Intervention pour la journée du Mardi saint, sur la Lettre du pape Léon XIV sur le ministère des prêtres, « Une fidélité qui génère l’avenir »
Chers frères prêtres et diacres, et même séminaristes ou futurs-diacres,
La commande qui m’a été faite pour ce matin c’est de lire avec vous, pour vous, la Lettre que la pape Léon a écrite en décembre dernier sur notre ministère de prêtres, à l’occasion des 60 ans des textes de Vatican II Presbyterorum Ordinis (sur le ministère et la vie des prêtres) et Optatam totius (sur la formation des prêtres).
[On retrouvera le texte complet du pape en cliquant sur ce lien]
L’enjeu de ce que j’ai à vous partager c’est de vous donner les grandes idées et les appels nombreux que ce texte nous adresse ; mais c’est aussi, il me semble, de nous aider à nous laisser interroger concrètement et personnellement par ce que le pape veut là nous dire. Ce texte est plus dense qu’il n’y paraît peut-être à première vue, il y a beaucoup à laisser résonner pour nous et en nous, et cela appelle à essayer de décliner ce qui se dit là dans le concret de ce que nous vivons chacun et ensemble.
Le pape présente ce texte comme une pierre d’étape dans la compréhension de notre ministère, dans le contexte qui est le nôtre. Il dit qu’il s’agit de vérifier le chemin parcouru depuis Vatican II et d’actualiser pour aujourd’hui ; et il me semble, du coup, que nous pourrions aussi saisir l’occasion d’en faire une pierre d’étape pour nous-mêmes, chacun, notamment avec les changements qui se profilent pour beaucoup d’entre nous, mais également en presbyterium.
La lecture que je vais vous donner de ce texte sera surtout celle du contenu – ce que nous dit le pape, les appels qu’il nous adresse, et ce que ça peut nous dire concrètement de notre ministère –, mais ce sera légèrement coloré aussi de ma propre expérience, et notamment de cette expérience particulière de mes années de maladie – lire et de ruminer ces pages c’est venu me rejoindre à plusieurs moments sur les virages que j’ai dû prendre avec la maladie et comment il a fallu, dans ce réel-là, faire mémoire et enraciner autrement le « oui » un jour donné et qui ne pouvait plus se vivre comme avant.
J’y ai déjà fait allusion, je le redis : ce texte il est écrit et publié pour les 60 ans des deux textes du concile Vatican II sur le ministère des prêtres et sur la formation, et ce que le pape souhaite ici c’est que ce texte nous aide à refonder notre être-prêtre au cœur du processus synodal qui est le contexte ecclésial du moment ; ce processus synodale dont on sait – et il le dit – que ça a pu bousculer voire heurter certains d’entre nous, un processus synodal dans lequel beaucoup de prêtres ont eu du mal à entrer et qui a pu éveiller des peurs ou des incompréhensions que je résumerais en cette simple phrase : ça veut dire quoi être prêtres aujourd’hui, dans une Église synodale, on attend quoi de nous, et même : à quoi on sert ? Qu’est-ce que ça veut dire par exemple quand le père évêque nous dit : « Les prêtres ne sont pas tout mais ils ne sont pas rien » – ok, et donc ? Et c’est bien ce « et donc » qui peut nous déstabiliser, soit dans la réponse donnée, qui peut nous déplacer, s’il y en a une, soit face au silence qui semble parfois rester…
Je crois que ces peurs ou ces incompréhensions elles sont le fruit d’une difficulté à nous situer, dans l’aujourd’hui de ce que nous vivons en Église, mais aussi, du côté du peuple de Dieu, à comprendre qui nous sommes et ce que nous sommes comme prêtres ; et cela dans une vie ecclésiale qui a beaucoup bougé ces dernières décennies, avec la chute des vocations et une place grandissante donnée aux laïcs, et en plus dans un contexte sociétal de revendications égalitaristes et de questionnements sur la place des femmes, notamment quant à l’accès à des responsabilités à part égale avec les hommes. Ce sont, je crois, des questions qui sont légitimes, mais qui viennent bousculer nos repères et qui ont pu créer de l’incompréhension entre nous et le peuple de Dieu, et même une incompréhension grandissante ; et on l’a bien vu dans le processus synodal, et notamment ici dans le diocèse avec la première phase locale, cette incompréhension a pu se transformer parfois en revendications qui ont pu alors nous heurter.
