Le blog de Christophe Delaigue, prêtre à Grenoble : homélies, cinéma, lectures…

Homélie dimanche 28 août 2022

22ème dimanche du Temps Ordinaire (Année C)

Si 3,17-18.20.28-29 / Ps 67 / He 12,18-19.22-24a / Lc 14,1.7-14

 

Je vais peut-être vous choquer ou vous étonner, mais je crois que Jésus, en fait, il s’en fout un peu, en soit, de savoir où on s’est assis, devant ou derrière. Sauf que vous allez me dire que c’est bien lui qui parle dans cet évangile. De fait.

Mais il nous raconte une histoire, une parabole, pas pour nous faire la morale pour savoir comment on laisse la place aux autres ou pas, ou si on aime les honneurs ou je ne sais quoi, non. L’Évangile est une Bonne nouvelle à entendre, pas d’abord un livre de morale et de bonne conduite.

Jésus nous raconte une parabole, une histoire pour comprendre ce qu’il en est du Royaume de Dieu et de qui est Dieu lui-même. Et la pointe de l’histoire ce n’est pas de savoir où nous nous sommes assis et si c’est bien ou pas mais c’est, je crois, ce petit bout de phrase qu’il faut qu’on entende et qu’on fasse nôtre : « quiconque s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

Ce « petit bout de phrase » – vous avez peut-être déjà fait le lien – il fait directement écho à la 1ère lecture qu’on a entendue juste avant avec cet appel à l’humilité qui suppose qu’on s’abaisse.

Ça veut dire quoi s’abaisser ? Et c’est quoi l’humilité ?

Je crois que pour répondre à cette double question et pour comprendre ce que Jésus veut nous dire ce jour il nous faut regarder comment lui-même vit cela. Regarder ce que sa vie nous apprend de ce chemin d’humilité et d’abaissement. Et ce que ça permet, ce que ça ouvre pour nous. Et du coup ce que ça appelle.

Quand j’entends ce « petit bout de phrase » – « quiconque s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé » – spontanément je pense au lavement des pieds, en Jn 13, au soir du dernier repas : Jésus qui se lève de table, lui le maître de la vie, et qui prend un tablier de serviteur pour s’abaisser devant ses disciples et leur laver les pieds. Jésus qui s’abaisse devant eux et qui va les inviter à faire de même dans leur vie à sa suite. « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? leur demandera-t-il.(…) C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous »

Le Christ s’est fait serviteur. Là, à titre d’exemple et un peu comme un geste déclic, mais par toute sa vie. Il est serviteur du projet d’amour et de salut du Père qu’il vient révéler et qui nous veut vivants, relevés, libérés de tout ce qui nous empêche d’être pleinement debout et d’être libres de l’emprise mortifère du mal.

Et ce faisant, Jésus se fait serviteur de toute vie et de chacun. Tout particulièrement ces estropiés, ces boiteux et ces aveugles de notre évangile de ce jour, tous ces petits, ces pauvres, ces malades et ces pécheurs que le Père veut rejoindre, aimer, relever, rassembler en sa joie éternelle dont les Noces de l’évangile ou le repas sont comme une image pour nous en dire quelque chose. Ce sera la fête ! et Dieu nous y veut avec lui. Tous !

Jésus et le lavement des pieds, Jésus dans tout ce qu’on sait de sa vie, c’est l’abaissement en personne ! Face à l’autre et à hauteur de l’autre pour prendre soin de lui, pour lui signifier qu’il compte pour Dieu, pour lui permettre de reprendre la route de sa vie, et lui donner aussi d’être lavé, purifié de ce qui l’empêche d’avancer.

Toute sa vie – toute la vie du Christ Jésus – dit cet abaissement de Dieu à hauteur d’hommes. Dieu qui n’est pas une espèce d’abstraction lointaine, perdue je ne sais où dans les cieux, qui nous regarderait de haut nous dépatouiller avec la vie, non. Dieu qui a voulu se faire proche de nous, Dieu qui veut aujourd’hui encore se rendre proche de chacun de nous et plus largement de tous, notamment celles et ceux qui souffrent ou qui cherchent un salut, un sens à cette vie.

Jésus c’est Dieu qui s’abaisse. St Paul dira cela de façon très belle dans sa lettre aux Philippiens, au chapitre 2 (v.5-11) – on devrait tous essayer de connaître ça par cœur ; écoutez-bien – :

« Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblables aux hommes. Reconnu homme a son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genoux fléchisse, au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père. »

Voilà un texte magnifique qui dit l’incarnation, ce mouvement de Dieu qui est venu prendre notre condition humaine en Jésus Christ pour nous relever et nous faire entrer dans sa gloire, nous faire entrer dans la joie véritable.

