Homélie Ste Trinité 2021

Publié le par Christophe Delaigue

Dimanche 30 mai 2021 - Solennité de la Sainte Trinité [Année B]

Dt 4,32-34.39-40 / Ps 32 (33) / Rm 8,14-17 / Mt 28,16-20

 

Qu’on se le dise et qu’on se le dise franchement : la Trinité c’est un mystère ! Ça ne veut pas dire un « truc » incompréhensible, même si on n’y comprend peut-être pas grand-chose, mais une réalité – en l’occurrence une réalité de Dieu – qui est en dévoilement, petit à petit, dans nos vies.

C’est un mystère, qui pour une part nous est familier car ce fameux « ... au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » de notre page d’évangile on ne cesse de le répéter, presque machinalement, notamment chaque fois qu’on prie et qu’on fait ce signe de la croix que nous avons reçu au baptême et qui est comme une confession de foi au Dieu trinitaire, sans qu’on y fasse trop gaffe. A la fois un mystère qui nous est donc familier et pourtant un « truc » un peu abstrait ou compliqué ou « bizarre » ou je ne sais quoi. Et qui, par exemple, est une vraie source d’incompréhension avec l’islam pour qui nous sommes des idolâtres avec une espèce de tri-divinité.

C’est quoi ce mystère de la Trinité que nous fêtons aujourd’hui et qui est comme un condensé et un aboutissement de tout ce que nous célébrons depuis Pâques ?

Pour répondre j’ai envie de vous partager un peu comment je crois en Dieu et du coup en quel Dieu ou plutôt ce que ça me dit et me révèle de Dieu. Parce que la question de fond c’est bien celle-là : qui est Dieu ? Avec cette autre question : qu’en comprendre ? Et cette difficulté, je crois : comment se le représenter ?

Nous croyons en un Dieu unique et pourtant trine, un Dieu unique en trois personnes. Mais attention : trois personnes ça ne veut pas dire trois individus, comme s’il y avait trois personnages face à nous. Non. Un Dieu trine, c’est-à-dire d’abord et avant tout un Dieu qui est relations – au pluriel –, c’est-à-dire : pas une entité fermée sur elle-même et s’auto-suffisant, qui serait face à nous. Non, Dieu est relations – au pluriel –, relations d’amour, qui s’ouvre à nous et veut nous entraîner.

Mais comment le comprendre ? Comment se le représenter ? Et même : comment arriver à dire cela ? Comment ça se révèle à nous ?

J’en viens à ce que j’annonçais : comment moi je crois en Dieu et comment ça m’aide à me laisser conduire dans ce mystère de qui il est.

Si je regarde comment je crois et comment ça joue dans ma vie spirituelle et dans mon histoire, je vois bien que ma foi est très christo-centrée. Pour le dire vite, et un peu trop vite, je pourrais dire que moi, personnellement, je ne crois pas en Dieu, je ne crois pas abstraitement en Dieu ou en Dieu comme une entité abstraite, mais je crois au Dieu que me révèle Jésus et je crois d’abord en lui Jésus et ce qu’il me révèle du mystère de Dieu.

Comme vous je suis son disciple – du moins j’essaye – et je veux faire de lui le Maître de ma vie. Et ça prend tout son sens dans ma vie parce qu’il me révèle que Celui dont on m’a parlé et que mon cœur pressentait et cherchait, Celui que mon cœur aime mais que je ne vois pas, c’est Lui, Jésus, présent mystérieusement. Mais à la fois c’est Lui et c’est plus que Lui, en tout cas c’est une forme de Présence indicible, un Amour qui moi m’a saisi un jour, un Amour qui vous prend, qui peut vous prendre, et surtout qui veut vous prendre. Un « quelque chose » ou « quelqu’un » qui  n’est pas à notre petite image, au sens que ça dépasse tout ce qu’on peut imaginer ou se représenter mais que pourtant on peut approcher. Dieu. Lui Jésus, mais plus que Lui. Dieu.

Et à l’école de Jésus, à l’écoute de sa Parole, et dans le silence de la prière, voilà que je découvre que celui que mon cœur pressent, cette Présence qui m’habite et qui un jour m’a saisi, Celui que nous nommons Dieu, c’est un Dieu qui nous aime, qui nous aime comme un Père, un Père tout-aimant, et qui veut nous entraîner avec le Christ dans cette amour et nous entraîner à vivre ce même amour, qui veut nous entraîner dans une sorte de fraternité universelle, comme dit le pape François, une fraternité universelle de son salut, pour qui voudra bien.

Un Dieu qui se révèle petit à petit, et qui se propose, un Dieu qui jamais ne s’impose. Un Dieu qui aime, qui aime vraiment, jusqu’à nous laisser libre de le connaître et le reconnaître ou pas, de le suivre ou pas, de l’aimer ou pas, et de se laisser aimer et conduire par lui ou pas.