Le pape Léon dit dès le début de son texte que le but de ces pages et l’enjeu de ce texte-anniversaire, c’est de nous offrir « la possibilité de nous interroger sur l’avenir du ministère et d’aider les autres à ressentir la joie de la vocation sacerdotale » (n°1) ; et cela, en fidélité à ce qu’est le ministère, en fidélité à ce que à quoi nous avons été appelés et auquel nous avons voulu répondre et donner notre vie. Une « fidélité féconde », dit-il.
Le mot « fidélité » est central dans ce texte, mais une fidélité que j’ose dire créative, au sens d’une fidélité à l’écoute des appels d’aujourd’hui. L’enjeu ce sera d’être enracinés et renouvelés dans notre « oui » premier et ce pour-quoi nous avons bien voulu donner nos vies, mais qui va en fait prendre des formes diverses et qui en prendra encore selon les missions reçues ou les étapes de la vie.
Personnellement, moi ce texte m’a fait du bien, même si ça m’a travaillé – ça fait 10 ans aujourd’hui que mes soucis de santé ont peu à peu commencé. Ce texte, il m’a aidé à relire là où j’en suis, il m’a aussi rejoint dans un certain nombre de questions qui ont pu se poser souvent à moi, et qui sont spirituelles et même existentielles, pas que de l’ordre du faire seulement. Et je trouve, je le redis, que ce texte est une chance pour nous tous, comme une pierre d’étape, une invitation à nous arrêter, une invitation à regarder d’où l’on vient et à quoi tout cela nous appelle pour aujourd’hui – nous, c’est-à-dire chacun personnellement mais aussi en presbyterium et même en diocèse.
Une de mes grandes questions quand je suis tombé malade ça a été de savoir qu’est-ce que le Seigneur voulait de moi, ou plus exactement de savoir quelle était désormais ma place. Je repense aux mois les plus difficiles en 2017 et 2018, où je ne pouvais plus présider ni prêcher, et encore moins être curé (j’avais dû remettre la charge), c’était une vraie question existentielle que de savoir qu’est-ce que ça veut dire être prêtre comme ça, et même à quoi ça sert, quelle pouvait être mon utilité. Et par exemple je ne supportais plus les textes qui parlaient de porter du fruit ou les prières pour rendre grâce du travail de ce jour. Lequel ? Mon père spi m’a dit un jour : vous êtes de bien de votre temps, vous confondez utilité et fécondité… Ok, merci !?
Le texte du pape Léon parle de « fidélité féconde » – je vais y revenir.
Ne plus pouvoir être curé d’ailleurs… et alors, en fait ?! Est-ce que je suis rentré au séminaire pour être curé ? Non, pour être prêtre, c’était bien ça l’appel premier !? C’est plus facile à dire qu’à vivre, et surtout des années après…
Je reviens à ces années difficiles : Pâques 2018 ou 2019, je ne sais plus exactement, c’était dans le temps pascal et j’étais encore en Belgique, j’avais toutes mes questions existentielles en tête qui se battaient en duel ; ce jour-là, en méditant Jn15 qui devait être le texte de la messe du jour, j’ai compris que par cette page d’évangile Jésus m’adressait trois appels qui étaient liés, ou plus deux appels et une conviction qui en découlait : Demeurer dans l’amour du Christ (Demeurer avec lui), Garder ses commandements (et donc écouter sa Parole et vivre à ma petite mesure l’appel à aimer) et que ça, ce serait fécond ; Jésus dit : « alors vous porterez beaucoup de fruit », et si vous regardez de près, c’est un singulier, son fruit à lui, et sans doute ce fruit qu’est le salut. Demeurer dans son amour, garder sa Parole, alors ça portera du fruit, ce sera fécond, ce sera son œuvre à lui si moi je fais ce qui m’est proposé : demeurer avec lui, le Christ, demeurer en son Amour, et garder sa Parole, l’écouter humblement jour après jour – ce que le pape va nous rappeler dans la 1ère partie de son texte…
Ce texte, concrètement : que nous dit le pape Léon ?! Il se découpe en 5 parties qui déclinent toutes, d’une façon ou d’une autre, cette notion de « fidélité » qui est comme le cœur du texte, son fil rouge, une « fidélité féconde », comme dit le pape Léon dans le premier paragraphe ; une fidélité, dit-il aussi, qui est un « don », qui est donc à recevoir et même à demander, pour le déployer. Premier appel que je reçois et que je voulais pointer : nous avons à demander le don de vivre notre ministère dans une « fidélité féconde » à ce que nous sommes, une « fidélité féconde » à ce pour-quoi nous avons dit « oui » ; féconde et sans doute créative, au sens d’incarnée dans le réel, fidèle aux appels et aux besoins du moment.
