15ème dimanche du Temps Ordinaire – Année A
Is 55,10-11 / Ps 64 / Rm 8,18-233 / Mt 13,1-23
Pendant toutes mes années de service, ici à St Jo, j’aurai beaucoup insisté, je crois, sur l’enjeu pour notre vie chrétienne à tous d’écouter la Parole de Dieu et de la laisser nous façonner, nous travailler. Et c’est bien de cela dont il est question dans cette page d’évangile qu’on vient d’entendre comme dans la 1ère lecture aussi !
Avec cette autre question que j’ai posée de temps en temps de savoir comment nous écoutons cette Parole, comment nous la recevons, et même comment on se prépare à l’entendre ?
Pourquoi ? Car l’enjeu c’est non pas d’écouter les lectures du dimanche comme de belles histoires du passé – en plus, avouons-le, parfois on n’y comprend pas grand-chose, d’où l’utilité de nos homélies, j’espère ! – ; non pas tant écouter tout ça comme des textes du passé qu’il est bon de connaître, donc, qui seraient informatifs sur Dieu, même si c’est déjà ça, mais bien comme une Parole que Dieu veut nous adresser à chacun aujourd’hui.
C’est ça l’enjeu ! Car nous croyons que le Christ, Parole de Dieu, est vivant. Auprès de Dieu et en nous par son Esprit Saint. Mais bien qu’il est vivant, et qu’aujourd’hui encore il veut se donner à connaître pour nourrir notre vie de sa présence et de ses promesses de salut, et pour qu’on en vive à notre tour, qu’on soit ces témoins dont il a besoin aujourd’hui pour que la Bonne nouvelle du salut continue à être annoncée et à transformer des vies. C’est ça l’enjeu.
Et si Dieu est bien quelqu’un et pas qu’une idée ou une hypothèse ou je ne sais quoi, alors écoutons-le comme quelqu’un qui a quelque chose à nous dire, aujourd’hui encore...
Alors ces textes qui nous parlent justement de cette Parole de Dieu qu’il veut semer en nos cœurs, qu’est-ce qu’on peut entendre pour nous et pour notre vie chrétienne, notre vie avec le Christ et à sa suite ?
Le semeur qui est sorti, c’est le Christ, justement. Le Christ, le Verbe de Dieu (comme dit St Jean dans son évangile), qui est venu jusqu’à nous pour nous révéler pleinement qui est Dieu et quel est son projet de vie et de salut pour nous, et qu’est-ce qu’il nous appelle à en faire avec lui.
Le semeur est sorti, et il sème largement. Ce qu’il sème c’est justement sa Parole, c’est la Bonne nouvelle du salut, c’est ce qu’il veut nous donner à entendre et à connaitre. Car c’est Parole de Vie pour nous et pour ce monde.
Il y a là un acte de foi à poser. C’est Bonne nouvelle et c’est Parole de Vie. L’enjeu est donc de taille ! Si je veux vivre de la vie même de Dieu, si je veux avancer vers la sainteté à laquelle il m’appelle, si je veux être son disciple et qu’il soit le maître de ma vie, pour une vie meilleure, pour un plus de vie, tel que Dieu nous veut heureux et vivants de son amour.
Et vous l’avez entendu, le problème ou la question, ça va être la qualité de la terre. Dieu, lui, il sème ; et la 1ère lecture nous l’a dit, sa Parole est efficace, elle fait ce qu’elle dit, elle va produire son fruit, en tout cas elle le veut et elle le peut, elle va venir féconder la terre que nous sommes. Mais quelle terre est-ce qu’on va être, justement ? Est-ce qu’on va être cette « bonne » terre dont parle Jésus ou est-ce qu’on va être une terre pleine de ronces ou de pierres dans laquelle ça peine à prendre racine ?
Vous voyez l’image ? Qui appelle une autre question, je crois : c’est quoi une « bonne » terre ? Ou plutôt : comment on devient une bonne terre ?
Je décale la question parce que, même si je suis nul en jardinage, il me semble qu’il n’y a pas en soi de bonne ou de mauvaise terre, il n’y a que des terres à travailler ! Il va falloir enlever les pierres et les ronces éventuelles, il va falloir désherber, il va falloir arroser et prendre soin, etc.
Une « bonne » terre, c’est une terre travaillée… Alors je repose ma question du début de cette homélie : comment on accueille cette Parole qu’on entend à la messe ou qu’on lit dans nos bibles quand on l’ouvre pour la lire ? Comment on se prépare à accueillir ces mots non pas comme de simples textes bien sympas mais bien comme une Parole que Dieu veut m’adresser à moi aujourd’hui ?
