20ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C
Jr 38,4-6.8-10 / Ps 39 (40) / He 12,1-4 / Lc 12,49-53
Je ne sais pas comment vous recevez ces mots de Jésus qui sont un peu violents ou du moins étonnants et même dérangeants… ou alors cette 1ère lecture dont vous vous demandez peut-être pourquoi c’est ce passage-là qui nous est proposé…
Moi – je le disais en début de messe – c’est la reprise, aujourd’hui, et je me suis dit : ça commence fort !
Ça commence fort parce que Jésus nous met ici face à la radicalité de l’Évangile… Mais je vais y revenir, j’ai envie de faire d’abord un petit détour, justement par la 1ère lecture, en lien d’ailleurs avec ce qu’on a aussi entendu dans la 2ème lecture…
Dans cette 1ère lecture on a entendu cette histoire du prophète Jérémie qui dérange tellement qu’on décide de l’enfermer dans une citerne ; et vous l’avez entendu, cette citerne elle est pleine de boue, une boue qui pourrait l’engloutir – c’est en tout cas l’image qui m’est venu, un peu comme un marécage.
En lien avec la 2ème lecture, ça m’a fait penser au Christ qui a pris sur lui la boue de notre péché, la boue immonde de la violence des hommes. Il a consenti à mourir sur la Croix, il ne s’est pas défilé, il n’a pas sauvé sa peau à coup de miracle, non, il a consenti à mourir sur la Croix pour nous racheter de ce mal qui défigure nos vies et ce monde, c’est-à-dire pour nous ouvrir un chemin de salut…
Vous êtes peut-être en train de vous demander pourquoi je fais ce lien-là… Pour deux raisons. La 1ère parce que l’auteur de l’épître aux Hébreux nous invite à contempler le Christ, le Christ qui est mort sur la Croix à cause du péché des hommes et pour nous en sauver – et l’évangile y a fait allusion avec la mention du baptême, c’est la mort et la résurrection – ; mais aussi – 2ème raison – parce qu’on a nous a dit dans cette même lecture que nous pouvons courir sans entrave l’endurance qui nous est proposée parce que, nous dit le texte, nous sommes libérés du péché, libérés de ce péché qui alourdit nos vies.
Excusez-moi mais quand on nous dit cela il faut quand même qu’on regarde les choses en face… Et on sait bien que ça n’est pas tout à fait vrai ! Du moins si ça nous donne à croire, ou plutôt à entendre, que nous pourrions ne plus être pécheurs puisque nous suivons le Christ et que nous voulons le faire honnêtement et pour de vrai…
Le réel de notre vie à chacun c’est que nous restons pécheurs ! St Paul parlera même dans une de ses lettres de ce mal qu’il ne voudrait pas faire mais que pourtant il fait quand même plutôt que ce bien qu’il voudrait faire mais dont il sait bien qu’il n’y arrive pas tant que ça…
Nous sommes pécheurs, nous restons pécheurs, et parfois même nos chutes et nos rechutes nous font désespérer d’y arriver et nous font du coup désespérer de nous-mêmes voire de Dieu. Ou alors on s’en fout et on se dit que de toute façon on est sauvé – mais là, franchement, c’est un peu trop facile et finalement pas très sérieux. Assumons ce qu’on fait, assumons nos actes, et donc regardons les choses en face, ne nous voilons pas la face...
Si je reviens notre 2ème lecture, il y a là une Bonne nouvelle à entendre. Malgré tout. Mais justement. Oui, nous sommes libérés de tout péché. Ce qu’on va d’ailleurs redire tout à l’heure après le Notre Père, dans cette très belle prière que je dirai avant le « Car c’est à toi… » Libérés de tout péché, et même à l’abri dans toute épreuve – à l’abri en Dieu quand nous sommes dans l’épreuve, à l’abri avec lui du découragement ou de la peur qui pourraient nous submerger et nous paralyser, c’est ça que ça veut dire…
Libérés de tout péché, au sens de libérés de l’emprise du péché, libérés de l’emprise mortifère de nos péchés. Nous ne sommes pas que cela, nous ne sommes pas que ce mal que nous faisons, nous comme l’autre face à nous ou l’autre qui nous fait du mal.
Oui nous sommes pécheurs, mais nous sommes appelés à vivre quand même, et à compter sur la grâce de Dieu, Dieu qui ne veut pas nous laisser sous l’emprise de ce mal qui détruit et paralyse nos vies, Dieu qui veut nous sauver, Dieu qui veut se faire partenaire de notre vie pour nous ouvrir un chemin de salut, et donc de bonheur ; Dieu qui nous offre sa miséricorde et son pardon, et même qui nous y appelle. C’est l’appel à y croire, pour nous-mêmes, croire que Dieu garde confiance en nous, et du coup y croire pour l’autre et donc en vivre, en vivre concrètement.
La question c’est celle de savoir si nous voulons bien croire en cette Bonne nouvelle et en vivre, si nous voulons bien avancer sur le chemin de la conversion, c’est-à-dire vouloir vivre les appels de l’Évangile à aimer et à pardonner, et si nous voulons bien demander à Dieu de nous aider à nous en donner les moyens.