La question ce sera alors de savoir comment nous écouterons et entendrons, et comment nous discernerons, avec qui…
Les 5 parties sont agencées entre elle en symétrie concentrique (ce qui dit quelque chose du texte et de l’importance de ce qui est au centre) :
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Venons-en au contenu du texte lui-même…
Le pape nous invite ici à faire mémoire de notre vocation et de la rencontre première avec le Christ ; notre vocation, nous rappelle le pape, qui est un « don du Père » (n°7) et qui se fait appel à écouter sa voix, au cœur de ce que nous vivons et de ce que nous avons à traverser, notamment en temps d’épreuve ou de questionnements. Le pape écrit notamment : « La fidélité à la vocation, surtout dans les moments d’épreuve et de tentation, se renforce lorsque nous n’oublions pas cette voix, lorsque nous sommes capables de nous souvenir avec passion du son de la voix du Seigneur qui nous aime, nous choisit et nous appelle, en nous confiant également à l’accompagnement indispensable de ceux qui sont experts dans la vie de l’Esprit » (n°5).
Dans ce petit bout de texte, je relève plusieurs éléments : l’enjeu à faire mémoire de la voix un jour entendue, et donc de ce qui fut là donné à entendre, mais aussi et surtout entendre le Seigneur qui nous aime, nous choisit et nous appelle. C’est au présent ! ça n’est pas au passé ! Et ce sera bien l’enjeu en temps d’épreuve ou de questionnements existentiels, l’enjeu d’entendre au présent qu’au cœur de cela, malgré tout, je suis aimé, choisi et appelé, même quand je n’y comprends plus rien à ce que le Seigneur ou l’Église – ou même l’évêque, peut-être ! – attendent de moi. D’où l’enjeu de l’accompagnement spirituel qu’évoque ici le pape, et plus largement la question, et ce qu’il en dit, de notre vie spirituelle et des moyens qu’on se donne.
Dans cette 1ère partie le pape insiste d’ailleurs sur le fait que nous sommes d’abord et avant tout des disciples, comme tous les baptisés, mais des disciples du Christ qui ont répondu de façon spécifique à ce que le pape appelle la « proposition aimante » du Seigneur à le suivre de façon particulière dans le don de nous-mêmes à Dieu et par là-même à son peuple saint (cf. n°6).
Et comme disciples d’abord, ce que nous vivrons pour la mission, ce que nous avons à faire, c’est d’abord à le vivre comme un chemin spirituel ; et même, dit le pape, un chemin d’« obéissance à l’appel », un chemin qui « se construit chaque jour à travers l’écoute de la Parole de Dieu, la célébration des sacrements – en particulier le Sacrifice eucharistique –, l’évangélisation, la proximité aux derniers et la fraternité presbytérale », le tout porté dans la prière comme « lieu privilégié où rencontrer le Seigneur » (n°7). L’enjeu de tout cela, on le sait bien et le pape nous le redit c’est de nous laisser « conformer au Christ » (cf. n°9).
Fidélité et service, donc, fidélité à la vocation, fidélité à l’appel reçu et au « oui » donné, dans une vie spirituelle qui se donne les moyens et qui va nous permettre d’envisager les conversions à vivre, ces conversions que le réel des jours va appeler – j’allais même dire : que ça va nous imposer…
C’est dans cette 1ère partie que le pape va beaucoup insister aussi sur la question de la formation, la formation de notre être-disciple pour la mission – être « disciples selon le cœur de Dieu ».
Cette formation de notre être-disciples pour la mission, cette formation que nous sommes invités à poursuivre tout au long de notre vie et de notre ministère, c’est une formation, dit le pape, qui n’est pas d’abord intellectuelle ou pastorale, du moins pas seulement, mais qui est aussi humaine et qui est surtout spirituelle. Le pape insiste, notamment sur la responsabilité personnelle à continuer à se former et se laisser former, mais, il le dit bien aussi, que c’est en même temps une responsabilité ecclésiale aussi – et dans la suite du texte le pape va marteler fort l’enjeu à prendre au sérieux notre être-relationnel en presbyterium et à nous y engager résolument.
