Homélie Mercredi de Pâques

[Macha Chmakoff, juin 2005]

[Macha Chmakoff, juin 2005]

Mer. 8 avril 2026 | Octave de Pâques

Ac 3,1-10/ Ps 104 / Lc 24,13-35

La Bonne nouvelle de cette page d’Évangile qu’on connaît bien (peut-être même trop), cette Bonne nouvelle que vient manifester et révéler pleinement l’incarnation de Jésus et sa résurrection, c’est qu’au cœur de toutes ténèbres, de toute désespérance, le Christ veut nous rejoindre et peut offrir son salut.

C’est l’expérience de nos deux disciples d’Emmaüs, c’est finalement ce que vivent aussi et confessent Pierre et Jean avec le miracle de la Belle-porte (cf. 1ère lecture), c’est également ce qu’ont vécu bon nombre de nos catéchumènes qui font mystérieusement l’expérience du Seigneur qui vient les rejoindre et qui les appelle à sortir de leurs ténèbres de tous ordres. Et ça, c’est résurrection, c’est un chemin, ça n’est souvent pas à coup d’éclat qui en mette plein la vue, mais c’est bien réel et c’est déjà passage de la mort à la vie, avec Dieu.

C’est l’expérience que nous raconte cette page d’Évangile. Nos deux disciples sont dans l’effroi de ce qui s’est passé à Jérusalem. Tout s’est comme effondré pour eux et sans doute ils s’en retournent chez eux... Celui qui devait leur apporter la délivrance est mort, comme un malfrat ; celui qui manifestait la puissance de Dieu par des miracles n’a rien su faire pour lui... Ils sont perdus, le mal et la mort semblent avoir eu raison non seulement de lui mais d’eux aussi…

Mais voilà que là le Christ les rejoint. Non pas avec toute-puissance, dans je ne sais quel coup d’éclat (et on pourrait se demander pourquoi), il vient et il prend le temps d’écouter, d’ouvrir avec eux les Écritures, et ensuite d’être reconnu à la fraction du pain. Il est là le miracle…

C’est progressif, car de leur côté à eux ils ne voient plus rien, leurs yeux sont empêchés de le reconnaître – cette tristesse qui les accable, cette désespérance en eux. Et pourtant c’est bien lui, Jésus, nul besoin de coup d’éclat, juste de voir – voir que c’est lui.

Pour en sortir, pour passer de l’aveuglement de la nuit à la prise de conscience d’une présence réelle mais nouvelle, il faut justement cette mise en mots que Jésus permet – il vient nous rejoindre dans le réel de ce que nous traversons. Il faudra ensuite que les Écritures prennent corps en eux, que ça vienne trouver résonances avec ce qu’ils vivent – sinon ça reste des belles paroles, des mots, des idées : « Des femmes nous ont dit… » ; et alors ?!

Leur cœur commence à comprendre, peu à peu … Ils le diront : « Notre coeur n’était-il pas brûlant en nous tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » 

Ce qu’ils savaient déjà, nos deux disciples, ce qu’ils avaient déjà entendu alors qu’ils suivaient Jésus, ce qui était resté des mots, cela va peu à peu prendre corps en eux et éclairer d’une lumière nouvelle ce qu’ils sont en train de vivre et de traverser.

Alors ils peuvent le reconnaître , à la fraction du pain, ce quasi dernier geste de Jésus, qu’ils l’ont vu faire juste avant son arrestation. Cette fois leur cœur sait, leur cœur peut croire, Jésus est bien là avec eux, présent, vivant. Certes ils ne le voient plus, mais nul besoin de cela désormais, leur cœur sait, ils ont foi, ils croient, tout cela est bien vrai…

Ce chemin d’Emmaüs, c’est celui d’une vie. C’est celui sur lequel avancent nos catéchumènes, et les néophytes encore. Il y aura à se laisser rejoindre de nouveau, à laisser la Parole nous travailler encore, nous révéler le Christ, le Christ qui est là, autrement, au cœur de ce que nous avons à vivre, et qui nous envoie témoigner de son salut.

Et c’est la suite de l’histoire, quand nos deux disciples seront à Jérusalem, de nouveau les Christ sera là mais de nouveau il faudra le reconnaître qui vient nous visiter et nous remettre en route. C’est l’affaire d’une vie.

Pour l’heure, entrons et soyons dans la joie de nos deux disciples, laissons cette Parole nous façonner, laissons cette Bonne nouvelle de la résurrection de Jésus nous habiter, qu’elle soit force de vie pour avancer, un jour après l’autre, qu’elle soit nourriture, aussi, pour nous, pour nos catéchumènes et pour les nouveaux baptisés de Pâques.

Prions tout particulièrement pour eux, ce matin, et confions aussi au Seigneur tout ce qui dans nos vies et dans ce monde a tant besoin de son salut, tout ce qui nous fait parfois rebrousser chemin et laisser les ténèbres reprendre le dessus. Amen.

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