Mardi 6 octobre 2026 - St Bruno (mémoire obligatoire dans le diocèse)
Ga 1,13-24 / Ps 138 / Lc 10,38-42
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On la connaît cette page d’Évangile, et je trouve particulièrement heureux que nous l’entendions en ce jour où nous fêtons saint Bruno.
Le texte parle de l’agitation de Marthe à vouloir servir et bien accueillir Jésus. Et l’oraison d’ouverture de cette messe évoquait quelque chose du même ordre : qu’à l’intercession de saint Bruno nous sachions rester libres pour Dieu au milieu des changements de ce monde. Il me semble que l’ancienne traduction que nous avions ce matin aux laudes parlait de l’agitation du monde. Et on voit bien, je crois, le lien qu’il peut y avoir : aujourd’hui, à n’en point douter, dans un monde qui bouge et change si vite, mais déjà à l’époque de saint Bruno qui fut justement une époque très agitée, politiquement et ecclésialement.
Saint Bruni a senti l’appel à s’extraire de cette agitation du monde et à vivre-là une nouvelle phase de sa vie. Il avait déjà 50 ans quand il décida de faire le pas, de quitter sa vie universitaire et de chanoine, à Reims, pour chercher et de poser dans le désert de Chartreuse.
S’extraire pour mieux trouver Dieu, pour lui être plus encore donné, et pour retrouver Source, retrouver la source de toute vie qu’est Dieu lui-même – le retrouver où plutôt lui être mieux présent.
C’est l’enjeu, en fait, de notre vie à tous – notre vie avec le Seigneur. Et c’est finalement l’évangile de ce jour, avec Marthe qui veut tout bien faire, Marthe qui veut tellement bien accueillir son Seigneur qu’elle s’agite pour lui et le laisse finalement de côté.
C’est nous qui dépensons beaucoup d’énergie pour tout un tas de choses, sans doute très importantes, du moins nous le pensons, que ce soit pour les autres, pour nous-même, ou pour le Seigneur. C’est nous prêtres, qui nous dépensons sans compter pour la mission et pour répondre à tant de sollicitations. Nous tous, qui risquons bien souvent d’être pris par cette même agitation et qui nous retrouvons parfois à en oublier le pourquoi de tout cela, Celui qui devrait être 1er servi, le Seigneur lui-même.
Ça nous guette d’ailleurs, parfois aussi, dans la prière…
Nous taire… Juste être là… Écouter, et même plus que cela : écouter et entendre, écouter et entendre le fin murmure d’une présence qui se dit dans ce silence qu’il nous faut goûter et parfois même retrouver…
Au fond de nous, on le sait bien tout cela. Et d’ailleurs ça peut même nous tirailler et nous travailler – je pense notamment aux prêtres en paroisse. Et ce tiraillement, cet écartèlement intérieur, ajoute parfois de l’agitation intérieure à l’agitation des jours et de la mission…
Alors oui, il nous faut des lieux-signe, comme une Chartreuse ou autres monastères. Pour nous rappeler à ce silence premier dans lequel s’arrêter, pour se rendre disponible à cet hôte intérieur qui déjà nous attend.
Et il nous faut des lieux-source, comme ce Carmel. Pour nous poser et faire halte, calmer l’agitation des jours et laisser Marie reprendre en nous la 1ère place et calmer la Marthe qui nous habite…
Comme pour vous, sans doute, mes sœurs, avec l’oraison du matin et du soir, qui oblige à stopper le « tout-ce-qu’il-y-a-encore-à-faire » et goûter tout-jours et encore, et plus profondément, au silence d’une Présence pour laquelle vous avez offert votre vie, par amour…
S’arrête, se tenir auprès du Seigneur, l’écouter vraiment, se rendre disponible à lui d’abord, c’est un défi, pour beaucoup et notamment beaucoup de prêtres ou autres acteurs de la mission qui se donnent à corps-perdu ; c’est un enjeu pour notre vie à tous.
Alors puissions-nous, en cette eucharistie déjà, en demander la grâce au Seigneur, pour nous-mêmes mais aussi pour tous ceux que nous connaissons qui se donnent avec cœur pour l’annonce de l’Évangile et le service de la charité.
Que le Seigneur vienne nous donner de savoir nous arrêter et nous poser avec lui, vraiment ; qu’il vienne là calmer nos agitations intérieures ; et nous donne de goûter au bonheur paisible de nous tenir prioritairement à ses pieds, bien simplement, dans le silence d’un cœur qui écoute et qui aime. Amen.