Fidélité et fraternité
Le cercle premier de fraternité dans lequel nous nous trouvons c’est celui du peuple de Dieu. Le pape rappelle l’égale dignité et la fraternité entre tous les baptisés. Et il le dit : nous sommes d’abord des frères avec tous, frères de tous ; et pour cela, au service de cela, c’est l’appel à être frères entre nous, frères prêtres déjà, au service de la fraternité entre tous de laquelle nous sommes. Le pape reprend ici les grandes intuitions de Presbyterorum Ordinis, vous pouvez aller relire les n°7-8.
Le pape nous rappelle ici que cette fraternité que nous avons à servir et donc à vivre entre nous déjà, entre prêtres, elle est à la fois un don reçu – est-ce que nous le recevons et le vivons comme ça ? – mais aussi « une tâche à accomplir », dit-il (cf. n°14). Et ça commence avec l’évêque, l’évêque dont nous sommes participants de son ministère, ce qui se réalise et se réalisera dans la communion avec lui et entre nous, entre confrères. Le pape nous appelle à travailler à correspondre à cette fraternité. Nous, chacun et ensemble, et notre évêque aussi.
A propos de la fraternité presbytérale, encore, le pape insiste : elle « doit être considérée comme un élément constitutif de l’identité des ministres, non pas seulement comme un idéal et un slogan, mais comme un aspect sur lequel il faut s’engager avec une vigueur renouvelée » (n°16). Il repose même la question qu’évoquait déjà Presbyterorum Ordinis de promouvoir des formes de vie commune, et en tout cas de se donner au moins les moyens de s’entraider et se soutenir concrètement, y compris pour la vie spirituelle et intellectuelle, pour la mission aussi, et nous aider ainsi, dit-il, à « éviter les dangers que peut entraîner la solitude » (c’est la fin du n°17). Pour rappel, les doyennés ont été mis en place à l’époque dans cette visée-là, pas d’abord comme un échelon pastoral de type grand ensemble paroissial, mais bien pour favoriser la rencontre et la communion entre nous, pour permettre le soutien mutuel, et s’il fallait pour permettre une aide concrète entre paroisses qui en auraient besoin pour telle ou telle proposition ou question pastorales.
En tout cas, sur cette question de la solitude et le fait que le pape l’évoque et parle des dangers de la solitude, je retiens de ces quelques mots que même si nous sommes proches des gens, et que même si on se donne les moyens d’être vraiment frères avec ceux vers qui nous sommes envoyés, il demeure une forme de solitude, sans doute liée à la fonction, liée aussi au rythme de vie, et qu’il y a un enjeu à nous soutenir et nous aider. Pour être mieux donnés, c’est-à-dire mieux présents aux autres. Pas pour nous couper évidemment, et vivre notre petite vie entre nous.
Et je me disais qu’il y a là, sans doute, quelque chose à réfléchir pour la question de l’itinérance, qui est une des intuitions fortes de notre évêque : à qui serions-nous reliés, quelle communauté mais aussi quels autres prêtres, et comment, quelle serait la base arrière pour reprendre force dans une certaine vie commune ou fraternelle et notamment le soutien dans la prière et le partage de vie. Et je pense que la question se pose même si l’itinérance peut être appelée à se vivre peut-être à plusieurs, dans différents états de vie qui disent cette fraternité baptismale première à laquelle nous sommes tous appelés… Je ne développe pas, je vous laisse ces questions, mais je pense que nous avons là un point concret à travailler en presbyterium – et même si c’est sans doute à travailler plus largement aussi, mais en presbyterium quand même car ça va jouer sur notre vie et notre ministère comme prêtres…
Encore un point dans cette partie : au n°18 le pape évoque les liens fraternels avec les diacres. Il rappelle que le ministère des diacres permanents est d’être « signe vivant d’un amour qui ne reste pas à la surface mais qui se penche, écoute et se donne » ; et il ajoute que le diaconat est un don que nous prêtres devons « connaître », « valoriser » et « soutenir » – il y a là encore quelque chose à aller travailler, et à travailler ensemble, prêtres et diacres…
Le pape commence cette partie (au n°20) en disant : « J’arrive à un point qui me tient particulièrement à cœur » ; et au début du paragraphe suivant (n°21), il nous dit qu’il « reste beaucoup à faire » et qu’il invite avec force les prêtres à s’ouvrir avec cœur à ce processus synodal et à s’y engager, y prendre leur part.
