Contre le Dieu des évidences

Publié le par Christophe Delaigue

Dites "Dieu" à quelqu'un ; c'est sûr, c'est évident, un certain nombre de choses - concepts et images - vont s'imposer à lui. Vous savez, ces idées un peu toutes faites que nous nous trimbalons quasiment inconsciemment. Et sur Dieu, nous en portons de ces certitudes qui en font douter plus d'un.

Que se passe-t-il ? C'est comme si notre langage n'était plus compris. C'est comme s'il s'était laissé aller à lui-même, une sorte de fossé se creusant parfois entre la "vérité" de foi dont il veut témoigner (attention : les guillemets sont très importants !) et la "réalité" de ce que nous entendons. Et voilà alors que nous semblons détenir des vérités, justement, qui ne correspondent pas en fait à ce que vivent ou perçoivent nos contemporains.

http://www.laprocure.com/cache/couvertures_mini/9782227481367.jpgNous sommes des êtres de langage ; celui-ci nous précède d'ailleurs. Et nous croyons en un Dieu qui se donne en son Fils qui est, étonnement, Verbe, Parole, langage lui aussi. Nous faisons chaque jour cette expérience parfois déroutante des mots qui n'arrivent pas toujours à dire ce que nous portons en nous, qui balbutient, qui tentent bien maladroitement d'exprimer le réel. Si notre Dieu se donne à entendre, si nous accédons à lui par la Parole qu'est son Fils, alors là aussi il nous faut apprendre à entendre le réel au-delà des mots, ou plutôt à se laisser saisir par ce que cette Parole porte en elle.

Quelles sont nos images de Dieu ? Qu'attendons-nous de lui ou que ne voulons-nous plus croire de lui ? Quelles sont nos déceptions, nos doutes, nos révoltes ? Qu'y a-t-il là derrière que nous trimbalons comme des "vérités" de foi qui ne nous parlent pas ou plus ?

Claude Plettner, dans son dernier ouvrage, se propose justement de nous faire traverser avec elle mais surtout en écho à la Parole ces espèces d'évidences que nous croyons savoir de Dieu - la foi n'est pas affaire de savoir mais bien de confiance en cet indicible que nous pressentons et qui peut donner sens ! Claude Plettner, donc, nous propose une traversée "contre [ce] Dieu des évidences" toutes faites. Nous sommes ainsi replongés dans le mystère de ce Dieu créateur, qui est là, qui se tient à nos côtés, nous laissant libres de nos vies ; ce Dieu qui ne veut pas le mal pour nous mais qui ne nous en protège pas non plus comme s'il pouvait jouer à sa guise sur le grand échiquier du monde nous laissant une sorte de rôle de "pions" sur un plateau de jeu.

Avec Claude Plettner nous réinterrogeons nos images d'un Dieu tout-puissant ; nous redécouvrons ce que la Genèse ose nous dire du mystère du mal ; nous goûtons à ce que signifie pour l'aujourd'hui de nos vies cette résurrection que le Christ nous promet. Un bel itinéraire qui nous est offert pour nous laisser toucher par ce Dieu indicible qui, paradoxalement, se dit par cet hommeJésus - par sa vie et son message, par toute sa vie jusqu'en sa mort et sa résurrection.

Belle lecture à ceux qui se laisseront séduire par ces quelques lignes mais surtout par les pages de cet ouvrage qui fait du bien, dans un style limpide et quasi poétique, parfois humoristique, toujours - faudrait-il mieux dire "souvent" ? - plaisant.

Un livre en tout cas qui moi me fait du bien à la foi et donc que j'ai plaisir à oser vous conseiller - après lecture, n'hésitez pas à déposer un commentaire, tout simplement pour partager une phrase, une impression, quelque chose qui s'éveillerait en vous ou se réveillerait.

Claude Plettner, Contre le Dieu des évidences, Bayard, janvier 2010, 126 pages.

Publié dans Théologie