Homélie mercredi des cendres 2021

Publié le par Christophe Delaigue

Mercredi 17 février 2021 / Entrée en carême

La Salette (avec les étudiants et jeunes Pros du diocèse en Université d’hiver et des Sœurs de la communauté au service du sanctuaire)

Jl 2,12-18 / Ps 50 (51) / 2Co 5,20 – 6,2 / Mt 6,1-6.16-18

 

C’est quoi l’enjeu de ce carême qui commence, c’est quoi l’enjeu pour notre vie ?

Cette question elle est importante, elle n’est pas que pour la forme. Parce qu’il y a deux risques qui nous peuvent nous guetter : soit que ça ne change rien – on laisse filer, on s’en fout – soit que ça nous reste extérieur, un truc à faire, avec notamment le jeûne, l’aumône et la prière qui soient vécus comme de la seule pratique rituelle, un effort à faire voire une performance qu’on ferait parce qu’il faut, parce que c’est notre identité, on est chrétien.

J’aimerais qu’on entre dans ce carême avec une perspective : il y a un enjeu à ce temps qui commence, un enjeu pour notre vie de chrétiens. Et comme disait St Paul dans la 2ème lecture : c’est maintenant le temps favorable, c’est le temps du salut !

Dieu veut nous sauver. Il veut nous faire vivre une libération, de ce qui nous empêche d’être pleinement vivants, des vivants de son amour, des vivants de sa miséricorde, son amour qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance (comme dit le pape François).

Ce temps de carême qui commence c’est un temps de mise en route, c’est comme un pèlerinage qui est une sorte de grande retraite que nous propose l’Eglise. Et le but c’est quoi ?

Le but c’est l’appel du prophète Joël qu’on a entendu dans la 1ère lecture (et c’est même les premiers mots qui nous ont été adressés par Dieu dans cette liturgie) : « revenez à moi de tout votre cœur », dit le Seigneur Dieu.

L’enjeu il est là : nous donner les moyens de revenir à Dieu, quand la vie nous en éloigne parfois. Quand je dis « la vie » je pense non seulement à la frénésie du quotidien – même en temps de covid –, je pense aussi à cette culture de l’instantané et de l’immédiateté dans laquelle nous sommes pris, je pense à nos épreuves de vie, et je pense encore à la question de notre agir concret qui n’est pas toujours en adéquation, en cohérence, avec les appels de l’Evangile.

L’enjeu de ce carême c’est de revenir au Seigneur. C’est de nous donner les moyens de faire mieux place au Seigneur dans notre vie, c’est de goûter que c’est possible et même que c’est bon, et que là, quand je m’en donne les moyens, une rencontre est possible, une rencontre de Dieu, et que ça peut orienter ma vie, mon agir concret, que ça donne une direction.

Le carême c’est une marche, un chemin sur lequel on décide de s’engager. Par pitié, ne le subissez pas ! Décidez d’y aller ! Et demandez dès aujourd’hui au Seigneur d’être vraiment votre compagnon de route, demandez-oui cela avec foi et avec force. Et vous ferez l’expérience qu’il est là.

Le carême, je le redis, c’est une marche de pèlerinage, on va d’ailleurs y entrer par les pieds, avec la procession des cendres dans quelques instants, et au terme de ce temps il nous sera donné de vivre le lavement des pieds du Jeudi saint.

C’est une marche au désert, et si on y va vraiment, si on ne subit pas les jours qui vont défiler les uns après les autres, si on s’engage vraiment à faire place au Seigneur, vous verrez qu’il y a des jours où ce sera un peu difficile, de l’ordre du combat. Tant mieux ! C’est donc que ça travaille en nous !

Entendons que Dieu sera avec nous dans ce combat ! Et qu’une des armes qui nous est donnée – celle de Jésus lors des tentations au désert – c’est la Parole de Dieu. Écoutons-la et prions-la jour après jour. Juste pour contempler Dieu, juste pour contempler Jésus, et entendre ce que ça peut Souffler en moi, comment ça peut prendre résonance avec ce que je suis aujourd’hui...

Ça va travailler en nous, et ce qui nous fera garder le cap c’est de garder les yeux fixés sur Jésus, Jésus en croix – ça fait partie du mystère qu’on vise, le mystère de Pâques.

L’enjeu de tout cela, je le redis, c’est de faire place en nous au Seigneur. Et le moyen par excellence c’est la prière. C’est le « nerf de la guerre » pour toute notre vie chrétienne !

Pour la prière, demandez-vous : de quoi j’ai besoin de jeûner, qui « gave » ou remplit mon quotidien, pour me donner ce temps de l’écoute et du silence et pour faire de la place en moi ?

Et du coup, qu’est-ce que ça me permet de partager avec ceux qui manquent de ce qui est vital pour vivre, et comment ça me permet de voir autour de moi qui ils sont et d’entendre leurs besoins ?

Prenez ce temps de la prière – en tout cas essayez de le prendre et décidez de le prendre – prenez ce temps de stopper la frénésie du quotidien et d’internet. Profitez par exemple de ce couvre-feu qui nous est pourtant si pénible ! Ça vous donne du temps pour la prière !

Et faites confiance à ce qui vous sera donné jour après jour, dont vous prendrez sans doute conscience après coup. Faites confiance car c’est maintenant le temps favorable, disait St Paul, c’est le temps du salut.

Et si vous vous redécouvrez bien petits face à l’amour de Dieu, face aussi aux appels du frère, et face à ce qui vous sera donné dans ces jours de marche, alors n’oubliez pas l’appel fort qui nous était adressé dans la 2ème lecture : « Au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu ! » ...

Je propose qu’on prenne quelques instants de silence, pour laisser tout cela résonner en nous. Et bien humblement demandons au Seigneur la grâce de vivre vraiment ce temps du carême, de le vivre comme un temps de salut, de libération, un temps de rencontre avec Lui. Il ne cesse de vouloir établir sa demeure en nous pour y déposer sa force de guérison pour ce qui en a besoin et sa force de vie et d’amour pour que nous en soyons ses témoins. Amen.

 

 

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