On peut lire au n°22 : « Dans une Église toujours plus synodale et missionnaire, le ministère sacerdotal ne perd rien de son importance et de son actualité ; au contraire, il pourra se concentrer davantage sur ses tâches particulières et spécifiques. » Le Document final du Synode a très peu parlé de cela, comme prêtres nous n’avons eu droit qu’à quelques lignes. Et cette question de ce qui serait de l’ordre des tâches particulières et spécifiques de notre ministère sur lesquelles se concentrer ou se prioriser c’est la question qu’on se pose finalement depuis des années, celle de savoir quel est ce cœur du cœur sur lequel s’appuyer pour discerner nos priorités pastorale ; le cadre général, lui, on le connaît, ce sont les 3 munera – on les retrouve d’ailleurs dans le texte –, mais concrètement, aujourd’hui, comment les décliner en terme de priorités et de spécificité de notre ministère ? On retrouve l’enjeu et la question du discernement…
De cette 3ème partie 4 mots clés sont à retenir, qui sont comme les 4 maîtres-mots de l’attitude pastorale que le pape attend de nous, ce qui doit « colorer » ce que nous vivrons pour la mission, ou plutôt ce qui doit en être comme un sous-bassement ; ces 4 maîtres-mots sont ceux d’écoute et de service et ceux de communion et de discernement.
Qu’est-ce que le pape nous dit ici de notre ministère et de cet essentiel de la mission qu’on a à vivre ? Il me semble que ce cœur du cœur, pour lui, c’est la prédication et les sacrements – tout particulièrement l’eucharistie, mais aussi le baptême et la confession qui sont eux aussi, avec l’eucharistie, des « gestes de pardon et d’offrande du salut » du Christ lui-même, le Christ que nous avons pour mission de représenter sacramentellement (cf. n°23).
On pourrait s’étonner ici que le pape semble s’arrêter à ces deux seules dimensions de l’annonce et de la sanctification. Et la gouvernance alors ? En fait il en a parlé juste avant, avec la Synodalité, quand il a parlé de notre mission de service de la communion et du discernement, dans la conduite pastorale (n°22) ; une conduite pastorale, précisait-il alors, qui tende à être « toujours plus dans la coopération entre les prêtres, les diacres et tout le peuple de Dieu, dans cet enrichissement mutuel qui est le fruit de la diversité des charismes suscités par l’Esprit Saint ». Au n°20 il était question de notre responsabilité de discernement de qui appeler à quelle tâche, selon quels charismes et sous quelles formes.
Dans cette même partie sur la mission, qui est très courte, le pape Léon nous rappelle ensuite cette notion centrale pour Jean-Paul II, qui la reprenait lui-même de Presbyterorum Ordinis, de « charité pastorale » ; il nous redit qu’elle est ce qui va unifier notre vie de prêtre, et il en fait même pour nous un critère de discernement ; c’est à la fin du n°24 : « C’est (…) en maintenant vivant le feu de la charité pastorale, c’est-à-dire l’amour du Bon Pasteur, que chaque prêtre peut trouver un équilibre dans sa vie quotidienne et savoir discerner ce qui est bon et ce qui est le proprium du ministère, selon les indications de l’Église. »
Il me semble qu’il faut entendre ces mots en ayant en toile de fond les 4 les maîtres-mots de la 3ème partie, qui sont ceux d’écoute et de service et ceux de communion et de discernement.
Ce qui veut dire que la charité pastorale comme cœur de notre identité ministérielle ça appelle à être dans l’écoute du Christ Bon Pasteur – c’est toute la dimension de vie spirituelle dont parlait la 1ère partie de cette Lettre – mais aussi l’écoute, comme le Christ, de celles et ceux vers qui nous sommes envoyés – ce qui peut paraître une évidence, mais c’est bien là-dessus que le Synode sur la synodalité insiste en fait.
Et s’il fallait le préciser ou l’illustrer, cette charité pastorale qui se fait écoute de l’autre, est-ce que ça n’est pas l’attitude même de Jésus dans les évangiles, Jésus qui s’abaisse à hauteur d’homme et qui demande souvent aux uns et aux autres, avec ces mots ou d’autres qui s’en approchent : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Le pape a insisté dans la 1ère partie de sa Lettre sur l’enjeu à lire jour après jour la Parole de Dieu et à nous laisser conformer au Christ et à sa façon d’être Pasteur…
Être à l’écoute de celles et ceux à qui nous sommes envoyés, pour les servir ; entendre de quoi ils ont besoin, mais aussi discerner quels sont leurs charismes, aux uns et aux autres, pour le bien de tous, pour l’édification de la communauté et pour la mission ; et discerner ensemble ce qui peut alors se vivre ou se proposer, non pas tant en choses à faire parce qu’il faut bien les faire, mais plutôt dans une perspective d’écoute de ce dont l’autre a besoin pour vivre à la suite du Christ et pour grandir dans la foi, et pour discerner alors qu’est-ce qui va pouvoir répondre à cela et comment. Mais c’est bien dans un « par amour » – si j’ose dire ainsi – un « pour ton bien et pour celui de la communauté » ; non pas d’abord un « parce qu’il faut le faire ».
