2ème dimanche de Carême - Année A
Gn 12,1-4a / Ps 32 / 2Tm 1,8b-10 / Mt 17,1-9
Cette page d’évangile, cette scène de la Transfiguration, elle nous donne à entendre deux choses pour nous aujourd’hui : à la fois une annonce de la résurrection (1er élément), mais aussi un enseignement très concret pour ce temps du carême dans lequel nous sommes.
Cette annonce de la résurrection, d’abord, on pourrait dire que c’est le but, la visée de notre carême, ce vers quoi on doit être tendu, cette promesse de résurrection et de salut qui doit orienter notre regard et même notre agir. Et en plus, cette annonce de la résurrection c’est ce qui va nous aider à traverser avec foi et avec confiance les jours de la Passion – celle de Jésus, évidemment, mais peut-être aussi les nôtres…
Ça c’était le 1er élément, ce que ça nous donne d’entrevoir du sens et du pourquoi de ce carême, à savoir les fêtes de Pâques, ces fêtes et cette Bonne nouvelle vers lesquelles et dans lesquelles nous sommes appelés à marcher.
Et puis, second élément – mais c’est évidemment lié – cette scène de la Transfiguration c’est en soit un enseignement pour nous, pour ce temps du carême et comment le vivre.
La semaine dernière, nous étions entraînés au désert, avec Jésus, Jésus qui était conduit par l’Esprit Saint, ça veut dire que Dieu voulait que là Jésus vive quelque chose de fondamental pour son expérience de vie, quelque chose qui est même fondateur pour sa mission, et en fait pour nous aussi. Et là, aujourd’hui, ça n’est plus lui qui est conduit, mais c’est lui qui nous emmène avec lui, et non plus au désert, mais sur une haute montagne, à l’écart. Il faut prendre de la hauteur. Pierre, Jacques et Jean – et nous avec – sont appelés à faire confiance, comme Abraham (dans la 1ère lecture) qui avait dû tout quitter et se laisser faire pour accueillir les promesses de vie que Dieu lui adressait…
La semaine dernière, on a appris quelque chose de capital par cette scène de Jésus au désert, on a appris que son arme de victoire c’est la Parole de Dieu. Cette Parole qu’il a sans doute priée et ruminée en lui et dont il s’est nourri, au souffle de l’Esprit Saint, pendant ses 40 jours de jeûne. Et c’est la Parole de Dieu qu’il va citer à plusieurs reprises qui fait taire le Satan, et qui en tout cas fait que Jésus ne succombe pas à la tentation. Et ça c’est une vraie leçon pour nous.
Eh bien aujourd’hui sur la montagne, il y a aussi quelque chose de cela – et si j’ose l’expression, on pourrait dire que cette page d’évangile en remet une couche !
Pierre, Jacques et Jean, qu’est-ce qui leur arrive ? Ils font une expérience spirituelle étonnante, sans doute troublante, peut-être même un peu effrayante. En tout cas ils vont être gagnés par une « grande crainte », cette crainte de Dieu qui est une sorte d’effroi et de saisissement, de frémissement, devant ce qui leur arrive, devant la grandeur du mystère, devant Dieu lui-même. Ils se sentent tout petit face à ce qui leur arrive et ce qui leur est révélé.
C’est une expérience spirituelle, qui leur fait vivre quelque chose de la prière : Moïse et Elie qui s’entretiennent avec Jésus. C’est ça la prière : un cœur à cœur avec Jésus, un cœur à cœur avec le Seigneur, un ami qui parle à un ami.
Ce que vivent-là Pierre, Jacques et Jean, c’est l’enjeu de ce temps du carême dans lequel nous sommes, si nous le vivons comme un temps béni pour réenraciner notre foi et notre marche à la suite du Christ, un appel à faire un écart, un pas de côté, pour lui et avec lui.
Et c’est d’ailleurs l’enjeu du jeûne, de la prière et de l’aumône ; pour nous y aider – mais à ce propos, permettez-moi par contre de vous dire que nos efforts de carême ne servent à rien, et même ne sont pas chrétiens, s’ils ne servent pas ce but-là, de nous rapprocher de Dieu, de faire retour vers lui, d’exercer pour cela notre volonté et notre persévérance, et de nous rendre ainsi plus attentifs et plus ouverts au prochain qui est là et aux appels que Dieu veut nous adresser.
Le carême c’est un temps béni pour redécouvrir tout cela, l’approfondir et le réenraciner, et pour nous y entraîner ; un temps béni pour continuer notre route avec le Christ et marcher mieux avec lui ; en tout cas pour mieux nous laisser conduire, comme Pierre, Jacques et Jean qui se laissent emmener à l’écart sur cette haute montagne, et comme Abraham qui consent à laisser toutes sécurités pour que Dieu accomplisse ses promesses et se révèle à lui…
Alors comment on fait, nous, concrètement, pour se laisser conduire par le Seigneur ? Quels moyens on se donne pour vivre ce carême comme un temps béni – et notamment si on ne s’était pas encore posé vraiment la question et qu’on se dit que là faut s’y mettre sinon on risque de se réveiller un peu tard ?! Comment on fait ?
