Mardi de la 5ème semaine du Temps Ordinaire
1R 8,22-23.27-30 / Ps 83 / Mc 7,1-13
« Ce peuple m’honore des lèvres mais son cœur est loin de moi » …
Ce verset d’Isaïe que Jésus nous redit est un appel. Appel à une cohérence de vie, on le sait. Et c’est bien un enjeu de notre vie spirituelle et ecclésiale à tous que la louange des jours façonne concrètement notre vie et que ça descende en nous, que ça ne reste pas que de belles paroles qui nous soient extérieures ou même des vœux pieux.
L’enjeu c’est bien que nous honorions Dieu de nos lèvres et que notre cœur soit proche de lui. Les deux ensemble ! Et qui dit le cœur proche de lui dit aussi le cœur proche de celles et ceux qui vont croiser ma route. Aimer Dieu et aimer son prochain comme soit même c’est semblable, nous dit l’évangéliste Matthieu…
Si je reprends ce que j’évoquais hier du Temple et du lien à l’eucharistie, alors oui, si je crois que le Christ se fait présence de salut qui se donne, si je le chante et le confesse, alors cela doit élargir mon cœur aux dimensions du monde, et l’élargir concrètement, en actes. Car le Temple véritable c’est le Christ, il est présence de Dieu donnée au monde, mais pas sans nous qui en sommes les pierres.
Et comme je le rappelais hier avec ces mots qui reprennent St Augustin, je crois, il s’agit pour nous de devenir ce que nous allons recevoir, devenir ce que nous célébrons, ce que nous confessons : le Corps du Christ, sa présence ici et maintenant, pour le salut du monde.
Chacun à notre mesure, évidemment, chacun selon notre vocation et notre état de vie, et ensemble, en Église.
Ça nous appelle à porter le monde dans la prière – et c’est notamment votre vocation première, mes sœurs – et à laisser résonner les appels de l’Évangile pour en vivre.
Et toute pratique religieuse, tout culte, est bien au service de cela. Pas juste ma petite relation à moi avec mon Dieu pour mon salut à moi ; mais pour servir le désir de Dieu pour le monde. Avec ce que nous sommes et ce que nous vivrons concrètement.
Le culte par excellence, pour nous, c’est l’eucharistie, mais aussi la louange des heures qui rythme nos journées. Et pour Israël, le lieu par excellence c’était le Temple, signe de cette présence de Dieu au milieu de son peuple, pour que le peuple soit signé pour toutes les nations.
Le Temple c’est à la fois le lieu source et le lieu signe par excellence : Dieu est là – on l’entendait hier –, sa « gloire » a pris possession de cette Chambre sainte qu’est le Saint des Saints, et en même temps – on l’a entendu avec la lecture de ce jour – Dieu sera toujours au-delà, au-delà de ces murs. Mais venir en ce lieu, faire le déplacement, sera une façon active de dire notre cri, notre prière, une façon concrète de manifester notre attachement et notre confiance au Seigneur.
Il en va de même pour nous aujourd’hui : à la fois Dieu est là, en nous, et Dieu se fait présence et don en son eucharistie, à la fois Dieu habite son Église et compte sur elle pour l’annoncer au monde et être témoins du salut, et en même temps il sera toujours au-delà, au-delà de toute pratique, qui reste importante pour laisser Dieu nous façonner et pour lui manifester notre attachement et notre confiance, pour nous recevoir de lui ; mais au-delà quand même, jusqu’à l’accueillir en l’autre que ma route va croiser.
Et ça aussi ça engage, pour que ça ne reste pas que des mots et de belles paroles : accueillir et écouter celui ou celle qui ose s’approcher ; se faire proche de qui souffre ou peine sur le chemin de sa vie ; oser une présence et une parole qui vont peut-être aider l’autre à se relever… C’est l’appel à aimer.
Nous aimer les uns les autres comme le Christ nous a aimés. Lui qui se fait présence et don, en cette eucharistie encore, pour que nous le devenions avec lui. Amen.