Et la question de fond, celle de tout discernement, c’est bien de savoir de quoi nous avons besoin les uns les autres, tous les baptisés, de quoi nous avons besoin aujourd’hui, pour nourrir notre être-disciples à tous et pour vivre la mission, là où nous sommes les uns et les autres ; et ce sera aussi – je me répète – l’appel à discerner, du coup, qui a tel ou tel charisme sur lequel s’appuyer et lequel déployer pour le bien de tous, à la fois pour la vie ensemble, la vie communautaire, et pour la mission. Et on le sait bien, soit seul c’est difficile de poser de tels choix ou de poser un tel discernement, on a besoin de le faire à plusieurs.
Cette question elle touche à la vie et à la mission de nos communautés, de nos paroisses ; je mentionne juste que le n°26 précise bien qu’une paroisse ça n’est pas une boutique à faire tourner pour un entre-soi confortable, la vie paroissiale, dit-il, doit être « orientée vers la mission et [elle est] appelée à soutenir l’engagement [de ses membres] qui (…) vivent et témoignent de leur foi dans leur profession et dans l’activité sociale, culturelle et politique ».
C’est bien là que va s’exercer notre charité pastorale, dans le prendre soin des membres de la communauté, à l’écoute de leurs besoins pour vivre la mission – leurs besoins spirituels, mais aussi leurs besoins en termes de formation et de rendre compte de la foi dans le monde tel qu’il est, avec les questions de tous ordres qui le traverse. Notre charité pastorale elle va pouvoir s’exercer en discernant comment répondre à ces besoins, et donc à l’écoute, je le redis, des personnes elles-mêmes. Et c’est du coup une question à laquelle il faut qu’on accepte de s’atteler toujours et encore, dans le réel de l’aujourd’hui de la vie de notre Église, celle de savoir qui et comment nous écoutons, quels sont nos « lieux » pour cela et quels seront nos process de discernement et de prise de décisions.
N’est-ce pas ce que le Document final du Synode essaye de développer au travers de ses différentes parties et notamment la partie centrale (c’est aussi construit en symétrie concentrique, c’est donc le cœur du document), cette partie centrale qui est sur le discernement ecclésial dans son processus global ?
Le pape nous demande à nous tous, prêtres, d’avoir à cœur de nous engager pour la promotion des vocations et aussi à prier pour cela.
Il l’a finalement redit dans ce texte et par ce texte : notre ministère est important, il est essentiel à la vie de l’Église, même dans les déplacements que nous avons à vivre, notamment dans une Église plus synodale, et tout particulièrement aussi dans le contexte occidental qui est le nôtre et qui s’était fortement déchristianisé. Et il nous appelle notamment à avoir le souci d’une pastorale qui soit tout entière vocationnelle, en particulier la pastorale des jeunes et celle des familles – une pastorale qui fasse la promotion de toutes les vocations (cf. n°28).
L’appel est évidemment pour les acteurs de la pastorale des vocations du diocèse, mais il est en fait pour nous tous : c’est bien chacun, sur le terrain de sa paroisse, qui est en première ligne de la jeunesse et des familles.
En final du texte, enfin, et au dernier numéro (n°29) le pape nous remercie pour notre vie donnée et pour notre ministère…
La question qui reste c’est de savoir ce que nous ferons concrètement de tous ces appels entendus, à notre mesure évidemment, avec le réel de ce que nous sommes, et surtout en nous y aidant les uns les autres, en presbyterium déjà…
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[Proposition ensuite d’une grille de relecture personnelle reprenant les étapes et les grands axes du texte : faire mémoire du « oui » premier, relire le chemin parcouru et les déplacements qui ont pu avoir à se vivre, s’interroger sur ce qui fait pour nous le cœur de notre ministère aujourd’hui mais aussi sur nos besoins de formation, et nommer nos joies à être prêtres dont nous pourrions témoigner à d’autres]