aussi par cette femme notamment et d’autres rencontres.
Il est donné pour tous. Et comme dit l’évangile de Jean : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son Unique, afin que le monde soit sauvé (cf. Jn 3,16-17). Le monde, pas juste Israël…
Et Jésus va même plus loin, il opère une sorte de renversement – qui sera un appel pour nous, à sa suite – : il ne s’agira pas tant et pas seulement que les nations convergent vers Jérusalem et vers Dieu, non, avec lui, Jésus, Dieu décide de s’approcher, lui, de chacun, et de se révéler peu à peu aux nations. Il va nous envoyer en mission…
Ceci étant, on est quand même en droit de se demander pourquoi Jésus ne semble pas avoir conscience dès le départ de qui il est vraiment et de sa mission pour tous.
Je ne sais pas. Ou plutôt, ce que je sais, c’est que dans nos vies à nous c’est ainsi que ça se passe aussi : nous advenons peu à peu à nous-mêmes, à qui nous sommes – on pourrait dire : à notre vocation et à notre identité profonde, comment Dieu nous voit, qui nous sommes, et ce que, peut-être, il attend de nous.
Et sans doute en va-t-il de même pour Jésus car Dieu est pédagogue, et il veut-là nous enseigner avec Jésus qui il est, lui Dieu, mais aussi qui est l’homme, profondément, qui nous sommes et comment il s’y prend avec nous, pas à pas.
Dans cette page d’Évangile Jésus est en train d’advenir à lui-même, qui il est et sa mission. Dieu qui veut offrir son salut à tous, Dieu qui vient élargir les promesses à Israël aux dimensions du monde – ce qui était le projet dès l’appel d’Abraham (en Gn 12) –, Dieu qui a tant aimé le monde qu’il lui donne son Fils, son Unique, pour lui offrir le salut et la vie éternelle, à savoir connaître Dieu et l’aimer et se laisser sauver de tout mal – le mal et le péché, et la mort, tout ce qui défigure nos vies et ce monde.
Et pour ce faire, il nous appelle nous aussi, et il se révèle peu à peu à nous, au fil des rencontres et des événements. Nous pouvons en faire mémoire et en rendre grâce. Amen.