21ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C
Is 66,18-21 / Ps 116 / He 12,5-6.11-13 / Lc 13,22-30
J’aime bien cette image de la porte étroite. Parce que c’est concret. Si la porte est trop étroite pour que j’arrive à passer, et s’il faut pourtant que je passe, alors c’est très simple : faut faire un régime. Et comme a dit Jésus, il ne s’agira pas tant de manger et de boire à sa table – d’autant plus s’il faut faire un régime – que d’autre chose… Je vais y revenir.
Ce qu’il faut qu’on entende d’abord et avant tout c’est le désir de Dieu de nous sauver. C’est le point de départ de ce que Jésus veut là nous dire avec cette page d’évangile, et c’est bien de cela dont il est question dans la 1ère lecture aussi. Et même dans la 2ème d’ailleurs, même si on risque de se bloquer un peu sur cette histoire de Dieu qui nous corrigerait comme un père donne parfois une bonne leçon à un fils désobéissant. Je vais y revenir aussi, promis.
Mais entendons d’abord ce désir de Dieu de nous sauver. Et pas que nous. Nous sauver tous. Sauver notre humanité. Et nous sauver de quoi ? Du mal et de la mort comme fin définitive et terrifiante de toute vie. Nous sauver de nous-même aussi et de notre péché. Et puis nous sauver du découragement à vivre et à croire en Dieu, en la vie et même en nous parfois.
Il y a un mystère du mal. C’est un fait. Et toute la Bible nous raconte Dieu qui veut offrir son salut, Dieu qui veut pour nous la vie. Et Dieu qui, pour ce faire, veut se donner à connaître pour nous enseigner un chemin de vie.
Il s’est donné un peuple pour cela, un peuple qui a reçu mission d’être témoin pour les nations de l’existence de Dieu et de sa présence au milieu d’eux. Un Dieu qui veut faire Alliance avec nous, c’est-à-dire se faire partenaire de notre vie, pur nous conduire, justement, nous conduire sur un chemin où la vie soit plus forte que tout mal et que toute mort. Un Dieu qu’il va falloir apprendre à accueillir dans notre quotidien, pour l’écouter – écouter sa Parole – et pour lui demander son aide et sa lumière.
Je fais ce détour et ce rappel parce que le problème du peuple d’Israël c’est qu’il est comme nous. Quand tout va bien, on risque d’oublier Dieu, et quand tout va mal, soit on l’accuse, soit on se décourage et même on désespère, et du coup on perd confiance en lui voire en son existence.
C’est ce qui est arrivé au peuple d’Israël. Et c’est l’exil et la déportation. Et pour d’autres c’est la fuite et la diaspora. Et c’est dans ce contexte là que le prophète Isaïe annonce ce qu’on a entendu en 1ère lecture : le désir de salut de Dieu, pour toutes les nations, et qu’il va se servir de celles et ceux d’Israël qui sont encore là, soit en exil à Babylone soit dans la diaspora, pour annoncer ce salut. Et le signe qui sera donné c’est le retour des enfants d’Israël, c’est-à-dire le signe que Dieu est toujours avec eux, malgré tout, malgré les apparences, malgré leur découragement et le fait qu’ils se soient éloignés de lui. Et ce sera un signe pour les nations : il y a bien un Dieu qui est là et qui veut sauver son peuple ; et plus que cela, qui veut sauver les nations et donc ce monde défiguré par le mal et la violence.
Et j’aimerais faire-là le lien avec la 2ème lecture, cette histoire de Dieu qui corrige ceux qu’il aime. Ça veut dire quoi ? ou plutôt c’est quoi cette histoire ?
Dieu n’est pas du côté du mal. Dieu est amour, Dieu est miséricorde, et il n’est que cela. S’il corrige, comme dit l’auteur de la lettre aux Hébreux, c’est par amour. Et donc ce n’est pas comme une punition qui veut nous mettre pas-bien et peut-être même nous violenter. Je crois que cette correction de Dieu, c’est dans le seul fait de nous laisser libre de nos choix. Y compris de nous détourner de lui et que ça nous entraîne sur de mauvais chemins. Dieu ne veut pas cela en soi, il ne veut pas les épreuves, ce n’est pas lui qui est la cause du conflit ukrainien ou de ce qui se passe à Gaza, non. Absolument non !
Dieu ne veut pas les épreuves comme un acte volontaire de sa part pour nous réprimander et nous dompter, non, mais autant le vivre comme une bonne leçon qui peut nous faire grandir si nous écoutons les appels que là Dieu va essayer de nous adresser.
Avec des reproches, peut-être, comme disait la 2ème lecture, et par exemple les prophètes n’ont pas cessé de dire à Israël ce qui n’allait pas, ce qui devait se convertir, ce qui devait être rejeté pour reprendre le chemin de Dieu, et les prophètes font des reproches au peuple, très clairement, mais c’est pour une prise de conscience.
