Homélie dimanche 18 janvier 2015

Publié le par Christophe Delaigue

2ème dim. du Temps Ordinaire / Année B

Notre-Dame BJ (samedi soir) / Ruy

1S 3,3b-10.19 / Ps 39 (40) / 1Co 6,13c-15a.17-20 / Jn 1,35-42

Ces textes m’ont posé plein de questions. Des questions pour nous dans ce que nous avons à vivre au fil de notre vie avec Jésus et pour Jésus, et donc au cœur de notre chemin spirituel à chacun…

La 1ère lecture nous parle d’appel. L’appel de Dieu à Samuel. Samuel qui entend comme une voix, une voix intérieure, Samuel qui va mettre du temps à comprendre de quoi il s’agit, Samuel qui va devoir discerner et pour cela entendre ce qui se joue dans cette expérience un peu étonnante.

Dans l’évangile, il est aussi question d’appel. Cette fois un appel par le témoignage. Jean-Baptiste prononce quelques mots – que nous entendrons tout à l’heure, juste avant de communier : « Voici l’Agneau de Dieu » – quelques mots qui sont comme un code vu ce qu’à déclenche, quelques mots qui viennent réveiller, visiblement, les attentes d’un peuple. Ces quelques mots, vous l’avez entendu, provoquent une rencontre, avec Jésus. Et un dialogue au cœur duquel un appel est adressé. Un appel à venir, à voir et à demeurer. Cet appel, il est confirmé par un choix posé, par un libre consentement : « je reste et je deviens témoigner pour d’autres ».

Dans l’un et l’autre de ces deux textes, l’un et l’autre de ces appels, vous aurez remarqué qu’il faut un tiers. Dieu ne se donnerait donc pas à reconnaître en direct ? Ces appels m’ont fait penser à l’expérience spirituelle et de conversion de St Paul : une sorte de coup de foudre violent, au sens imagé mais aussi amoureux, un coup de foudre donc mais qu’il va falloir comprendre et faire sien. Paul sera conduit à Ananie qui va l’aider à entendre qu’il se joue là quelque chose du Dieu de Jésus Christ. Vous irez relire cette histoire dans le Livre des Actes des Apôtres ou dans la Lettre aux Galates.

Premières questions – au pluriel – qui me sont venues : Dans ma vie à moi, et donc la nôtre à chacun, comment s’est fait la rencontre, la rencontre de Dieu ou de Jésus ? Et par notre vie, comment sont rendues possibles des rencontres pour d’autres ?

Ce qui m’amène à cette autre question tellement importante je crois et qui est la question première en fait : Qui est Dieu, concrètement, pour chacun de nous ? Et qui est Jésus ? Dieu n’est-il qu’une idée ou une hypothèse ? Est-il quelqu’un ? Jésus, du coup, n’est-il que quelqu’un du passé, une sorte de super-héros, ou est-il une présence, réelle et concrète (si j’ose dire) même si nos yeux ne le voient pas ?

La 2ème lecture nous a redit avec force cette conviction de foi qui devrait être notre moteur de vie, notre moteur d’espérance : Christ est ressuscité ! Sommes-nous au Christ – pour reprendre des mots proches de ceux de Paul – ? C’est-à-dire : Le rendons-nous partenaire, pour de vrai, de notre vie ? Du coup, est-ce que nous l’entendons nous redire ce matin/soir, par sa Parole : « Que cherchez-vous ? » Pas d’abord « Qui » mais « Que », c’est-à-dire « Quoi »…

De quoi croyons-nous avoir besoin pour vivre ou pour trouver un sens à la vie. De quoi aurions-nous besoin de être heureux, vraiment heureux, que nous n’ayons pas, qui nous manque ?

Les disciples répondent à Jésus : « Maître, où demeures-tu ? » Encore une question… « Maître » ? Est-ce que nous voulons et est-ce que nous faisons de Jésus le maître de notre vie ? Est-ce que nous croyons qu’il peut être pour nous, déjà, un maître de sagesse et de vie pour notre quête de bonheur, et donc pour d’autres autour de nous ? Du coup est-ce que nous osons parler de ce qu’il nous apporte ?

Pour trouver un chemin de réponse(s), pour refonder ou redire notre oui à Jésus, il nous faut « demeurer ». Accepter de nous déplacer – d’aller à Jésus –, accepter de voir – voir en nous ce qui bouillonne – et demeurer, être là avec lui. Dans la prière et le silence, comme le silence de la nuit dans laquelle Samuel découvre et entend une présence. Être là avec lui, Jésus, en ouvrant la Parole où il se fait notre maître. Être là encore, avec lui, semaine après semaine par l’eucharistie dominicale, ou alors et aussi de rdv d’amour en rdv d’amour avec ce si beau sacrement du pardon qu’il nous faut décider résolument de découvrir et de comprendre petit à petit, avec le cœur. Être là, avec lui, demeurer, non pas seuls et isolés, mais avec d’autres. Ouvrir cette Parole de Dieu, ces textes de la Parole de Dieu, en fraternité locale par exemple, juste pour faire l’expérience que même si on ne comprend pas tout on peut ensemble découvrir que ça parle, que ça me parle, que ça nous parle. Être à plusieurs, à deux en l’occurrence pour le sacrement du pardon pour découvrir que mettre en mots et verbaliser en déposant à un autre ce que nous vivons et traversons c’est libérateur, vraiment ; et que cet autre qui est là au nom du Christ il va dire à nos oreilles bien humaines une parole de la part de Dieu !

Alors je me demande… Où en sommes-nous, chacun, de ce « Venez et vous verrez » de Jésus ? Où en sommes-nous, chacun, de ce « Que cherchez-vous ? » Et où en sommes nous, très concrètement, de notre réponse en actes aux appels de l’Evangile, c’est-à-dire : comment témoignons-nous, concrètement, que nous avons un maître de vie et de sagesse, comment partageons-nous sans aucune honte que nous sommes au Christ, comme dit Paul, que nous osons ce pari fou de la foi de croire que Jésus est bien ressuscité et donc présent à nos côtés, comme il l’a promis ? Et où en sommes-nous d’un témoignage par les actes de l’appel à aimer, c’est-à-dire à prendre soin de l’autre quel qu’il soit, au-delà de tout jugement spontané, au-delà des apparences ou des commérages de villages ?

Je repensais en ce début de semaine de prière pour l’unité des chrétiens à ce verset dans l’évangile de Jean où Jésus nous dit : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples »… (Jn 13)…

Voulons-nous être de ces disciples ? Sommes nous au Christ ?

Pour l’heure, apprenons ce matin/soir encore à « demeurer ». Demeurer avec lui, Jésus. Demeurer en sa présence. Pour cela, tout simplement, nous prenons quelques minutes de silence, juste pour lui confier ce que ces quelques mots ont pu éveiller ou réveiller en nous…

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