Parce que l’enjeu, je le redis, c’est bien de se laisser renouveler dans notre foi au Christ, et pour ce faire de nous convertir et nous laisser convertir par le Seigneur, c’est de faire retour vers Dieu, et de vivre une rencontre avec lui, une rencontre qui va transfigurer notre vie. Il s’agit de permettre au Seigneur de se révéler à nous, et de pouvoir alors fêter Pâques avec la joie d’un cœur renouvelé, un cœur qui se sera laissé façonner par le Seigneur lui-même…
Alors un moyen pour cela c’est évidemment la prière. C’est l’expérience de Pierre, Jacques et Jean qui voient Moïse et Elie en dialogue d’amitié avec Jésus.
Mais avec eux – avec Moïse et Elie – c’est aussi la prière guidée et nourrie de la Parole de Dieu. Et je le redisais, dimanche dernier c’est la Parole des Écritures qui a permis à Jésus d’être vainqueur du Satan et des tentations. C’est l’arme qui doit devenir la nôtre.
Et Moïse et Elie, ça n’est pas des figures au hasard, c’est quasi toute la Torah qui se dit là, la Bible juive ; parce que Moïse, pour la tradition juive, c’était l’auteur des Livres de la Loi, et Elie c’est les prophètes, et en plus par n’importe lequel, c’est celui qui devait revenir quand les temps seraient accomplis et que Dieu enverrait son Messie, son Envoyé. Mais ça on le sait si on fréquente les Écritures, si on apprend à contempler Dieu qui se révèle et qui sauve son peuple, qui lui adresse des appels et qui le façonne par ses promesses de vie et de salut et par les annonces du Messie.
L’enjeu, pour nous, c’est d’apprendre peu à peu, c’est de nous laisser former par ces récits bibliques et toute l’histoire sainte, pour entrer dans ces promesses de Dieu, pour les accueillir et les comprendre avec le cœur, et pour laisser Jésus se révéler à nous, se révéler pleinement, se révéler dans l’aujourd’hui de ce que nous vivons.
Et alors, comme Pierre, Jacques et Jean, nous pourrons être ré-envoyés au monde, redescendre dans le concret de la vie ordinaire, et au moment venu nous pourrons témoigner de cette rencontre que nous aurons faite dans la prière, témoigner de cette Bonne nouvelle de la résurrection et du salut qui peut-être aura touché nos vies, déjà, et qu’en tout cas il nous est donné d’entrevoir et de comprendre un peu…
Et ce faisant, laissant Dieu lui-même nous enseigner par sa Parole, et apprenant à l’écouter, nous allons nous découvrir peu à peu fils et filles Bien-aimés du Père, nous aussi, avec le Christ ; fils et filles Bien aimés du Père en qui il trouve sa joie, déjà, et cela malgré nos découragements parfois, malgré notre péché aussi, malgré ces peurs qui peuvent nous paralyser. Mais parce que nous nous laisserons toucher et rejoindre par sa Parole et que nous allons apprendre à en vivre. Bien simplement, avec ce que nous sommes.
Alors oui, c’est vrai, nous restons pécheurs. D’où l’enjeu à faire retour vers le Père, et à nous en donner les moyens en ce temps du carême. Oui, nous savons bien que notre volonté est fragile et qu’il faut la « muscler » un peu plus et en demander sa grâce au Seigneur. Oui, nous peinons parfois à persévérer dans la prière ou à ouvrir les Écritures avec le Seigneur. Oui, c’est vrai… Et alors ?!
Lui, le Seigneur, il garde confiance en nous, si nous voulons bien essayer de continuer la route et la continuer avec lui. Et si nous voulons bien, aussi, lui demander sa force et son pardon.
C’est l’appel que nous avons entendu au tout début du carême, l’appel que nous adressait St Paul dans la 2ème lecture quand il s’écriait : « Au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconciliez avec Dieu ».
Ce sera l’enjeu des deux veillées miséricorde qu’on va vous proposer et vous offrir, ici à St Jo, fin mars, dans le prolongement de la messe.
Mais pour l’heure avançons, allons-y, laissons-nous conduire et ouvrons la Parole de Dieu en demandant au Seigneur de venir toucher nos cœurs, de venir se révéler à nous, et de nous donner à entendre cet amour de Dieu pour nous, malgré tout parfois, mais son amour sauveur, son amour qui veut nous relever...
Voilà le programme… Voilà, je crois, ce que peut nous enseigner cette page d’évangile.
Alors je ne sais comment vous avez pris votre départ de carême, ni comment vous recevez tout cela, ce que ça vient rejoindre ou éveiller en vous ; mais comme je le fais d’habitude, je propose que nous prenions quelques minutes de silence pour recueillir ce que ça vient faire remonter en nous, là maintenant, et pour l’offrir bien simplement au Seigneur, dans le silence de nos cœurs. Et pour accueillir le Seigneur dans ce réel-là, l’accueillir en son eucharistie. Tout simplement… Alors prions… Amen.