Comme ces propos de Jésus de notre évangile de ce jour, qui peuvent sonner un peu violemment à nos oreilles avec cette histoire de pleurs et de grincements de dents. L’enjeu c’est qu’on entende, c’est qu’on comprenne, et qu’on fasse retour vers Dieu et vers le chemin de vie qu’il nous propose. Il en va de notre bonheur, il en va de notre salut et même du salut du monde. C’est ça l’enjeu !
La question c’est de savoir si nous entendrons, et si ça va changer quelque chose ! Ce que Dieu espère, évidemment, et il l’espère parce qu’il nous aime et qu’il veut le meilleur pour nous. Mais l’amour laisse libre, l’amour vrai ; il consent à nous laisser faire nos choix, il essaye bien de nous souffler ce qui serait bon, et il nous envoie quelques signes, par tel ou tel évènement ou telle ou telle rencontre ou dans telle intuition de vie qui veut essayer de se dire à nous…
Saurons-nous entendre, et saurons-nous corriger le tir quand il le faut ?
Et c’est là que je rejoins cette histoire de porte étroite. Ou c’est encore la finale de la 2ème lecture, avec l’appel à se redresser, l’appel à rendre droit nos chemins, l’appel aussi à croire que Dieu peut nous guérir de nos « boiteries » !
La porte étroite c’est l’appel à nous délester de ce qui nous empêche d’avancer sur ce chemin que Dieu veut pour nous. L’appel à nous délester de ce qui entrave notre confiance en Dieu et en la vie, notre confiance aussi en nous ou en l’autre qui est là.
Et ça, très concrètement, il nous faut oser le regarder, et ensuite le déposer au Seigneur dans la prière, lui demander qu’il nous éclaire, qu’il nous conduise, qu’il nous montre le juste chemin.
Et puis il nous faut nous y aider les uns les autres, nous soutenir, nous aider à discerner comment avancer et surtout comment mieux vivre les appels de l’Évangile. Parce que c’est ça l’enjeu.
Et il sera là le salut, ce salut que Dieu veut pour nous, ce salut dont il veut que nous puissions en être alors témoins pour d’autres, en paroles et en actes. C’est l’appel à aimer, c’est ce feu dévorant de l’évangile de dimanche dernier que Jésus voudrait tant voir se répandre dans le monde et brûler sur son passage tout ce qui est de l’ordre du péché, du mal et de la violence…
La porte est étroite, nous dit-il. Et il ne suffit pas juste de croire en son salut et de venir bien sagement nous rassasier le dimanche soir à la table de sa Parole et de son eucharistie. Non. Il le dit clairement. Il faut que nos vies s’affinent avec lui, que nos vies s’affinent dans une mise en œuvre concrète de ses appels, que nos vies s’affinent en vivant pour la justice et même dans la justice, celle de Dieu : son salut, son désir que chacun vive pleinement et soit respecté, son désir que nous apprenions à aimer mieux, à aimer comme lui Jésus nous a aimés, dans l’écoute de l’autre qui est là et l’humble compagnonnage avec lui, dans l’accueil de l’exclu qui désespère de vivre et d’avoir une place et dans la recherche ensemble de ce qui permettra d’avancer, dans la présence aussi à ceux qui souffrent et notamment les malades, etc. etc.
Allons relire l’Évangile, tout ça c’est ce que Jésus a vécu et qu’il nous appelle à vivre à sa suite. Parce que c’est ça le salut. Ce que Dieu veut pour nous et ce qu’il nous appelle à vivre à notre tour.
Et si nous nous sentons bien petits ou un peu perdus ou impuissants, je le redis : demandons-lui qu’il nous éclaire et demandons-lui la force de son Esprit Saint.
Et tout à l’heure, demandons-lui sa force quand nous allons nous approcher tout à l’heure pour communier ou pour demander une bénédiction. C’est dans ce réel-là, c’est dans le concret de ce que nous vivons qu’il veut nous rejoindre. Et c’est avec le réel de ce que nous sommes qu’il continue son œuvre de salut. Ayons aussi confiance en cela, c’est Bonne nouvelle.
Mais n’oublions pas, il y a ce régime à faire, ce dont nous devons nous délester pour y arriver, pour arriver à mieux suivre Jésus et vivre ses appels.
Alors prenons quelques instants de silence, là maintenant, pour regarder dans le réel de notre vie qu’est-ce qui a besoin d’être changé peut-être, qu’est-ce qui résiste peut-être en nous des appels de l’Évangile, qu’est-ce qu’il y a à vivre mieux, voire à quitter qui ne soit pas évangélique dans ma façon d’être ou d’agir, et puis qu’est-ce qui dans ma vie de tous les jours me détourne parfois de Dieu et des autres, qu’est-ce qui prend trop de place peut-être et ne m’aide pas à vivre en disciple de Jésus…
Prenons le temps de regarder cela, de se le redire, pas pour nous culpabiliser ou nous enfoncer, mais pour demander là au Seigneur sa force de vie et son salut. Et que nous puissions avancer avec lui et nous écrier comme le psalmiste : « Son amour envers nous s’est montré le plus fort ; éternelle est la fidélité du Seigneur. » Amen.