Le blog de Christophe Delaigue, prêtre à Grenoble : homélies, cinéma, lectures…

anéantir

anéantir

Ce livre est un pavé. Et un “drôle” de roman, en ce qu'il raconte, le comment les choses s'imbriquent aussi, et le style – qui semble parfois plutôt travaillé et “posé” et qui vire tout à coup à du langage plus familier. C'est un pavé et pourtant ça se lit très bien, je l'ai personnellement dévoré en 2-3 jours. Certes j'avais du temps, m'obligeant à un peu de repos à cause d'une grosse fatigue, mais quand même ! L'image qui me venait : “ça se mange comme du petit pain”. Alors que pourtant ça raconte des combats, les combats d’une vie (familiale, personnelle et professionnelle), et ceux de notre société occidentale.

Pour dire vrai, je n'avais pas du tout envie de lire ces pages, et pas du tout prévu. Pas tant à cause de la longueur que pour l'auteur lui-même avec lequel je n'ai jamais accroché – le peu que j'ai tenté de m'y mettre mais surtout le personnage. Et ce côté un peu trop “star” ou “mystères” d'une sortie littéraire hyper médiatisée... Ce qui m'a décidé c'est un article sur France Info ! Comme quoi... Et je ne regrette pas.

A vrai dire je ne sais au fond qu'en penser... Je dirais que c'est une vaste réflexion sur la vie et la mort, quand tout semble anéantir toute espérance ou tout espoir. Nous sommes dans un futur proche, aux côtés de Paul Raison, proche conseiller du ministre de l'économie et des finances. Nous sommes en pleine guerre informatique terroriste qui ne sera pas sans quelques conséquences, son père qui est un ancien de la DGSI fait un AVC, et son couple bat de l'aile depuis longtemps. Mais là, au coeur de tout cela et d'une vie qui ne tournait finalement qu'autour du boulot, la quête d'un sens à la vie se fraie un chemin et semble vouloir s'imposer. Par ces évènements et ce qu'ils vont produire en Paul et dans sa fratrie ; mais aussi dans – ou par – ses rêves, qui nous sont longuement racontés ; et l'amour, qui n'est peut-être pas complètement éteint. L'amour ou plutôt une sorte d'appel en soi à aimer et se laisser aimer, au sens d'un prendre soin...

Finalement ce roman traite longuement de la maladie – et de la fin de vie – et des forces de vie que cela suscite et ressuscite, non sans des peurs qui se réveillent ou que tout cela fait naître. Et c'est très beau. Ces pages là en tout cas. Le reste, je trouve, serait comme un sorte d'artifice narratif de grande ampleur – et empreint des grandes questions sociétales et civilisationnelles du moment – pour mettre cela en valeur. Parce qu'au fond : qui que l'on soit, et quoi que l'on ait réussi – mais justement : qu'est-ce que réussir sa vie ? –, toute existence ne trouve-t-elle pas son sens le plus profond et le plus humain en nous dans ce prendre soin de l'autre – notamment l'autre aimé –, au coeur de toute vulnérabilité ?

Je ne sais ce qu'a voulu servir notre auteur, quel message il a voulu faire passer. Mais en refermant ces pages – ce pavé ! – c'est finalement cela qui m'habite. Peut-être parce que cela me rejoint d'une certaine façon dans plusieurs aspects de ma petite expérience de vie... Sans doute aussi parce que Michel Houellebecq avance en âge et que finalement, au bout du compte, la question pour nous tous sera celle de ce qui donne ou aura donné du poids et du sens à notre existence...

Je me disais aussi que tout ce qui là est raconté et mis en récit pourrait être “plombant” – comme le titre peut d'ailleurs l'induire – mais que non... je n'ai pas trouvé. Peut-être parce que ce qui se découvre et se raconte en ces pages c'est la puissance de vivre qui peut se déployer, malgré tout, les uns grâce aux autres, et parce que Paul va rester vivant jusqu'au bout, et sa femme Prudence aussi, à ses côtés. Et qu'ils goûteront des instant – voire des moments – d'éternité avec les uns ou les autres...

Bon... je ne sais trop qu'en dire d'autre ou autrement. Je ne sais non plus si ces lignes donnent envie de tenter cette plongée dans ces plus de 700 pages de lecture, ni si elles en disent trop d'ailleurs... En tout cas je suis le premier étonné d'avoir lu tout cela et d'avoir, de fait, été heureux de ces heures de lecture qui seront passées très vite...

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Michel Houellebecq, anéantir, Flammarion, janvier 2022, 734 pages, 26€.

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