Homélie dim. 9 juillet 2017

Publié le par Christophe Delaigue

 

 

Messe paroissiale d’au-revoir et d’action de grâce

Eglise St JB, Bourgoin-Jallieu

 

14ème dimanche  du Temps Ordinaire, année A : Za 9,9-10 / Ps 144 (145) / Rm 8,9.11-13 / Mt 11,25-30

Je suis toujours très ému par cette page d’évangile que nous venons d’entendre et d’ailleurs vous m’avez souvent entendu citer ce verset de Jésus qui nous dit « Venez à moi vous tous qui peinez… je vous donnerai le repos »… Je suis toujours ému par cette page d’évangile car elle nous dit deux réalités qui sont le cœur de ce qu’il nous faut comprendre pour notre vie de tous les jours avec Jésus, deux réalités d’évangile à la fois toutes simples et si difficiles à accepter, deux réalités d’évangile qui peuvent pourtant tout changer dans notre rapport les uns avec les autres et dans notre rapport avec Dieu. Ces deux réalités d’évangile on pourrait les résumer en deux phrases :

 

  • Dieu se révèle aux tout-petits et par les tout-petits ;
  • Dieu est celui qui vient porter avec nous le poids des jours.

La 1ère partie de ce que Jésus vient de nous dire est difficile à accepter car il nous faut entendre que ce sont les plus petits qui sont capables d’accueillir la vérité de qui est Dieu et plus largement la vérité de l’amour. C’est dur à accepter car nous sommes dans une société où il faut être fort, une société de puissance et de paraître, une société où l’on veut tout maîtriser et tout comprendre. Eh bien non, dit Jésus, ce ne sont pas les sages et les savants, ceux qui sauraient ou ceux qui croient penser de façon juste, qui sont choisis par Dieu pour qu’il se révèle à tous ; non, ce sont les petits, les faibles, ceux que nous aurions tendance à vouloir laisser de côté.

 

Chez les Pères de l’Eglise – ces évêques et théologiens des premiers siècles et des premières communautés chrétiennes – on parlait du sacrement du pauvre : Jésus est présent certes dans sa Parole et dans les sacrements, mais Jésus vient à ma rencontre dans le pauvre et le petit qui est là. Et quand un pauvre et un petit me parlent, dit souvent Jean Vanier, c’est Jésus qui me parle. Pensez à la presque fin du même évangile de Matthieu, juste avant les chapitres sur la Passion et la résurrection, cette scène du Jugement dernier qu’évoque Jésus ; c’est bien de cela dont il s’agira : Jésus est présent, Dieu se révèle, dans celui qui est là à mes côtés et tout particulièrement dans le pauvre et le petit, dans celui qui est faible, c’est-à-dire dans celui qui est dans la dépendance à l’autre. Car nous sommes faits pour être en relation et donc en dépendance les uns des autres.

 

Ça nous est difficile à accepter et à entendre car le petit que nous rencontrons il vient nous bousculer, et même nous heurter parfois. Il n’est pas dans notre cadre, il ne pense pas comme nous, il vient nous renvoyer aussi à nos propres incohérences entre ce que nous croyons et ce que nous vivons réellement. C’est dur d’aimer celui qui est différent, que sa pauvreté soit matérielle ou morale ou spirituelle ou physique. Mon expérience à l’Arche, par exemple, ou à Foi et Lumière, ici dans la paroisse, c’est que ces petits que sont les personnes vivant l’expérience douloureuse du handicap nous renvoient à notre difficulté de ne pas être dans le paraître et de ne pas être des forts. Ils nous renvoient à nos propres fragilités que nous essayons tous de cacher et de masquer alors même qu’elles sont pourtant ce qui nous rend humain ; elles sont ces failles certes douloureuses et parfois graves d’où peut jaillir pourtant la vie si j’accepte de m’y ouvrir, si j’accepte de ne pas faire comme si elles n’existaient pas, si j’accepte d’être moi-même et de me découvrir, au cœur de mes fragilités, riche de plein d’autres choses. Le découvrir grâce aux autres autour de moi qui vont me révéler, petit à petit, mes talents propres et mes capacités à aimer, parce que je vais en même temps me laisser aimer au-delà des masques que je mets pour me protéger...

 

Dieu se révèle non pas par les savants et les sages mais par les touts petits… Jésus nous dira d’ailleurs qu’il est venu non pas pour les justes et les bien-portants que nous croyons être mais pour les pécheurs et les malades que nous sommes tous…

 

Et c’est au cœur de cette première réalité d’évangile que nous pouvons et que nous devons entendre la seconde que j’évoquais au début de cette homélie, Jésus qui nous dit : « Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos »… Jésus nous promet le repos – la paix du cœur, traduisait frère Roger de Taizé. Jésus nous invite à déposer ce que nos blessures et nos fragilités ont de trop dur à porter, à lui déposer ce que la vie nous fait traverser et que nous ne pouvons pas porter seul. Les lui déposer à lui, dans la prière, dans cette confiance qu’il est là puisqu’il l’a promis ; les lui déposer aussi quand nous nous approchons pour communier au mystère de sa présence ; les lui déposer également en nos frères et sœurs qui nous entourent et qui sont ses mains pour prendre soin de nous, sa voix pour consoler, pour pardonner aussi, et pour oser une parole de vie et d’espérance.