Ce Dieu qui n’est pas perché je ne sais où à nous regarder de haut nous débattre avec la vie, mais qui veut se faire proche, qui a pris soin du peuple qu’il s’était donné – comme nous l’a rappelé la 1ère lecture –, ce peuple qui avait reçu mission d’être témoin de sa présence et de son existence, un Dieu qui a pris soin de ce peuple qui a appris petit à petit à comprendre qui est Dieu et comment il est là. Dieu qui a parlé à ce peuple par des prophètes qui étaient inspirés, habités d’une présence.

Un Dieu qui se révèle petit à petit, jusqu’à Jésus, jusqu’à venir lui-même nous parler et épouser notre condition humaine. Parce que Jésus va nous faire découvrir qu’il vient de Dieu, vraiment homme pourtant mais vraiment de Dieu aussi, et parlant de Dieu comme son Père et notre Père, Jésus nous entraînant ainsi à sa suite dans cet Amour qu’il révèle jusqu’à donner sa vie pour cela, ce que nous avons fêté à Pâques, jusque dans sa mort pour nous et le mystère de sa résurrection, passage dans lequel il nous entraîne si nous le voulons bien, en confiance et en espérance de la vie qui avec lui est plus forte que tout mal, quoi qu’il nous arrive et malgré les apparences parfois, malgré nos découragements aussi. Et souffrir avec le Christ, comme a dit St Paul à la fin de la 2ème lecture, c’est traverser avec lui nos épreuves, dans la confiance de sa victoire, la victoire avec lui de la Vie.

Et Jésus nous ouvre ainsi le chemin vers le Père, il est le Chemin vers le Père, il nous indique notre destinée, notre destination, ce qui va donner sens à notre vie et l’orienter : Dieu lui-même qui nous veut avec lui.

Et Jésus qui retourne au Père – ce que nous fêtions à l’Ascension – nous promet l’Esprit Saint, non seulement une force de vie et d’amour venant d’en haut et qui va faire des disciples que nous sommes des témoins de la Bonne nouvelle du salut, mais aussi sa Présence autrement, la Présence de Dieu autrement – allez relire Jn 14.

L’Esprit Saint est ce Souffle de vie que Dieu envoie dans sa création, ce souffle de vie déposé en nous, ce souffle de vie dont on ne sait « ni d’où il vient, ni où il va » (cf. Jn 3) mais qui passe et habite nos cœurs, imperceptible, mais qui se donne, se demande et s’accueille…

Et si Jésus est celui qui nous promet sa présence pour toujours, comme on vient de l’entendre dans l’évangile, de fait il sera ainsi présent, par l’Esprit Saint, et par ce que l’Esprit Saint va venir insuffler : nous-mêmes, son Église, nous-même qui allons consentir à nous laisser conduire, comme disait la 2ème lecture, nous-mêmes par les sacrements où il va se donner et nous configurer à devenir sa présence en actes, à l’écoute de la Parole qu’est le Christ et au souffle de l’Esprit Saint, pour révéler le Père et son amour, son amour sauveur, sa miséricorde.

Et par l’Esprit Saint que nous allons invoquer sur le Pain et le Vin, dans quelques instants, et par notre communion à ce mystère de l’eucharistie que nous fêterons tout particulièrement dimanche prochain, nous devenons ce que nous célébrons, nous devenons ce que nous allons recevoir : le Corps du Christ, en étant en même temps appelés à être le Temple de l’Esprit Saint – le Temple Jérusalem c’était le lieu pour rappeler la présence de Dieu au milieu de son peuple, lui-même signe pour les nations. Et ainsi nous sommes le peuple de Dieu[1], le peuple de ce Dieu Père qui nous appelle dans le Christ à être ses enfants Bien-aimés. Ses enfants Bien-aimés qui vont témoigner de lui et qui vont permettre à d’autres de le devenir à leur tour. Comme Jésus nous y appelle et nous y envoie – on vient de l’entendre dans l’évangile…

C’est le Christ Jésus qui nous révèle tout cela et qui nous permet, je le crois, d’entrer dans ce mystère, ce mystère de qui est Dieu, ce mystère d’amour, ce mystère de l’Amour qu’est Dieu et qui est un appel dans le concret de notre vie : l’appel à aimer Dieu, l’appel à nous laisser aimer par lui, l’appel à nous aimer les uns les autres comme lui nous aime. Un appel de salut pour le monde…

Quel mystère quand même, c’est vrai. Ce Dieu qui nous aime au point d’être l’Amour même qui se donne et se révèle, au point aussi de se faire notre force de vie et d’amour pour aimer et transfigurer ainsi ce monde défiguré par le mal, chacun à notre mesure, chacun et ensemble, au Souffle de l’Esprit Saint et dans le Christ, avec le Christ qui nous dit : « Et moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

Alors laissons résonner en nous cette promesse de vie et d’amour, laissons-nous façonner par ces mots, et accueillons ce mystère en cette eucharistie où Dieu se révèle et vient se faire proche, tout proche de chacun de nous ; il vient établir sa demeure en nous pour qu’ensemble nous puissions devenir ses témoins aujourd’hui dans le réel concret de notre vie et de ce monde tel qu’il est. Amen.

 

[1] C’est le concile Vatican II qui dit de l’Église qu’elle est : Peuple de Dieu, Corps du Christ et Temple de l’Esprit (cf. Lumen Gentium).

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