Le blog de Christophe Delaigue, prêtre à Grenoble : homélies, cinéma, lectures…

Homélie dimanche 31 juillet 2022

18ème dimanche du Temps Ordinaire (Année C)

Qo 1,2 ; 2,21-23 / Ps 89 / Col 3,1-5.9-11 / Lc 12,13-21

 

L’expression qui m’est venue en méditant ces textes, et surtout, en fait, avec la 1ère lecture, c’est que c’est « la déprim’ » cette histoire : « Vanité des vanités, tout est vanité » … Ok… mais du coup on fait quoi alors ? …

Si tout est vanité, si tout est vain ici-bas, c’est quoi le sens de notre vie ? C’est quoi le but de vivre ?

Si tout est vanité, si tout est vain ici-bas, alors on comprend mieux l’appel de St Paul dans la 2ème lecture ! L’appel à rechercher « les réalités d’en haut ». Sauf que concrètement on vit ici-bas, alors ça veut dire quoi chercher ici-bas à vivre les réalités d’en haut ?

Peut-être qu’on pourrait se poser la question un peu autrement : pourquoi l’auteur du livre du Qohèleth, trouve-t-il que tout est vanité ? Pourquoi est-ce qu’il dit ça ?

Dans l’évangile – qu’il nous faut entendre en écho avec cette 1ère lecture – l’appel qui nous est fait c’est à devenir « riche en vue de Dieu ». Le reste, on pourrait dire, n’est que feu de paille, car nous sommes de passage sur cette terre et nous n’emporterons pas au Ciel toute autre richesse. Voilà pourquoi tout est vain, ou plutôt pourquoi tout n’est que relatif à « autre chose », un « autre chose » qui doit nous guider et nous conduire.

D’où l’appel de St Paul dans la 2ème lecture, je le redis : l’appel à rechercher « les réalités d’en haut ». Pour vivre en elles le réel de l’ici-bas, et trouver là sens à notre vie et à notre chemin de vie…

La question qui est derrière tout cela c’est celle de ce qui motive nos existences, et c’est plus fondamentalement celle de savoir à quoi nous sommes appelés, qu’est-ce que Dieu attend de nous et du coup pourquoi nous sommes faits pour cette terre, dans ce passage ici-bas que nous n’avons pas choisi – aucun de nous – mais que nous pouvons choisir de vivre dans une perspective qui lui donne sens.

Comme dirait le livre du Deutéronome, il s’agit de choisir la vie, choisir de vivre – Dt 30,19 : « choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance ».

Et si j’en crois St Paul dans la 2ème lecture, le sens de notre vie, et donc de notre passage sur cette terre, est qu’elle « reste cachée avec Christ en Dieu ». Ça veut dire qu’il nous faut découvrir en Dieu ce pourquoi nous sommes là, ce pourquoi nous sommes faits. Comme disciples du Christ qui avons choisis de le suivre et de trouver là notre chemin de vie et de bonheur. Parce que c’est ça l’enjeu !

Alors oui, c’est vrai, il peut y avoir quelque chose de déprimant voire de désespérant, en tout cas qui peut être décourageant dans ce que la vie nous donne de traverser. Nos vies sont fragiles et sont traversées par le mal et par la mort sur laquelle tous nous butons. Et quand nous y sommes plus directement confrontés – vous verrez ça vient vite – alors on se demande à quoi bon, voire on se demande : qu’est-ce que Dieu veut pour nous, qu’est-ce qu’il attend de nous ? Je pense par exemple à l’expérience douloureuse de la maladie, qui est celle que je connais un peu, ou à celle de la mort dont la perspective peut nous paralyser peut-être.

Mais ce « à quoi bon ? » il peut aussi et déjà nous guetter dans la vie professionnelle et la course au rendement et à l’efficacité qui pourrait nous déshumaniser – et j’entends un certain nombre d’entre vous, étudiants et jeunes pros, qui galérez parfois dans vos études ou avec les perspectives d’avenir au boulot, parce que vous butez sur cette question du « ça sert à quoi tout ça ? »

Bon… je vous l’avais dit dès le début de mon homélie, ça sent un peu la « déprim’ » cette histoire !! Alors qu’est-ce qu’on en fait ?

St Paul nous dit de rechercher « les réalités d’en haut ». Non pas pour fuir ce monde, mais pour orienter notre agir et trouver là sens à ce que nous pouvons vivre, et même à ce que nous avons à vivre.

Car Dieu aime ce monde et nous y veut pleinement. Me revenait d’ailleurs cette parole de l’évangile de Jean : « Dieu a tellement aimé ce monde qu’il a donné son Fils unique (…) pour que, par lui, le monde soit sauvé » (cf. Jn 3,16-17). Et sauvé de quoi ? Du mal et de la mort, justement. Pas au sens qu’il n’y en aura plus – ça se saurait – mais nous libérer de l’emprise du mal, nous délivrer de l’enfermement et du non-sens que provoquent le mal et la mort, et le mal sous toutes ses formes, tout ce qui défigure notre humanité.

D’où la liste que St Paul nous donne de ces réalités d’ici-bas qu’il nous invite à rejeter : « débauche, impureté, passion, désir mauvais, et cette soif de posséder, qui est une idolâtrie »… Je pense qu’il n’y a pas besoin de développer, on voit à peu près de quoi St Paul parle, non ?