 

Venir à lui, croire qu’il est là, lui faire cette confiance là. Non pas pour qu’il supprime toute épreuve de notre vie – ce que parfois nous voudrions tellement –, mais croire qu’il va porter avec nous et nous permettre ainsi de traverser ce qui parfois nous paraît infranchissable à vue seulement humaine. Oser croire qu’avec lui, Jésus, nous allons faire l’expérience que la vie est plus forte que tout mal et que toute mort, et faire de cette vérité d’évangile le moteur d’espérance dont nous avons besoin pour continuer à avancer.

 

Lui aussi est passé par l’épreuve terrible du mal et de la mort ; lui non plus n’a pas été épargné ; non. Mais Jésus n’a pas traversé l’épreuve tout seul. C’est après coup que nous nous rendons compte que Dieu l’a bien sauvé. La vie a été plus forte que tout mal et que toute mort. Et avec lui, Jésus, si nous venons à lui, si nous lui déposons ce qui est trop lourd à porter et à vivre, alors avec lui nous allons avancer, non pas de façon magique ou miraculeuse, sans souffrance, non, mais nous pourrons un jour nous retourner et voir que nous avons réussi à traverser. L’épreuve et la souffrance auront bien été présentes mais avec lui elles auront été moins lourdes à supporter, et avec lui la vie aura jailli, avec lui nous aurons laissé la vie jaillir, aussi petite et imperceptible sera-t-elle parfois.

 

Quand je dis « avec lui » je dis bien : dans la confiance de sa présence, par la prière notamment, et je dis bien aussi dans la confiance de sa présence par celles et ceux que nous sommes les uns pour les autres, en son nom. Mais pour cela osons nous partager les réalités parfois difficiles de notre vie ; et demandons à Jésus, dans la prière, de nous souffler sur qui nous pouvons oser nous appuyer. Et allons-y, arrêtons de croire que nous allons y arriver tout seul à la seule force de nos bras, osons croire que nous avons réellement besoin les uns des autres. Parce que c’est là, au cœur de ces traversées de nos vies que nous ferons ensemble, que nous allons découvrir que Jésus était bien là, présent, et même que Dieu se révèle à nous, aujourd’hui encore…

 

J’aimerais ce matin que nous prenions le temps de lui demander tout spécialement sa grâce, sa présence, son amour, au cœur des blessures et des fragilités de nos vies. Tout à l’heure, en nous approchons du mystère de l’eucharistie, mais dès maintenant aussi. Et contrairement à d’habitude, je vous propose ce matin non pas un temps de silence, comme j’aime le faire après mes homélies, mais de prendre ce chant que j’ai découvert pendant mes années parmi vous, ce chant que j’aime beaucoup et qui est pour moi comme une confession de foi, ce chant qui dit bien mieux que je n’y arrive ce Dieu auquel nous croyons, ce Dieu miséricordieux qui console, qui pardonne et qui nous donne espérance, ce Dieu qui nous appelle à devenir miséricordieux comme lui est miséricordieux.

 

Alors tout simplement nous lui confions notre vie, avec sa part de blessures et de fragilités, mais aussi avec ses joies qui ont jalonné le chemin parcouru, notamment pendant ces 4 années que nous avons partagées. C’est lui, Jésus, le cœur de ma vie, c’est lui qui doit être le centre de notre vie à chacun ; et c’est lui, Jésus, la raison d’être de notre marche ensemble ; alors ensemble, justement, nous le prions, nous le chantons…

 

[Vienne ta grâce, Glorious]

 

1. Viens nous abreuver de lumière,
De bienveillance et de clarté,
Ta miséricorde éternelle vient dans nos cœurs tout relever.
Et tomberont toutes nos lois quand viendra la gloire des cieux,
Et je répondrai dans la foi :
Tu es mon Seigneur et mon Dieu !

 

R/ Vienne ta grâce en nos misères
Et dans la grandeur de ton nom.
Viens déposer sur notre terre,
La douceur de ta guérison,
Vienne l’Esprit qui nous libère
Et dans la beauté de ton Nom
Né dans le cœur de notre Père,
L’amour infini du pardon !

 

2. Quand Ta parole est prononcée,
La mort est vaincue par la Vie,
Et dans tous nos cœurs délaissés se manifeste Ton Esprit !
Que vienne en nos vies,
Le réveil que ton amour a désiré,
Dans la foi, je ne tremble pas
Car Jésus, ma vertu c’est Toi !

 

3. Pour nous, le Verbe s’est fait chair,
Parmi nous, il a demeuré.
Il vit en nous et nous éclaire,
Sa grâce en nous s’est déversée.
Nos yeux verront ce que ton cœur
A chacun de nous veut donner
Que par l’Esprit de notre Père
En nous Jésus vienne habiter…

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