Homélie Dimanche de la Divine Miséricorde 2021

Publié le par Christophe Delaigue

Dimanche 11 avril 2021 [Carmel ND de Surieu]

2ème dimanche de Pâques – Année B

Ac 4,32-35 / Ps 117 (118) / 1Jn 5,1-6 / Jn 20,19-31

 

Vous aurez sans doute remarqué que ce récit d’apparition du Ressuscité est un peu différent de tous ceux que nous entendons depuis dimanche dernier, du moins la première rencontre de Jésus avec les apôtres enfermés, verrouillés, chez eux au soir de Pâques.

Ils sont dans la peur ; on peut les comprendre : Jésus est mort atrocement. Ils sont sans doute abattus, aussi, notamment de l’avoir abandonné, d’avoir voulu sauver leur peau. Rappelons-nous, Jésus leur disant un jour : « Qui veut sauver sa vie la perdra » … Et ils sont sans doute complètement perdus : tout ce qu’ils ont vécu avec lui et entendu était-ce mensonges ?

Ce qui est étonnant dans cette rencontre du Ressuscité, ce qui est différent des autres récits, c’est que les apôtres semblent le reconnaître de suite. Ou alors Jésus ne leur a pas laissé le temps de douter ou de s’interroger. Il leur adresse cette parole de paix dont ils ont tant besoin, il leur montre ses blessures, aucun doute possible, visiblement c’est bien lui ! Et ils sont dans la joie.

Thomas, lui, va douter, mais tout simplement parce qu’il n’était pas là, il n’a pas vécu cette visitation de son Seigneur ressuscité. Et ce qu’on lui raconte c’est beau mais c’est spontanément et humainement incroyable et impossible. Pour le coup, comme pour les autres récits d’apparitions du Ressuscité.

Par contre il va croire de suite, quasiment, quand il va faire à son tour cette expérience de Jésus qui est bien vivant et présent au milieu d’eux, et quand il va voir les blessures de la Passion. Alors que pour les autres ça ne semble en fait pas si évident, du moins une semaine après ils étaient toujours emmurés chez eux et Jésus doit leur redire pour la troisième fois « La paix soit avec vous ».

En contemplant cette scène j’ai été frappé par la patience de Jésus, et sans doute une forme de douceur à redire ces mots. Ils ont besoin de temps, et Jésus le prend avec eux et il les rejoint là.

Et je crois que cela nous dit quelque chose de la miséricorde de Dieu pour nous. Ce texte d’évangile, d’ailleurs, nous dit beaucoup de chose de cette miséricorde et j’aimerais en souligner l’un ou l’autre élément qui nous fasse ainsi entrer dans ce mystère que nous célébrons tout particulièrement ce jour.

Dans l’évangile selon St Luc, Jésus nous appelle à être « miséricordieux comme le Père est miséricordieux » (Lc 6,36). Contempler Jésus c’est entrer dans une compréhension de cette miséricorde du Père puisque Jésus dira un jour à ses disciples : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,9b).

Alors regardons-le, contemplons-le, et voyons au travers de ce récit ce que ça nous dit de cette miséricorde à laquelle nous sommes appelés. D’autant que la résurrection est, je crois, l’acte suprême de miséricorde du Père envers le Christ. Car la miséricorde c’est son amour sauveur, son amour en actes. Pas de plus grand signe d’amour du Père pour le Fils que la vie plus forte que le mal et que la mort, la vie éternelle, ce salut qu’est la résurrection. Le Père ne pouvait laisser son Fils Bien-Aimé, son Unique, au pouvoir de la mort, son Fils Bien-Aimé éternellement vivant et présent auprès de lui. Par amour jusqu’au bout il le sauve, et nous avec.

C’est sa résurrection, cette résurrection du Fils dans laquelle il nous entraîne, promesse de vie éternelle pour nous aussi, promesse de vie déjà à l’œuvre aujourd’hui. C’est notamment l’appel à être miséricordieux comme le Père est miséricordieux, comme il l’est pour nous dans le Fils.

