Il y a des romans qui viennent vous « percuter », vous rejoindre et pour une part vous bouleverser, plus que d’autres. Le style et la mise en récit, mais aussi par ce qui là se raconte et ce qui se joue en fait de notre vie à tous, notre quête de bonheur, balbutiante parfois, parfois même blessée.
Ce roman est vraiment très beau. Merci à l’ami qui m’a encouragé à cette lecture – j’avais un a priori négatif sur l’auteure à cause d’un de ses romans précédents que je n’avais pas du tout aimé.
Ici on touche à l’essentiel de nos vies, ce que vivre veut dire, malgré tout ; cette quête du bonheur qui nous habite mais qui prend parfois d’étranges détours, au fil des évènements, des choix posés, voire des coups de tête et des erreurs ou des peurs à affronter le réel ; et au gré des épreuves, de ce qui nous marquera pour tout-jours, plus ou moins consciemment. Et puis il y a cet appel en nous à aimer mais aussi à être aimé, dont on ne sait parfois qu’en faire vraiment, qui peut nous faire peur selon ce que notre histoire fut, d’une rencontre à l’autre, d’un balbutiement en amour à un autre.
Margaux et Alexis. Ils se sont connus enfants. Peu de temps. Mais il se passa quelque chose de déterminant, plus qu’on ne l’aurait pensé. Puis Margaux a disparu. Que lui est-il arrivé, pourquoi ce départ si rapide, sans rien dire ? Ils étaient enfants mais quelque chose restera, blotti en eux, des souvenirs fugaces, des impressions qui parfois referont surface. Et puis la vie qui se déroule, qui défile, avec son lot de questions, d’épreuves aussi, les carrières qui se font et se défont, des prises de conscience, les enfants, les parents qui vieillissent. La vie, quoi.
Margaux et Alexis. Une rencontre improbable 50 ans après. Se reconnaître. Et alors ?! Que faire de cela, car la vie a passé, pour chacun !? Que faire de ce qui vous habite et remonte à la surface, en vous ? Qu’en faire au regard de ce que la vie a fait de vous et de ce que vous avez à affronter aujourd’hui ?
C’est un roman assez bouleversant, qui vient toucher des questions existentielles qui nous traversent tous un jour ou l’autre, quels que soient nos chemins de vies et les choix que nous avons posés. Il est question de ce que vivre peut vouloir dire, mais aussi aimer ; la question aussi de la fin de vie et nos existences qui semblent se déliter avec la vieillesse qui vient – et déjà avec nos épreuves de tous ordres. Et ce qui nous aura marqué pour toujours, qui nous aura construit, pour une part, ou même s’il aura fallu vivre avec, malgré tout.
Alors c’est vrai, on est ici dans des milieux qu’on dirait favorisés, où tout est là pour être heureux, même si c’est au prix de grands efforts pour de belles carrières et de belles réussites. Mais est-ce là le chemin du bonheur ? Qu’est-ce qui nous fait vivre, profondément ?
C’est vraiment un très beau roman. Qui vous prend aux tripes – moi en tout cas ! – et qui vous impose – moi encore – une sorte de silence à respecter et à accueillir, peut-être même à recueillir, alors que la dernière page se termine et que le livre se referme…
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Sarah Chiche, Aimer, Julliard, octobre 2025, 379 pages, 22€50.
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« Aimer est le plus beau paradoxe. Une force obstinée qui hurle contre le temps dans des corps voués à la ruine. Et dans ce tremblement se dessine toute une cosmogonie : non plus celle que trace quelque fatalité qui condamne d’avance, mais celle qui impose l’évidence d’une géométrie secrète, comme si certaines rencontres portaient en elles, dès le premier regard échangé, le plan d’un édifice invisible, patient et muet – ce que l’on nomme parfois, faute de mieux, l’éternité. »