Les choses humaines

Publié le par Christophe Delaigue

 

Ce roman de Karine Tuil m'a été conseillé par une de mes infirmières. Et je ne regrette pas, même si je n'avais osé m'y lancer quand il est sorti. Peur que ce soit glauque. Car il s'agit de l'histoire d'un procès et pas n'importe quelle sorte de procès, celui d'un viol présumé. J'avais repéré ce livre car il a reçu l'année dernière le prix Goncourt des lycéens – une référence, pour moi – et le prix Interallié.

Je ne regrette pas. Car c'est bien mené et plutôt très bien écrit. On est pris par l'histoire et la façon dont les choses sont racontées et se déroulent. Mais c'est terrible. Et je me suis demandé tout au long de ces pages, et notamment de la première partie, qu'est-ce qui pousse des lycéens à primer un tel roman ! Tous les couples vont mal et l'amour est bien mis à mal aussi. Les jeunes n'y croient-ils plus vraiment ? Et n'y voient-ils qu'affaire de sexe ? Je me suis demandé... En tout cas leur vision de la famille et de l'amour, c'est sûr, en a pris un coup...

Ce qui m'apparaît évident c'est qu'ils se sont sans doute inscrits dans une actualité qui les touche, peut-être pour dénoncer ce qu'on appelle aujourd'hui féminicides – tout le mouvement #MeToo ou #BalanceTonPorc.

A la fin, on ne saura pas vraiment ce qui s'est réellement passé. Il y aura, certes un verdict, mais il y a surtout deux vérités, deux versions qui divergent. Il y aura bien eu un acte sexuel violent, mais fut-il consenti ou non, pour quelles que raisons que ce soit, on ne saura pas vraiment, pas complètement. Il y aura en tout cas une vie détruite, celle de la plaignante ; et une seconde aussi, celle du violeur présumé, différemment évidemment – mais on ne sort pas indemne d'un tel procès ni de plusieurs semaines en prison. Lui clamera son innocence jusqu'au bout, elle ne se remettra pas de ce qui lui arriva ; et leurs familles n'en sortiront pas indemnes...

L'histoire d'un procès, donc, qui pourrait s'appeler Anatomie d'un viol. Un roman par certains aspects violent mais pas glauque, en fait ; des pages, telles un documentaire, qui sont instructives. Et bien écrites. Terrible, donc, mais réussi. Intéressant, même.

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Karine Tuil, Les choses humaines, folio (n° 6887), novembre 2020 (Gallimard, 2019), 345 pages (format poche).

Publié dans Romans et récits

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