La Fragilité et la grâce | Olivier Turbat

Publié le par Christophe Delaigue

La Fragilité et la grâce | Olivier Turbat

Je dois dire un immense merci à l'ami qui m'a offert ce livre, il y a quelques semaines. Immense. Ce Journal spirituel m'a rejoint au coeur de ce que je traverse depuis de longs mois et me permet de relire, de mettre encore des mots sur l'aventure et le chemin que cette année passée m'a donné de vivre.

Olivier Turbat est prêtre, comme moi. Membre de la communauté du Chemin Neuf. En décembre 2010, il a 47 ans, sa vie est comme fauchée par un AVC qui le laisse sans pouvoir ni parler, ni écrire, ni lire, du moins peu et avec difficultés. Quel sens donner à son ministère, lui qui était par ailleurs appelé à prendre sans doute des responsabilités importantes dans sa communauté, au regard de celles qu'il avait déjà ? Quelle volonté de Dieu au coeur de cela ? Quel sens au chemin à vivre désormais, qui ne sera plus comme avant ?

Les pages de ce Journal spirituel après son AVC ne sont qu'une petite partie finale de ce livre. Car l'auteur était déjà traversé, de manière presque prophétique, par ces questions, par celle quant au mystère de la Croix, au coeur de ce qu'il vivait et de ce qu'il appelle des difficultés à suivre vraiment le Christ, à Lui donner toute sa vie, à tout faire, tout vivre, pour Lui et avec Lui. Il pressentait que Dieu lui demandait plus, l'attendrait ailleurs, dans un don de soi radical, au coeur même de sa faiblesse.

Ces pages sont à la fois des intuitions reçues dans la prière, des réflexions plus ou moins approfondies, et le partage de citations qui nourrissent le chemin d'Olivier Turbat qui a 35 ans quand il commence ce Journal spirituel, du moins dans la forme qui nous est en tout cas partagée ici. Né en 1963, entré à 22 ans dans la Communauté du Chemin Neuf, il a été ordonné prêtre en décembre 1994.

Dans ces pages, il est question de son désir de suivre radicalement le Christ, et de la place de Marie, pour lui, dans cette aventure. Il est question aussi de l'écart entre ce désir et le réel de ce qu'il arrive à vivre, sa faiblesse à se donner tout entier, à ne pas compter d'abord sur ses propres forces ou à rechercher toute forme de reconnaissance. Et là, la miséricorde de Dieu pour lui, au coeur de cela... Il est question de souffrance, celle de ne pas correspondre à l'image que l'on voudrait avoir de soi et que l'on voudrait donner, celle de se savoir infidèle aux appels de l'Evangile, fragile en son humanité... Il est enfin et également question de gouvernance et de responsabilités, d'appel à porter toute décision et chaque frère et soeur dans la prière, de la place du silence...

Dans ces pages notons encore que l'on croise beaucoup les écrits du P. Bernard Bro mais aussi Ste Thérèse de Lisieux, St Ignace de Loyola et Mère Térésa. Un chemin qui se raconte, qui se met en mots, en résonance à celui d'autres témoins qui nous aident par leur vie et leurs écrits à avancer, à comprendre ce qui se joue pour nous ou les appels qu'il nous faut entendre...

Je le disais en début de ce post', je me suis retrouvé souvent dans ces pages, et je rends grâce avec son auteur pour la présence aimante de Dieu qui est là, quoi qu'il arrive, et pour avoir approfondi avec Lui, au long des mois, le sens de mon être prêtre, donné, donné à Lui d'abord et appelé à porter les uns les autres dans la prière et l'eucharistie. Et je rends grâce avec Olivier Turbat pour mes frères de communauté qui sont un appui et un fidèle soutien, au delà des agacements de caractères ou d'habitudes des uns ou des autres. Ils sont présence d'Evangile qui n'a pas de prix, tout comme mes frères prêtres de mon diocèse et tant d'amis et de priants qui me soutiennent ainsi...

Pour terminer ces quelques lignes, j'ai juste envie de vous renvoyer, pour celles et ceux qui le voudraient, à cette homélie que j'ai prononcée en septembre dernier et qui avait touché pas mal de gens en paroisse... Mais je vous recommande surtout ce livre, ce Journal spirituel d'Olivier Turbat.

Et un petit avant-goût avec ces quelques citations :

  1. “ Le Seigneur nous présente (...) la souffrance rencontrée au hasard de notre vie quotidienne comme un instrument privilégié qu'il va utiliser pour nous rapprocher de lui, pour nous unir à lui, pour nous apprendre l'abandon et la confiance. Cette souffrance n'est pas provoquée par lui, elle est utilisée, comme une médecine providentielle qui peut, par grâce, nous faire avancer dans notre vocation à être conformés à Lui. ” (p.65-66).
  2. “ ll n'y a pas de réponse au problème du mal. Mais il y a une présence. Celle du Christ. ” (p.147).
  3. “ Ce que [le Seigneur] me demande c'est de continuer à m'engager plus avant dans le combat de la prière. Prier quotidiennement, y attacher une importance toute particulière, faire que la prière soit le coeur de mes journées. M'occuper moins de mes progrès que de ma fidélité à la prière. Ne pas trop regarder ma faiblesse, ne pas trop m'attarder sur telle ou telle fragilité, ni même tel ou tel péché, mais me confier à lui dans le silence, devenir de plus en plus un homme de prière. ” (p.197).
  4. “ (...) le Seigneur nous apprend à reconnaître et accepter que nous sommes aimés par Lui dans les lieux mêmes de nos fragilités. Peu à peu cet amour gratuit, qui nous est donné au coeur de notre fragilité, nous brise le coeur. Ce faisant, le Seigneur nous invite à nous en remettre à Lui pour notre purification et pour la progression de notre guérison. En bref, il nous apprend à dépendre ; il nous inculque lentement l'idée que c'est Lui qui est le maître de notre progression vers Lui et que la réponse à son appel dépend encore de sa grâce, même si elle requiert notre consentement actif. Mais justement notre consentement est un consentement à dépendre, un consentement à notre condition de créature. Et nous résistons à le lui donner car cela nous oblige à renoncer à notre idéal d'autonomie et de force. ” (p. 280).
  5. “ Je pourrais être dans la tristesse, et dans la réalité du quotidien c'est souvent difficile, mais il y a cette joie profonde qui m'habite. Je reconnais là le travail de la grâce : le don de la joie. ” (p.371).
  6. “ Je dois consentir, choisir de croire, accueillir le fait que la Grâce passe à travers ma vie aujourd'hui, comme le Seigneur veut, par les moyens qu'il veut. Il m'utilise sans me consulter, sans que je sache comment. Et je dois lui dire ‘Oui’ avec foi ! ‘Oui’ aujourd'hui. ” (p.387).

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Olivier Turbat, La Fragilité et la grâce. Journal spirituel, Ad Solem coll. spiritualité, novembre 2018, 398 pages.

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