En tout cas on voit bien dans notre vie concrète à chacun cette soif de pouvoir ou de plaisir qui peuvent diriger un certain nombre de choses et même certains de nos choix bien concrets du quotidien. Comme si c’était là que nous allions trouver notre bonheur. Mais c’est illusoire, on le sait bien si on regarde pour de vrai comment ça nous rend heureux ou pas…

En disant cela je ne suis pas en train de juger ou de dire que les responsabilités ou le plaisir ce serait mal en soit ; pas du tout, non. Mais la question c’est le « pour-quoi ? » – « pour-quoi » en deux mots. La question c’est de savoir : qu’est-ce qui va donner sens à notre vie et à ce « pour-quoi » nous sommes faits ? C’est de savoir : qu’est-ce qui va nous rendre profondément heureux – et profondément en paix, parce que c’est lié – ?

Réponse de St Paul – cette fois vous avez retenu je pense – : rechercher « les réalités d’en haut ». C’est-à-dire : la vie telle que Dieu la veut pour nous, dans le Christ Jésus, avec lui, à son école et à sa suite, la vie qui a goût d’éternité, cette vie qui peut être re-suscitée au cœur de ce que le réel des jours nous donne de traverser, la vie qui rend vivant, cette vie éternelle qu’annonce la résurrection du Christ.

Mais dès ici-bas. Car nous croyons que la vie éternelle, cette vie que Dieu veut pour nous, cette vie qui a goût d’éternité, de plénitude, cette joie parfaite que promet Jésus dans l’évangile de Jean (cf. Jn 15), nous croyons que cette vie éternelle est déjà commencée. Vous écouterez bien la Préface tout à l’heure, au début de la prière eucharistique, on va prendre celle qui nous dit ça : la vie éternelle est déjà commencée car nous avons reçu les premiers dons de l’Esprit Saint par qui Jésus a été ressuscité d’entre les morts.

C’est cette vie-là, ce choix de vivre cela – ou plutôt de vivre de cela, de cette Bonne nouvelle du salut et de la résurrection –, c’est cela qui donnera sens à notre passage sur cette terre et qui nous ouvrira à cette vie en plénitude.

Parce qu’on va pas du tout affronter les épreuves de la même façon, par exemple, si on se laisse submerger par le doute et la souffrance, qui dans bien des cas sont bien réels, ou si on croit au contraire que, quoi qu’il arrive et malgré les apparences immédiates, la vie est et sera plus forte que tout mal et que toute mort. Qui plus est en associant Dieu à ce que nous avons à traverser. Là encore je vous parle au regard de ma petite expérience…

En tout cas c’est ça vivre dans l’esprit des « réalités d’en haut ». Et ça appelle à en être témoins très concrètement les uns pour les autres. C’est l’appel à aimer que nous laisse Jésus, l’appel à être « miséricordieux comme le Père est miséricordieux » (cf. Lc 6,36), c’est-à-dire à vivre de cet amour qu’il est lui-même, sa miséricorde, son amour sauveur, cet amour qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance – vous reconnaissez cette définition que je cite souvent du pape François : « la miséricorde c’est l’amour de Dieu qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance ». C’est l’amour qui s’abaisse à hauteur de l’autre pour entendre ce qu’il vit et traverse et pour discerner ensemble le chemin de vie possible, dans le réel concret. L’amour qui s’abaisse, qui se fait proche, pour porter ensemble et avancer ensemble…

Voilà ce qui va donner sens à toute vie ici-bas. Et voilà ce qui peut guider nos décisions concrètes du quotidien et même nos choix de vie : savoir qu’avec le Christ et à sa suite nous sommes appelés à aimer et à servir l’autre…

J’aimerais vous inviter à aller lire ou relire Christus Vivit, ce beau texte que le pape François a adressé aux jeunes il y a 3 ans. Et allez notamment lire ou relire les chapitres 4 et 5, et laissez-vous imprégner de ce que le pape François vous dit là, et notamment sur cet appel que Dieu nous adresse à vivre le réel présent et à aimer, s’engager et servir.

Voilà ce qui va donner sens à toute vie ici-bas, ce qui va donner sens à notre passage sur cette terre. Dans cette confiance à faire grandir en nous en Dieu qui marche avec nous, Dieu qui veut marcher avec nous si nous le voulons bien, si nous voulons bien lui faire place et l’associer à ce que nous avons à vivre et à traverser. Pensez à l’évangile de dimanche dernier, l’appel à prier le Père et notamment l’appel à demander l’Esprit Saint, l’Esprit Saint qui est sa force de vie et d’amour, sa puissance de résurrection.

Alors demandons-le ! Et demandons-le dès cette eucharistie, et même dès maintenant en prenant un temps de silence, pour nous laisser renouveler par Dieu lui-même, nous laisser renouveler dans la confiance, celle d’un sens à vivre, au cœur de ce que la vie nous donnera de traverser… Demandons à Dieu d’apprendre cela de lui, avec lui, un jour après l’autre, pas à pas, d’eucharistie en eucharistie…

Retour à l'accueil
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :