Homélie samedi 30 août 2025

Samedi de la 21ème semaine du Temps ordinaire

Monastère des dominicaines de Chalais [avec les fiançailles de Pierre et Justine]

1Th 4,9-11 / Ps 97 / Mt 25,14-30

La 1ère lecture nous a parlé d’amour fraternel. Et St Paul qui se réjouit de ce qu’il en voit... En lisant cela, et en pensant à ce matin, je me suis dit que la question de l’amour fraternel c’est de circonstance dans un monastère ! Mais aussi pour un couple, en fait – et je pensais là à vous, Justine et Pierre, qui venez demander aujourd’hui au Seigneur de bénir votre chemin de fiançailles.

Dans cette 1ère lecture, St Paul nous a dit deux choses que je me permets de souligner : que nous pouvons apprendre de Dieu lui-même à nous aimer les uns les autres et que ça reste un chemin sur lequel nous pouvons progresser.

Apprendre de Dieu lui-même à nous aimer, ça m’a fait penser à ce que Jésus nous dit en Jn 15 : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Ce qui m’intéresse là, c’est ce « comme je vous ai aimés ». Et Jésus n’aime pas dans une sorte de sentimentalité émotionnelle, on le sait bien, et si nous regardons tout au long des évangiles comment il se fait proche des uns et des autres, alors nous comprenons, nous apprenons avec lui comment Dieu aime.

D’ailleurs il le dira : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,9).

Nous aimer les uns les autres comme Jésus nous a aimés. D’un amour qui veut le salut, qui veut donner à l’autre d’exister, de trouver sa place, d’oser se relever et se remettre en route. Un amour qui se fait consolation et pardon, un amour qui va donner et redonner l’espérance. C’est la définition que le pape François donnait de la miséricorde dans le texte qui annonçait alors ce Jubilé qui a marqué les 1ères années de son pontificat. La miséricorde, écrivait-il, c’est l’amour de Dieu qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance ».

Alors comment Jésus aime-t-il concrètement ? Juste quelques traits pour notre propre vie relationnelle, en communauté, en couple ou en famille, et même en amitié.

D’abord Jésus aime en se faisant proche de l’autre et surtout en se mettant à son écoute. Pensez aux disciples d’Emmaüs (en Lc 24) et Jésus qui fait le détour de leur demander ce qui leur arrive, pourquoi ils sont tout tristes, et ce qui a pu se passer à Jérusalem. Il le sait bien, mieux que quiconque, mais il prend le temps que ces deux compagnons de route puissent mettre en mots à partir de là où ils en sont.

C’est la même chose que Jésus fait dans bon nombre de récits de guérison, avec cette question qui devrait-être, je trouve, une clé relationnelle pour nous aussi, son « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »

Jésus ne se positionne pas tel un sachant à la place de l’autre. Même s’il sait. Mais il se met à l’écoute, il s’abaisse à hauteur de l’autre – ce sera d’ailleurs le geste du lavement des pieds (en Jn 13) : s’abaisser, prendre soin, apaiser, pour que l’autre puisse se relever et reprendre la route.

Aimer c’est cela, c’est avoir souci de l’autre, c’est vouloir le meilleur pour l’autre, mais sans le penser ou le faire à sa place ; c’est se faire proche, c’est l’écouter, et c’est nous permettre ainsi de pouvoir avancer sur un chemin de vie.

Apprendre à aimer de Dieu lui-même, à l’école de Jésus, et progresser. C’est le deuxième appel de cette lecture de St Paul. Progresser et nous y aider les uns les autres. Et le lui demander aussi. Demander à Dieu qu’il porte avec nous ce qui doit l’être, lui demander par exemple qu’il nous éclaire quand la relation est difficile ou confuse. Parce qu’il nous aime et qu’il a confiance en notre capacité d’y arriver mieux, et notamment de vivre des chemins de pardon et de réconciliation qui sont, nous le savons bien, un des enjeux majeurs de l’appel à aimer de cet amour sauveur de Dieu.

Et dans la vie communautaire comme dans la vie de couple et plus largement dans nos relations humaines, nous le savons bien cet enjeu à apprendre à pardonner pour grandir en amour…

Apprendre à aimer de Dieu et comme lui, et progresser. J’aimerais faire-là un lien avec l’évangile qu’on vient d’entendre. Ces talents que le maître confie, cette somme énorme qu’il s’agit de faire fructifier, ce trésor que Dieu nous confie, est-ce que ça n’est pas déjà, pour une part, l’autre qui est là, qui m’est donné – ces sœurs de communauté, ce fiancé, cet ami ou ces enfants qui sont nés de notre amour ? Ces talents de l’évangile que je suis appelé à faire fructifier, n’est-ce pas cette mission d’amour mutuel et de salut qui nous est confiée ?

Aurons-nous confiance dans le don qui nous est fait, c’est-à-dire dans la confiance que Dieu nous fait en notre capacité à faire fructifier ce que nous avons reçu ? Et donc nous faire confiance à nous-même aussi, et sortir de la peur qui paralyse et du jugement qui nous condamne ?

Saurons-nous croire aussi que l’autre qui est là et que je vais choisir comme cette aide que Dieu me donne, comme dit le livre de la Genèse, une « aide » qui me soit assortie (Gn 2,18), saurons-nous l’aimer avec ce regard-là, qui fait confiance qu’il ou elle sont un don de Dieu et donc que c’est précieux, que donc que c’est précieux que nous grandissions dans l’amour qui se fait connaissance mutuelle et écoute, cet amour qui va se faire mise en mots et soutien, mais aussi consolation et pardon ?

Dans la parabole de l’évangile, celui qui a eu peur et qui s’est finalement enfermé dans un jugement qu’il posait sur le maître – et qui s’est ainsi condamné lui-même –, ce qui l’a paralysé c’est le manque de confiance dans ce qui lui était confié et demandé…

Alors je reviens-là à ce que je disais il y a quelques instants : l’appel à nous aider les uns les autres à grandir dans la confiance en nous, en l’autre, en Dieu et en la vie. Nous soutenir. Et demander au Seigneur sa force et sa lumière, chacun et ensemble... Alors oui, cet amour fraternel que nous vivons, ou cet amour conjugal ou parental, il pourra grandir, se fortifier, progresser. A l’école de Dieu lui-même ; Dieu qui nous façonne de l’intérieur en toute eucharistie, Dieu qui veut marcher avec nous. Amen.

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