Les pierres et les ronces, nous dit Jésus, c’est un peu comme écouter d’une oreille, sans vouloir vraiment comprendre, avec notre intelligence ; c’est aussi d’écouter sans se donner les moyens que ça prenne racine en nous, et c’est toute la question de notre vie de prière notamment ; et puis c’est d’écouter vaguement sans choisir vraiment d’en faire la boussole de notre vie, sans choisir vraiment de faire du Christ le maître de notre vie et donc de recevoir sa Parole comme le guide qu’il nous donne, et donc d’obéir à sa Parole, écouter et en vivre vraiment, vouloir et apprendre à mettre en pratique.
Si j’ose redire encore une fois ce mot ou cette expression : c’est ça l’enjeu ! Et pour ce faire, c’est déjà de croire que ces mots, cette Parole, c’est bien une Bonne nouvelle que le Christ m’adresse, que c’est bien une Parole de Vie. Il y a un enjeu de confiance, de confiance en Dieu. Et ensuite un enjeu sur le comment on s’y prend pour écouter, pour recevoir ces mots, et pour les laisser travailler en nous…
Nous sommes, chacun, cette terre que Dieu veut féconder, cette terre qu’il veut travailler de l’intérieur, pour être vraiment ses disciples, pas être juste des chrétiens de façade ou de culture, mais bien ses disciples et même ses disciples qui vont devenir des témoins pour d’autres.
Témoins de quoi ? De la Bonne nouvelle du salut, témoins de ce salut que nous aurons expérimenté, témoins de son amour qui sauve et qui relève, témoins de la miséricorde du Père et de son pardon qui redonne de croire peu à peu en soi ou en l’autre, et qui redonne de croire peu à peu en la vie et même en Dieu dont parfois nous doutons ou nous nous éloignons.
Et on l’a entendu dans la 2ème lecture, avec St Paul : la création aspire à ce salut, la création tout entière, et donc nous avec, est prisonnière du mal qui la défigure et qui défigure notre vie et ce monde, nous avons besoin du salut de Dieu, Dieu qui est venu pour sauver les malades et les pécheurs, Dieu qui est venu pour les pauvres et les petits.
Et j’en parlais la semaine dernière, à propos de la 2ème lecture de ce jour-là, l’appel à vivre sous l’emprise de l’Esprit Saint et non plus sous celle de la chair, non seulement l’enfermement mortifère du péché et nos découragements à chuter et rechuter, mais aussi l’enfermement et le découragement du mal qui nous tombe dessus et qui nous cloue au sol ou qui nous paralyse.
Dieu vient offrir son salut. Encore faudra-t-il y croire et, pour ce faire, faudra-t-il ouvrir nos cœurs à cette Bonne nouvelle, pour l’accueillir et pour en vivre.
Dieu vient offrir son salut et il nous appelle à en devenir témoins pour d’autres, en paroles et en actes ; et ça c’est tout l’Évangile qui nous le montre et qui nous raconte, et ce sera l’envoie en mission des disciples et des apôtres après la résurrection. Et c’est bien pour cela que le Christ promet alors son Esprit Saint, sa force de vie et d’amour qui peut re-susciter la vie au cœur de tout mal et de toute épreuve, sa fore de vie et d’amour qui nous est promise à nous aussi et qui a déjà été donnée à la Pentecôte.
Tout cela, nous le découvrons peu à peu dans nos Bibles. Et je le redis, l’enjeu c’est de l’entendre pour nous, c’est de le recevoir dans le réel concret de ce que nous vivons. Et donc de nous mettre à l’écoute de cette Parole que Dieu veut nous adresser et lui demander de comprendre, chacun, ce qu’il veut nous en dire pour notre vie bien concrète – la mienne, la vôtre, notre vie à chacun.
Alors comment faire pour que ça prenne racine, comment être une « bonne » terre où ça va porter du fruit ? ça va dépendre de comment on lit ces mots et surtout comment on les prie, pour demander à Dieu ce qu’il veut là nous dire ; ça va dépendre aussi de comment on s’aide les uns les autres, par exemple dans une Frat’ où on va s’aider à écouter ensemble et chacun et dans laquelle on va apprendre à discerner à quoi ça nous appelle tout ça, à quoi ça nous appelle chacun mais aussi ensemble, en Église.
Concrètement – je terminerai par là – quand vous ouvrez votre Bible et que vous lisez un texte, 1ère chose : ne faites pas que le lire, mais priez avec ce texte, demandez à Dieu de vous éclairer et de vous donner à entendre qu’est-ce qu’il veut peut-être vous dire aujourd’hui. Et alors, 2ème chose, prenez le temps de vous poser trois question (ça marche soi-seul, quand on prie chez soi, mais aussi à plusieurs, en Frat’) :
L’air de rien c’est ce que je vous propose à chaque fin d’homélie, quand je vous invite à recueillir ce que ces textes et ces mots d’homélie éveillent en vous, recueillir ce qui vous habite à l’écoute de tout ça, et l’offrir au Seigneur, le déposer auprès de lui… Alors allons-y, aujourd’hui encore. Prenons quelques instants de silence pour cela… Amen.