Homélie 1er janvier 2021

Publié le par Christophe Delaigue

Ste Marie Mère de Dieu (solennité) [*]

Nb 6,22-27 / Ps 66 / Ga 4,4-7 / Lc 2,16-21

 

Avec Marie, nous sommes invités par les textes de ce jour à contempler le mystère de ce que nous célébrons depuis une semaine. Encore. Non seulement contempler le petit enfant de la crèche, présence fragile de ce Dieu qui a promis sa venue et qui est là, ce Dieu qui veut naître aujourd’hui encore à notre vie et à notre monde, ce Dieu qui vient pour nous sauver – c’est son prénom. Non seulement le contempler, donc, mais aussi méditer ce que nous aurons reçu et entendu en ces jours, et méditer plus largement Dieu qui vient à nous au cœur de ce que nous vivons.

On pourrait se demander chacun, là, maintenant : qu’est-ce qui m’a frappé, peut-être plus que d’habitude, ou autrement, en ces fêtes de Noël ? Qu’est-ce qui m’a rejoint ou interpellé dans la Parole de Dieu entendue ces jours et pourquoi pas, même, depuis le début de l’Avent puisque le mystère de Noël s’y dévoilait déjà à nous ? Quelle Parole, peut-être ai-je reçue, ou quelle « grâce », qui peut éclairer ce que je vis ou alors m’appeler pour cette année nouvelle ? ...

... Dans l’évangile qu’on vient d’entendre c’est vraiment l’attitude de Marie qui nous est donnée à voir, Marie – nous a dit St Luc – qui « retenait tous ces évènements et les méditait dans son cœur » …

Pour beaucoup d’entre nous et pour beaucoup autour de nous, l’année 2020 a été difficile à bien des égards – ça n’est pas un scoop !

En priant ces textes, ce matin, j’ai pensé tout particulièrement à un étudiant parmi vous, rencontré hier, qui disait son désarroi face au peu de perspectives d’avenir qui s’offrent aujourd’hui à un certain nombre de jeunes, tout cela accentué par cette pandémie, les confinements et autres restrictions, et les difficultés à trouver un stage ou un premier boulot mais aussi à nouer des relations quand on vient d’arriver dans une nouvelle ville. Et j’entends combien ça peut être difficile et désespérant…

J’ai pensé aussi à cette amie de longue date qui soutient depuis de longs mois ses deux filles, l’une violentée par son mari, et leur petite avec elle, l’autre – également mère de famille – se battant contre un cancer ; cette amie nous apprenant il y a quelques jours que cette maladie la prenait elle aussi mais qu’il était sans doute déjà trop tard…

Je pensais encore à cet ami prêtre, jeune curé de paroisse, hospitalisé depuis plusieurs jours pour des complications liées au covid et qui se retrouve face à ses peurs de la maladie et de la mort liées pour une part à son histoire…

Je pense à ma propre maladie et cette rechute contre laquelle j’essaye de me battre de nouveau depuis plusieurs mois et qui certains jours a pu me laisser un peu découragé…

La liste pourrait être longue et on a sans doute chacun telle ou telle situation ou personne en souffrance à laquelle on pense qui nous vient et qu’on pourrait ajouter à cette liste. Et ça pourrait nous paraître un peu désespérant…

Ce que je crois vraiment, c’est qu’au cœur de ces nuits de notre vie et de nos vies à chacun, au cœur des ténèbres qui parfois nous prennent, il y a pourtant une présence, fragile, une présence indicible et pourtant bien réelle, il y a des lueurs de vie et d’espérance à laquelle nous pouvons nous raccrocher pour rester debout ou pour nous relever. Et je crois même que Dieu est ici présent et que là il veut nous éclairer, là il veut nous redonner un peu confiance, et que c’est ça le salut qui nous est promis et que la naissance de Jésus vient acter dans notre histoire – celle de l’humanité et la nôtre à chacun.

Ces lueurs de vie et d’espérance, nous avons besoin les uns des autres pour les recueillir, nous avons besoin de nous y aider. Et nous allons même découvrir que nous pouvons en être les uns pour les autres [*]. Telle personne, telle aide, telle présence, telle parole, seront de cette vie qui est là, cette vie qui nous traverse et qui, peut-être, nous aide à nous relever.

Et quand je vous dis cela, je pense à des personnes ou des gestes posés très concrets qui moi m’ont aidé cette année au cœur de ce que j’ai à traverser. Je pense aussi à telle personne qui rend grâce malgré tout pour telle ou telle présence ou parole qui lui a permis de rebondir au cœur d’une situation pour elle compliquée…

Marie, nous a dit St Luc, « retenait tous ces évènements et les méditait dans son cœur » …

J’y entends vraiment un appel pour nous, à faire mémoire de cette venue et cette présence de Dieu au cœur de ce que nous portons, au cœur de ce que nous traversons, au cœur peut-être de ce qui nous semble bien obscur. Appel à contempler ce qui est de l’ordre d’une lumière, même toute petite et fragile comme un enfant nouveau-né caché dans une mangeoire qui est pourtant le Verbe de Dieu, sa Parole qu’il vient nous adresser, et qui est la Lumière du monde.

Comme le disait un verset de l’évangile du jour de Noël et qui est la Parole que moi j’ai reçue ces jours comme Parole d’espérance et de Vie : « La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée » (Jn 1,5).

Voilà notre espérance, voilà le salut promis par Dieu que Jésus est lui-même en sa venue, lui dont le prénom signifie : « Dieu-sauve ».

Le salut c’est ce que toute sa vie viendra dire et proclamer jusqu’en sa mort et sa résurrection que nous célébrons à chaque eucharistie, le salut c’est la victoire de la vie sur tout mal et sur toute forme de mort, c’est cette assurance que si nous vivons et traversons toute chose avec lui, Jésus, en demandant la force de l’Esprit Saint, c’est l’assurance que le Père nous donnera d’en sortir vainqueur.

Non pas qu’il n’y aura plus ni ténèbres ni difficultés ni épreuves, non, mais ça ne nous submergera pas. La vie, même imperceptible et fragile, est et sera plus forte, avec Dieu comme partenaire. Cette confiance-là peut vraiment être notre force pour affronter chaque jour. Il s’agira d’apprendre à traverser chaque jour en se tenant comme Marie dans le silence de la contemplation pour demander là au Seigneur sa présence, sa force, son amour, sa paix…

Dieu nous aime comme un Père qui console et qui relève, puissions-nous le croire vraiment et lui demander d’en faire notre force de vie, notamment pour cette nouvelle année qui commence. Amen.

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[*] Journée mondiale de prière pour la paix. Le pape a proposé pour cette année le thème du prendre soin qui favorise la paix.

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