Et ça c’est assez concret – je ne vais rien vous apprendre mais c’est bien de se le redire – : c’est la question de la prière et notamment de demander l’Esprit Saint, pour qu’il nous aide à entendre comment vivre concrètement en disciples de Jésus et pour qu’il nous aide aussi à discerner comment répondre et comment répondre mieux, petit à petit. C’est aussi la question des sacrements et notamment du sacrement du pardon. Et au fond c’est d’abord et avant tout la question de comment nous nous donnons d’écouter la Parole de Dieu et comment nous allons nous aider les uns les autres à en vivre.
Et voilà du coup comment j’en reviens à cette page d’Évangile de ce jour. Le cœur du cœur de la Bonne nouvelle du salut que Jésus vient nous révéler c’est l’appel à aimer – on le sait – et à pardonner. C’est-à-dire à vivre concrètement ce salut de Dieu pour lequel Jésus est venu et pour lequel il a consenti à mourir sur la Croix plutôt que de sauver sa peau.
Il est là ce feu qu’il voudrait voir déjà allumé, qui appelle qu’on s’y plonge – c’est le sens du mot baptême –, c’est-à-dire qu’on y aille vraiment, qu’on accepte de mourir à nous-mêmes pour laisser le Christ vivre en nous et avec nous et offrir ce salut qui est justement de l’ordre de la vie que Dieu veut pour tous. C’est ça ce feu, le feu de l’amour de Dieu que nous sommes appelés à répandre autour de nous et sur toute la terre, cette petite flamme de la foi reçue à notre baptême, appelée à rayonner et à se répandre peu à peu pour embraser le monde ! Et excusez-moi du peu, mais notre monde en a besoin ! Notre monde a besoin de témoins d’un amour qui sauve et qui libère du mal et de tout péché.
Mais on le sait bien, et c’est ce que Jésus nous dit quand il parle de ces divisions que ça va entraîner jusque dans les familles, on le sait bien : vivre vraiment les appels de l’Évangile, vivre vraiment l’appel à aimer, aimer comme le Christ nous a aimés, aimer même nos ennemis, on le sait bien, c’est engageant et c’est radical ; et si on le vit vraiment, si on le vit radicalement, on va parfois être incompris, jusque dans nos propres familles. Y compris parce que ça va nous appeler à dénoncer les petites compromissions faciles avec le mal ou dénoncer nos tiédeurs ou nos petits arrangements avec cette radicalité à laquelle on est pourtant appelé.
Ceci dit, ça veut dire quoi aimer, aimer comme le Christ nous a aimés, aimer même nos ennemis ? ça veut dire quoi concrètement aimer ce migrant musulman qui débarque sur notre territoire ou cette personne violente qui a fait de la prison et qui le méritait bien ? ça veut dire quoi aimer ce jeune jeune homosexuel ou transgenre ou que sais-je encore qui demande un peu d’amitié et de ne pas être jugé ou rejeté ? ça veut dire quoi aimer, aimer vraiment, se faire proche, écouter l’autre, l’aider à avancer et à se relever à partir de là où il en est, et donc l’accueillir et ne pas le juger d’avance ?
Le pape François a parfois été décrié à cause de cette radicalité-là qu’il ne faisait que redire. Et ces divisions annoncées dans l’évangile on a pu alors en être témoins dans notre Église elle-même et dans nos communautés, comme dans nos familles.
Je ne suis pas en train de dire que ces questions-là ne sont pas complexes et difficiles, évidemment, ni qu’il n’y aurait pas un réel d’options politiques à poser mais aussi à discerner. Évidemment. Mais laissons à nos politiques de faire leur job – en osant, nous, dénoncer, si besoin, ce qui ne respecte pas l’autre, quel qu’il soit ; et entendons que nous, ça nous appelle déjà à vivre l’Évangile concrètement, le vivre avec ceux qui sont là et que nous allons croiser.
Et là, de fait, on va expérimenter que ça nous est parfois difficile, qu’il y a des situations et des gens que nous n’arrivons pas à aimer comme Dieu veut les aimer, en se faisant proche et en voulant offrir son salut. Le péché c’est ça, c’est les manquements à cette radicalité-là ; et nous sommes en chemin, encore. Promis au salut, promis à cette libération de tout péché. Dans la confiance que si nous nous tournons vers le Seigneur, il nous libère de l’emprise du péché, et qu’il va nous aider à avancer et à répondre mieux, peu à peu, si nous le voulons bien…
Alors je ne sais comment tout ça vient vous rejoindre ou même vous bousculer peut-être. Prenons le temps d’accueillir ce qui nous vient, là maintenant, dans le silence de nos cœurs, et offrons-le au Seigneur, offrons-lui notamment ce qui nous questionne peut-être… Et surtout, demandons-lui sa force de vie et de salut pour être ses témoins aujourd’hui, être ses mains et sa voix qui vont vivre cette radicalité-là pour laquelle il a donné sa vie et que nous confessons et célébrons à chaque eucharistie. Amen.