28ème dimanche du Temps Ordinaire (Année A)
Is 25,6-10a / Ps 22 / Ph 4,12-14.19-20 / Mt 22,1-14
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Voilà une parabole qu’on peut trouver un peu violente ; et de fait : c’est fait pour nous faire réagir et provoquer une sorte d’électrochoc. Je vais y revenir, mais je fais d’abord un détour par la 1ère lecture de ce jour.
Le prophète Isaïe nous a redit là notre espérance, celle d’Israël à qui il s’adresse, cette espérance sur laquelle nous appuyer ; une espérance pour demain, semble-t-il, puisqu’elle est une annonce et une promesse, mais une espérance qui est bien, déjà, pour l’aujourd’hui de notre vie.
Cette espérance annoncée, elle est pour tous les peuples, quand Israël sera élargi à toutes les nations et que celles-ci convergeront vers Jérusalem.
Israël avait reçu cette mission d’être le peuple que Dieu se donne pour être témoin au milieu des nations qu’il y a un Dieu qui est là, le Dieu unique ; être pour les nations tel un phare qui dise l’existence de Dieu et sa présence, au milieu de son peuple. Et tous, un jour, convergeraient vers Jérusalem, la montagne sainte, et vers le Temple, ce lieu-signe pour rappeler à Israël, et donc aux nations, que Dieu est là au milieu de son peuple.
Le Temple véritable, nous croyons que c’est le Christ, le Messie de Dieu qu’Israël attendait et qui inaugurerait les temps nouveaux, celui qui nous ouvrirait aux Noces éternelles : être en Dieu, avec Dieu, pour toujours. Et là, nous dit Isaïe, il n’y aurait plus ni le voile du deuil ni les larmes sur les visages. Rappelons-nous d’ailleurs cette Béatitude de Je suis : « Heureux vous qui pleurez maintenant, car vous serez consolés »…
Si le Christ est le Temple véritable, et si l’Israël de Dieu s’ouvre avec lui aux dimensions du monde, alors nous y sommes, ce « pour toujours » annoncé et promis est bien un « pour tout-jours », pour chaque jour, pour l’aujourd’hui de notre vie.
Et cet élargissement d’Israël à tous, au nom même des Noces du Fils, c’est bien ce que nous raconte notre page d’Évangile de ce jour : nous sommes entrés dans le temps des Noces.
Il y avait les premiers invités dont l’histoire avec Dieu a été parfois complexe – allons relire l’Ancien Testament. Ils se sont parfois détourné de Dieu comme ces invités à la Noce qui avaient visiblement autre chose à faire. Ils ont parfois violente le aussi les envoyés de Dieu et ses prophètes car leurs paroles les engageaient trop et dérangeaient les sécurités acquises et le pouvoir qui va avec…
Alors l’invitation est élargie aux dimensions du monde. Puisqu’Israël ne fait pas le « job » alors Dieu lui-même vient élargir son appel aux nations et nous inviter, tous, aux Noces de son Fils, à entrer dans son Alliance. C’était le projet ; Dieu va le mener à son terme.
Mais l’évangéliste St Matthieu nous prévient : voulons-nous en être, voudrons-nous bien répondre à l’invitation ? Pas au nom d’une quelconque dignité ou de je ne sais quel mérite, non ; il prend finalement tous ceux qui voudront bien répondre à l’invitation, « les bons comme les mauvais », dit le texte. Et Jésus le dira à plusieurs reprises : il ne vient pas pour les justes et les bien-portants – pas d’abord pour eux, pas seulement pour eux qui croient souvent ne pas avoir besoin de Dieu –, non, il vient pour les malades et les pécheurs – que nous sommes.
Alors la question nous est posée, à tous, nous comme tous les autres, de qui Dieu veut se faire connaître : voudrons-nous bien être de la partie, voudrons-nous bien entrer dans la fête de Dieu, et que tous en soient, les bons comme les mauvais, ceux que nous jugeons digne de cela comme les autres ?
Et plus encore – c’est la phrase-électrochoc de cette parabole – non seulement voudrons-nous bien en être, mais déciderons-nous d’en être vraiment, c’est-à-dire nous en donnerons-nous les moyens ? Nous laisserons-nous revêtir du vêtement de Noces ?
Alors justement, c’est quoi cette histoire de vêtement de Noces qu’il faudrait avoir pensé à prendre ?
Je cite souvent Jn 15 – qui me venait au cœur, ce matin encore, en priant ces textes – : vivre avec le vêtement de Noces, n’est-ce pas l’appel en Jn 15 à Demeurer dans l’Amour, l’Amour du Christ ? Nous laisser aimer par lui, au cœur de toute fragilité, épreuve et doutes de nos vies ; nous laisser aimer et apprendre à l’aimer et aimer comme lui ?! Demeurer en son Amour, donc, et garder sa Parole, l’écouter, méditer avec lui, le Christ, ses appels d’Évangile et comment lui, le Christ, vit l’Amour sauveur du Père ?! Alors ça portera beaucoup de fruit : cette Alliance avec lui donnera vie, sera féconde, féconde d’Amour en actes.
N’est-ce pas cela être ses témoins, pour que d’autres entrent dans la Noce ? Pour tout-jours et donc dès aujourd’hui déjà… Amen.