Homélie lundi 30 oct. 2017

Publié le par Christophe Delaigue

Lundi de la 30ème semaine du Temps Ordinaire

[Messe dite pour l'unité des chrétiens, à la veille des 500 ans de la Réforme et de la clôture de l'année de commémoration]

Rm 8,12-17 / Ps 67 (68) / Luc 13,10-17

Je suis toujours ému par cette histoire, par cette femme que Jésus « décourbe »… et que j’imagine vieille (un souvenir d’enfance)…

Pour l’anecdote, si je puis me permettre, une de mes premières homélies, comme tout jeune diacre, il y a 13 ans, ma toute première au séminaire, c’était avec cette femme courbée, un lundi soir ; j'étais hyper stressé, sachant que les séminaristes et les pères du séminaire, à peine sortis de la messe, allaient passer le repas à décortiquer, commenter et même à critiquer le fond, la forme, le ton, etc. Et Dieu sait que je manquais de confiance en moi…

Cette femme, son histoire, cette page d'évangile, vous l’avez entendu c’est le récit d’une guérison, un miracle. Un de plus, mais un qui passe souvent inaperçu car on ne le lit jamais dans le cycle des évangiles des dimanches. Et pourtant… C’est un miracle, donc, vous le savez mes soeurs, un signe que Jésus nous donne, un signe du salut ; et même, du coup, une annonce de la résurrection. Et c’est là que cette petite vieille femme, puisque je l’imagine ainsi, me touche tout particulièrement…

Car la résurrection, si j’y crois vraiment, si c’est même mon moteur de vie, de foi, de confiance et d'espérance, si j’en suis même curieux et un peu impatient de voir comment ça va être, la résurrection ça reste un grand mystère. Avec notamment cette question qui longtemps m’a habité de savoir comment nous allons ressusciter. C’est la question que des parents en préparation baptême me renvoyaient souvent à propos de la résurrection de la chair et de la vie éternelle, quand on s'interrogeait ensemble sur le Credo pour mettre ensemble des mots sur qui est Dieu. Ils me disaient : « La vie éternelle, ok, pourquoi pas, à la rigueur ; du coup la résurrection, si vous voulez, on verra ; mais la résurrection des corps, alors là, faudrait pas exagérer »…

Avec mon corps… Nos corps… mais comment ? Jeunes, vieux, en bonne santé ou avec les infirmités d’aujourd’hui ?

En vous disant cela et en contemplant cette femme courbée, je suis ému en repensant à un prêtre qui nous a marqué, Loïc et moi, au séminaire. Un autre Christophe, prêtre de la Compagnie de St Sulpice, qui est décédé à l'âge que j’ai aujourd’hui d’une myopathie évolutive. Un jour, je m’en rappelle très bien, nous étions en cours de théologie fondamentale et il nous parlait de la résurrection des corps, il nous a dit avec sa petite voix un peu aiguë qui sortait de son corps de plus en plus difforme et qui s'atrophiait : « Vous croyez vraiment que je vais ressusciter avec ce corps là ? Vous croyez vraiment que j’ai envie de croire à ça et que c’est une promesse de vie ? On fait mieux, non, comme espérance !? »

Alors quel corps ? Comment ?

J’ai toujours été frappé par les récits d'apparition du ressuscité. C’est bien lui, avec son corps qu’on peut toucher, mais on ne le reconnaît pas d’emblée. Alors c’est lui ou pas ? C’est son corps ou pas ? Et moi, St Paul qui dit que nous ressusciterons avec un corps spirituel, je trouve ça joli mais je sais pas bien si ça m’aide à mieux comprendre…

C’est quoi cette histoire ? Et c’est quoi le rapport avec notre évangile de ce matin ?

J’aime cette femme courbée depuis si longtemps car son histoire m’éclaire. Je l’ai dis, c’est un miracle que Jésus fait, c’est donc un signe, un signe du salut, une annonce de ce qu’est et de ce que sera la résurrection. Ça nous dit que notre résurrection, la résurrection des corps qui nous est promise, ce sera comme un « dépliement » de nous-mêmes.

Ce sera bien nous, ce sera vraiment nous, mais dépliés, « décroquevillés », déployés. Ce sera vraiment nous, rendus droits, tout droits, comme cette femme qui est redressée. Ce sera nous, debout, capables de regarder Dieu en face à face. Ce sera vraiment nous, corporellement, dans la pleine forme originelle dans laquelle il nous voit et dans laquelle il nous veut. Sauvés, libérés de ce qui nous lie aujourd’hui, ce qui nous repli, ce qui nous casse en deux, ce qui nous abaisse vers le sol. Que ce soit physique, moral, psychologique, affectif, etc.

Notre femme que je vois vieille était courbée, pliée, et la voilà dépliée, « décourbée », toute droite, prête à se mettre tellement plus facilement en route et en marche… Et nous aussi, chacun, ou nos communautés, ou nos Eglises, ou notre monde, nous savons bien que la vie nous replie sur nous-mêmes, nous « recroqueville », nous emmure et nous enferme parfois ; eh bien nous sommes promis à être dépliés, « décourbés », « décroquevillés », redressés…

Alors concrètement, la question du coup pour nous aujourd’hui : qu’est-ce qui me replie sur moi, qu’est-ce qui me casse en deux ou en mille morceaux, qu’est-ce qui me fait mal, qu’est-ce qui m'empêche de voir loin et de voir avec le Seigneur ? Qu’est-ce qui me lie ou qui me tient prisonnier de moi-même ? Quelles sont-elles ces blessures du corps, de l'âme, du cœur, de la relation aussi, qui nous empêchent de nous tenir droit, debout et pleinement vivants ?

C’est là que Jésus veut nous rejoindre. Chacun. Chacun de nous. Mais aussi nos communautés. Et également nos Eglises… C’est là que Jésus veut nous rejoindre et que nous nous laissions toucher par lui, transformer par son Souffle de vie, pour le déploiement ultime qui nous est promis, demain, dans l’au-delà où il nous précède, mais dès ici-bas aussi, dès maintenant. Au cœur du réel blessé, fragile et vulnérable de toute vie. Au cœur de notre péché aussi mais également de ce péché du monde, ce mal, qui nous assaille, qui nous renferme et qui nous replie.

Oui, c’est maintenant le temps du salut, entendrons-nous mercredi pour la Toussaint. C’est maintenant, déjà, que Jésus veut s’approcher de nous et que nous nous laissions toucher par lui, que nous nous laissions revivifier par sa force d’amour et de consolation qu’est l’Esprit Saint…

N’est-ce pas d’ailleurs, pour une part, le mystère de ce que nous célébrons ce matin encore et que nous allons accueillir dans quelques instants ?

Publié dans Homélies

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