Jésus est venu nous rejoindre, nous rencontrer, nous annoncer le Père et son amour sauveur, et il est venu pour nous offrir le pardon et la guérison. C’est l’humilité d’un Dieu qui se fait homme, Dieu qui descend de je ne sais quel piédestal de cette toute-puissance dont on aimerait parfois qu’il s’en serve comme un magicien. Mais non ! sa façon de faire c’est d’être là avec nous. Et même – c’est là que ça nous appelle – c’est d’être là et d’être agissant avec nous au sens de par nous !

C’est ce que je vous relisais de ce que nous dit Jésus en Jn 13 et au lavement des pieds : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » ; et c’est ce que Paul dit aussi aux Philippiens, parce que le passage que je vous ai lu commence par un petit bout de phrase que j’avais gardé en réserve : « Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus. Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement » etc.

« Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus »

Il s’agit pour nous de nous laisser rejoindre par le Christ et par celles et ceux qu’il va mettre sur notre route, qui vont nous donner de nous laisser aimer et relever, et qui vont nous donner aussi d’entendre ce que le Christ nous dit et nous demande. Nous laisser rejoindre par le Christ et par celles et ceux qui vont être à leur petite mesure ses mains et sa voix, pour le devenir à notre tour. Je le dis souvent mais j’insiste : être et devenir avec lui, le Christ, ses mains qui vont prendre soin et sa voix qui osera des paroles de consolation, de pardon et de réconfort.

Et ça, dans une forme de gratuité de l’amour et du don de soi. Comme le Christ. Et comme le Samaritain de l’Évangile , en Lc 10, qui a vu celui qui souffre et qui s’approche, qui fait ce qu’il peut pour lui, ce qui est de son possible, et qui ensuite passe le relais à l’aubergiste chez qui il a amené ce souffrant.

C’est à cela que nous sommes appelés. Cet abaissement-là. Cette humilité-là. Celle de faire ce qu’on peut, mais de le faire. Le faire au nom de Jésus et de l’Évangile. A notre petite mesure peut-être, mais le faire. Et si nous sommes dans la catégorie des souffrants eh bien apprendre à accepter que nous ayons besoin des autres pour nous laisser relever. Consentir à cette humilité-là, cet abaissement. Qui n’est pas toujours très simple à vivre et à accepter…

En tout cas, voilà ce qui va nous faire grandir, voilà le chemin du bonheur que Dieu nous propose, voilà la vraie richesse que Dieu veut pour nous, celle du cœur et du don de soi, qui fait rencontrer l’autre dans la simplicité de la relation, celle d’un cœur qui se laisse toucher par l’autre.

Pour le dire autrement, le chemin que Jésus nous propose c’est non pas de dominer l’autre, y compris pour ce que nous croirions être de bonnes raisons, par exemple quand nous pensons savoir ce qui serait bon pour l’autre et ce dont il doit avoir besoin, non ; non pas dominer l’autre mais de le rejoindre là où il en est et avancer ensemble. Et ça, voilà ce qui va nous élever, nous relever.

Alors je ne sais comment vous recevez tout cela, mais j’aimerais que nous demandions tous et chacun au Seigneur la grâce de vivre ainsi à la suite du Christ et avec lui. Vivre cet amour-là, cet amour qui s’abaisse à hauteur de l’autre et de ses désirs de vie en lui. Et qu’on laisse le Seigneur façonner nos cœurs pour que notre vie, humblement, patiemment, soit ce que j’ai envie d’appeler « une vie en réponse d’Évangile ». Tout simplement – si j’ose dire.

Et pour nous laisser façonner, former par le Christ lui-même, non seulement laissons-nous transfigurer de l’intérieur, par le mystère de l’eucharistie que nous célébrons ce jour encore, ce mystère de l’eucharistie où il vient faire sa demeure en nous pour que nous devenions ensemble son Corps, c’est-à-dire présence d’Évangile en ce monde. Mais laissons-nous aussi façonner, former par lui le Christ, par la prière et la méditation de sa Parole, au fil des jours et des semaines et pas à pas.

Et si vous manquiez d’idées pour la semaine qui vient reprenez par exemple Jn 13 et le lavement des pieds ou Lc 10 et la parabole du Samaritain ; et prenez le temps, prenez le temps de lire et de contempler ce qui nous y est raconté, et prenez le temps de demander au Seigneur que ça dilate votre cœur, à la mesure de son amour. Tout simplement… Amen.

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