C’est rare que je sorte aussi mal d’une séance cinéma, qu’un film me mette mal à l’aise comme ça... Et pourtant c’est du grand cinéma, qui a d’ailleurs reçu la Palme d’or à Cannes, il y a quelques mois. De fait, c’est bien filmé, les paysages sont magnifiques, c’est très bien joué, on est même pris par l’histoire et la filmographie elle-même... Mais alors, une impression d’étau pourtant, un sentiment d’oppression qui me gagnait et qui m’a tenu longtemps encore après la fin du film...
L’histoire, c’est celle d’une famille chrétienne évangélique à l’éducation visiblement assez stricte et conservatrice, en protection du monde et d’un certain nombre de choses de la culture moderne ambiante – y compris les téléphones, youtube, les jeux vidéos, etc. Mais une famille qui a l’air paisible et certainement aimante, certes où la foi, la prière et le catéchisme semblent excessivement présents... mais bon... pourquoi pas... En plus les enfants ne sont pas déscolarisés, ils se font des amis ; même si, il est vrai, les règles sont strictes et qu’ils ne sortent pas comme ils veulent pour aller chez l’un ou l’autre, le soir notamment...
Et voilà qu’un jour à l’école, on remarque des marques sur le visage, le cou et le dos d’une des filles. Et quelqu’un affirme avoir entendu celle-ci dire à une copine que sa mère l’a frappée. La procédure est claire : on enclenche l’Aide à l’enfance... signalement, éloignement, enquête, et procès. Et c’est ce que nous raconte ce film...
Que sait-il réellement passé, que découvrira-t-on ou prouvera-t-on, ce n’est peut-être que secondaire, finalement, non ? Car ce qui va être jugé, en fait, c’est le droit à la différence de culture et de convictions, y compris religieuses. Est-ce cela qui m’a travaillé ? Je ne sais, mais je ne crois pas... Est-ce le côté qu’on pourrait croire caricaturé des positions respectives… je ne sais non plus… d’autant que je ne crois pas que ce soit si caricatural que cela, en fait – mais justement, me direz-vous peut-être...
Ce film vient en tout cas interroger notre société, par exemple la sacralisation de la parole des enfants, certes pour les protéger, mais dans une forme de toute-puissance de l’Etat sur la famille... Et puis cette forme d’intolérance religieuse et plus largement culturelle au nom d’un droit à ne pas être conditionné par des pensées qu’on juge passées ou ne laissant pas assez de liberté, mais du coup on va contre la liberté des personnes et même d’une culture autre ou de convictions différentes, notamment familiales mais aussi religieuses...
Quels sont les critères mais également les « limites » à ne pas franchir ? Je pose la question car on voit bien, chez nous, que ça nous concerne aussi, entre laïcisation de la société, questions autour de l’islam et des migrations, un sentiment anti-religieux et même anti-chrétien ressenti par certains, etc.
Dans l’histoire, la mère est norvégienne – ça se passe là-bas – mais le père est roumain ; ils arrivent d’ailleurs de Roumanie et se rapprochent de sa famille à elle. Et là où ils s’installent, ils rejoignent une Eglise évangélique déjà installée. Certes on leur reprochera une sorte de prosélytisme un peu caché, mais ça s’ajoute à la question de départ de savoir s’il y a eu violences intra-familiales ou pas.
Ce qui est très violent – ou qui rajoute à la violence – c’est que les enfants soient enlevés de force à leurs parents alors qu’ils veulent rester avec leurs parents, et qu’ils soient éclatés sur plusieurs familles à plusieurs dizaines de km d’écart entre eux... C’est aussi les aveux qu’on fait signer au père en lui disant qu’il pourra nuancer au procès ; sauf qu’ils sont quand même signés, du coup...
Bon... J’en dis sans doute trop, et je ne sais s’il me faut vous le conseiller ou pas... Au moins pour que vous vous fassiez vous-mêmes votre propre avis ? Mais bon... moi ça me laisse pas-bien, tout ça... même si c’est très bien filmé, redisons-le quand même, et très ben interprété – jugez-en déjà par la bande-annonce...