Homélie dimanche 1er juin 2014

Publié le par Christophe Delaigue

7ème dimanche de Pâques / Année A

St Jean-Baptiste (BJ)

Ac 1,12-14 / Ps 26 (27) / 1P 4,13-16 / Jn 17, 1b-11a

Pas très simple, je trouve, ces textes de ce matin… Et surtout cette page d’évangile qu’on vient d’entendre…

La 1ère lecture, c’est la suite de celle de jeudi, à l’Ascension. Jésus ressuscité qui retourne auprès du Père a promis à ses disciples de leur donner cette force et cette présence nouvelles qu’est l’Esprit Saint et dont ils ont besoin pour devenir ses témoins. Dans le passage de ce matin, ils se mettent en prière, dans l’attente de la réalisation de cette promesse qui va avoir lieu à la Pentecôte…

Dans la 2ème lecture, Pierre s’adresse à des croyants dont la foi est mise à rude épreuve. Il les invite à tenir bon dans le Christ, il les appelle à oser rester fidèle à leur foi au Christ ressuscité, quoi qu’il arrive, même s’ils sont rejetés du fait qu’ils sont chrétiens… On peut penser aux chrétiens persécutés ; mais pour nous, ici, la question c’est de savoir ce que ça change concrètement dans notre vie de chaque jour ce baptême que nous avons reçu, cette foi au Christ que nous disons avoir. Comment est-ce que ça nous engage, concrètement ? Par exemple pour plus de justice et pour plus de respect de la dignité de la vie mais aussi de l’histoire propre de toute personne humaine, alors même que ça n’est pas vraiment dans l’air du temps et que notre société a même tendance à mettre au cœur de ses décisions non pas l’humain mais plutôt le financier, le succès et la rentabilité … Qu’est-ce que ça change dans d’être chrétien, qu’est-ce que ça change dans notre rapport au monde et aux autres ?

Je ne développe pas plus sur ces deux lectures là ; j’aimerais qu’on s’arrête un peu sur l’évangile. Je reconnais que les propos de Jésus sont un peu complexes… Nous sommes entraînés dans sa prière, sa prière juste avant sa mort et sa résurrection. Dans cette prière il demande à Dieu de le glorifier comme lui a glorifié son Père… Je ne suis pas sûr que nous comprenions vraiment ce que ça veut dire… La gloire, dans la Bible, ce n’est pas le succès ou le fait d’être important ou de briller devant les hommes ; la gloire, pour un juif, c’est ce qui a du poids ; le mot « gloire » c’est pour dire la valeur profonde d’une personne, c’est pour dire son visage véritable, son identité, au-delà des jugements que nous portons les uns sur les autres ou au-delà des masques que nous nous mettons.

Jésus demande au Père de révéler qui il est vraiment, lui Jésus, dans ce qui va se passer, dans cette mort qui approche ; de révéler qui il est vraiment, comme lui Jésus a révélé à ses disciples le vrai visage de Dieu ; à savoir non pas un Dieu tout-puissant au sens d’un Dieu magicien qui aurait droit de vie ou de mort sur nous, ou qui nous protègerait à coups de baguette magique, mais un Dieu qui nous aime, quoi qu’il arrive, un Dieu qui nous aime au point de nous laisser libre de croire ou non en lui, un Dieu qui nous aime au point de nous laisser libre de lui faire une place ou pas dans notre vie, un Dieu qui nous aime au point de nous promettre qu’il ne nous abandonnera pas, même dans les épreuves qu’il ne peut pas nous éviter mais qu’il peut traverser avec nous. C’est tout le mystère de la croix, le mystère de Pâques, le mystère de la mort et de la résurrection de Jésus.

Ce Dieu que Jésus nous révèle, c’est ce même Dieu qui a besoin de nous pour vivre et annoncer l’Evangile aujourd’hui – c’est notre façon de rendre gloire au Père et au Fils. C’est ce que Jésus nous dit après sa résurrection et notamment dans les textes qu’on a entendus jeudi pour l’Ascension. Il nous envoie pour être ses disciples et ses témoins, il nous envoie pour agir en son nom. Et pour y arriver, il nous promet l’Esprit Saint, sa force, son souffle de vie… Il a besoin de nous, Jésus, pour révéler au monde que Dieu existe et quel est le vrai visage de Dieu ; il a besoin de nous, Jésus, pour témoigner de Dieu, pour en témoigner en paroles mais aussi en actes.

A Grenoble, ma communauté de l’Arche avait hier sa fête locale des 50 ans de l’Arche ; je vous rappelle cette phrase de Jean Vanier, son fondateur, que j’ai déjà citée plusieurs fois : Jésus ne nous demande pas seulement de dire aux gens, notamment à ceux qui souffrent, que Dieu les aime ; mais Dieu nous demande de les aimer et de prendre soin d’eux, concrètement, au nom de Jésus et de l’Evangile.

C’est ça le programme… C’est ça notre mission… Et ça rejoint la question que je vous posais tout à l’heure en vous disant deux mots de la 2ème lecture : qu’est-ce que ça change pour nous d’être baptisés, qu’est-ce que ça change dans notre vie d’être chrétien ? Et du coup ça m’amène à cette autre question qui est complètement d’actualité un an après la Lettre de Pentecôte 2013 de notre évêque, dans ce qu’elle nous appelle à vivre aujourd’hui en Eglise : de quoi est-ce que nous avons besoin pour nourrir notre foi et pour témoigner de ce visage de Dieu que Jésus veut nous révéler ?

Moi j’ai besoin d’ouvrir la Parole de Dieu et de partager avec d’autres les questions que ça me pose ou les appels que j’y entends – c’est ça ces Fraternités locales qu’il faut que nous mettions en œuvre – ; nous avons besoin aussi de nous aider à prier ensemble pour que nous arrivions à nous ouvrir à la présence du Christ, par exemple dans des eucharisties qui soient ressourçantes et vivifiantes – c’est la question des lieux fixes, même s’il y a moins de messes dans les villages, des lieux où la liturgie soit belle, où l’on puisse vraiment se poser ensemble, que la communion grandisse entre nous, et que ça nous porte, qu’on se stimule pour demander cette force qui nous est promise, l’Esprit Saint ; c’est lui, l’Esprit Saint, qui va nous permettre de discerner comment témoigner, chacun à notre mesure et ensemble, de la Bonne Nouvelle de l’évangile aujourd’hui, comment en témoigner auprès de ceux qui nous entourent, auprès de ceux qui doutent, et auprès de ceux qui souffrent ou qui attendent désespérément qu’on les aide à retrouver un peu goût à la vie – du coup c’est quoi l’engagement concret que nous pouvons vivre, chacun, au nom de notre foi, qu’il soit en Eglise ou qu’il soit associatif ou politique – et quand on voit les élections la semaine dernière je me dis qu’il faut vraiment que les chrétiens s’engagent en politique… – ?

On va prendre quelques instants de silence pour confier au Christ tout ce que ces mots éveillent en nous et surtout pour lui demander l’Esprit Saint, sa force de vie et d’amour, l’Esprit Saint que nous allons prier sur le pain et le vin pour qu’ils deviennent le sacrement de la présence de Jésus et que nous devenions avec lui, présence en actes de Dieu…

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