La miséricorde c’est l’amour en actes, l’amour sauveur auquel nous sommes appelés. Et c’est résurrection.

Alors que nous en est-il dit ce matin dans cette page d’évangile ?

Si nous regardons Jésus alors nous voyons que tout d’abord il rejoint les apôtres qui sont comme emmurés dans la peur ; il se proche, il se fait présence.

Premier trait de la miséricorde : rejoindre l’autre au cœur de ce qu’il traverse, au cœur de ce qui le paralyse, se faire proche comme le Samaritain de la parabole se fera le prochain de l’homme blessé sur la route de Jéricho (cf. Lc 10,30-37).

Deuxième trait de la miséricorde, il leur donne sa paix. Parole de consolation. Nous sommes appelés à la suite de Jésus à être de ces consolés qui consolent à leur tour, et qui permettent ainsi à la paix de gagner le cœur de l’autre et d’en devenir témoin et acteur à son tour : « La paix soit avec vous. De même que le Père m’a envoyé, leur dit alors Jésus, moi aussi je vous envoie ».

Troisième élément, troisième trait de la miséricorde, elle est pardon et rémission des péchés, ce que vivent là les apôtres et dont ils reçoivent la mission, et par eux toute l’Église, chacun de nous. Avec cette confiance et cette responsabilité impressionnante que nous laisse le Seigneur : « A qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus ».

Si nous voulons le vivre de façon juste et miséricordieuse, à l’image même de l’amour du Père qui veut sauver tous les hommes – toute l’humanité –, il nous faut de fait recevoir l’Esprit Saint, la force même de Dieu, son Amour qui sauve et relève sans lequel nous risquons d’agir selon nos critères humains qui soit jugent vite et enferment l’autre soit au contraire excusent parfois trop facilement sans prendre l’exacte a mesure des conséquences de tout péché et de l’acte commis.

Un autre élément de cette miséricorde qu’on peut voir dans ce récit c’est l’appel à voir les blessures du Ressuscité. Le miséricordieux c’est celui qui apprend à voir les blessures de l’autre et qui a cette espérance qu’elles sont mystérieusement le lieu même de la grâce de Dieu, le lieu où elle peut passer et au cœur duquel, mystérieusement, Dieu se dit et se révèle.

C’est important que les apôtres aient vu les blessures du Christ ressuscité et que Thomas aussi ait pu faire cette expérience. On ne peut pas être témoins de la résurrection sans passer par les blessures de l’autre. Les voir, ce qui appelle forcément à vouloir apaiser la souffrance de l’autre et se tenir à ses côtés dans sa traversée. Pensons là encore à ce si beau récit du Samaritain qui voit le blessé de la route de Jéricho et qui va panser ses plaies puis le confier à l’aubergiste.

Oui, heureux sont-ils d’avoir vu. Et bienheureux sommes-nous et serons-nous, nous qui croyons sans avoir vu le ressuscité de nos propres yeux, bienheureux sommes-nous et serons-nous si nous apprenons à le reconnaître dans l’autre souffrant qui est là et par lequel Dieu vient nous visiter.

La miséricorde, dit le pape François, c’est « l’amour qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance » (cf. texte d’annonce du Jubilé de la Miséricorde). La miséricorde c’est l’amour sauveur, l’amour qui se fait présence et qui veut soigner et apaiser les blessures de l’autre, l’amour en actes qui ressuscite – car il re-suscite la vie.

C’est ce que le Christ n’a cessé de monter, d’annoncer et de révéler tout au long de sa vie publique, ce que le Christ fait patiemment ce matin encore dans cette page d’évangile.

Alors, dans cette eucharistie où nous devenons ce que nous célébrons et recevons, le Corps du Christ, c’est-à-dire, ensemble et en Église, sa Présence pour ce monde, dans cette eucharistie demandons au Seigneur qu’il nous donne d’être et de devenir toujours plus des miséricordieux, « miséricordieux comme le Père est miséricordieux », à l’image du Christ Jésus. Amen.

Publié dans Homélies

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