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18ème dimanche du Temps Ordinaire - Année C
Qo 1,2 ; 2,21-23 / Ps 89 / Col 3,1-5.9-11 / Lc 12,13-21
Qu’est-ce que nous allons entendre de tout cela, pour nous – pour nous aujourd’hui ?
Peut-être que la question première, derrière tout ce qu’on vient d’entendre, c’est celle de savoir qu’est-ce qui donne du prix ou de la valeur à nos vies, et donc à toute vie ?! Est-ce que c’est ces richesses que nous essayons d’accumuler, ces biens que nous pourrons laisser en héritage à nos enfants et nos petits-enfants ? Est-ce notre recherche de plaisirs – et notamment les plaisirs de la chair auxquels St Paul a fait allusion dans la 2ème lecture – ? Est-ce que c’est notre petit pouvoir sur d’autres qui peut nous faire nous sentir forts ou importants ?
Qu’est-ce qui nous rend véritablement heureux ? Qu’est-ce qui nous fera dire au soir de notre vie – et c’est peut-être ce soir ! – que oui ça valait le coup, que c’était bien, et surtout qu’on peut partir en paix ?!
La 1ère lecture peut nous paraître un peu pessimiste ; tout serait vain… À quoi bon, du coup, à quoi bon vivre ou alors essayer de vivre bien ?
La question derrière, il me semble, c’est celle de savoir quelles sont nos sécurités en ce monde, dans quoi on les met, et qu’est-ce qui va guider nos choix et orienter notre vie !?
La réponse du psaume peut nous surprendre : Dieu. C’est Dieu qui peut cela. C’est ce qu’on a chanté avec le refrain. Dieu qui peut être et qui sera notre refuge. Dieu. Et la réponse de la 2ème lecture, qui est sensiblement la même : le Christ Jésus – qui a ouvert pour nous un passage vers le Père.
Je ne sais comment nous recevons cela, peut-être que ça nous semble abstrait et même un peu illusoire, ou une consolation facile. Mais si Dieu existe, ce que nous croyons puisque nous sommes là – ou au moins ce que nous voudrions croire, si nous cherchons Dieu ou si nous cherchons comment Dieu peut donner sens à notre vie –, si donc nous croyons que Dieu existe et même que Dieu est quelqu’un, alors c’est l’appel à tout vivre avec lui et à croire qu’il marche avec nous, et qu’avec lui nous pourrons tout vivre et tout traverser, qu’il nous donnera ce dont nous avons besoin, qu’on peut le lui demander, et qu’il ne nous abandonnera pas, quand bien même nous aurions l’impression que le mal peut tout engloutir et que nous nous sentons perdus…
C’est légitime, d’ailleurs ! On a le droit de se demander que fait Dieu à Gaza ou en Ukraine ou je ne sais où… On a le droit de se demander où est Dieu quand on se heurte au non-sens du mal et de la souffrance, par exemple dans la maladie…
Mais justement ! Est-ce que là nous ne faisons pas l’expérience de ce que la 1ère lecture comme l’évangile viennent de nous dire ? Tout est si fragile, tout peut être si vain au regard de cela !?
Mais alors, qu’est-ce qui donne du poids, du prix, de la valeur, à l’humble quotidien de nos jours ?
Il me semble que la réponse tient en un appel d’Évangile que Jésus est venu révéler et vivre par toute sa vie : l’appel à aimer. Aimer d’un amour qui fait grandir. Voilà ce qui donne sens à nos vies : aimer et être aimés...
Et voilà le chemin d’un bonheur véritable et plus durable : aimer et pardonner… C’est difficile parfois, on le sait bien, mais on sait aussi combien c’est un chemin de paix véritable. Et qu’il n’y a pas de bonheur réel sans paix véritable.
Et je crois qu’il est là l’appel de notre 2ème lecture de ce jour, l’appel à rechercher les réalités d’en-haut, c’est-à-dire à vivre du meilleur que Dieu veut pour nous et de ce que Dieu peut pour nous. Ce que Jésus a vécu et incarné, ce que Jésus à révélé et annoncé : l’amour du Père pour nous, son désir de salut pour tous, l’amour sauveur du Père qui s’appelle la miséricorde, cet amour qui se fait proche, qui console, qui pardonne, qui soigne les blessures, qui relève et remet en route, cet amour qui donne de croire en la vie, malgré tout, de croire en l’autre, malgré tout aussi, et de croire en un chemin de bonheur possible, malgré tout, malgré les apparences premières et immédiates parfois.
Et c’est cela vivre en ressuscités, c’est vivre dans cette dynamique de foi, croire que la vie est plus forte que tout mal et que toute mort, et qu’avec le Christ je peux tout traverser, si je consens à me laisser aimer, et donc à ce que d’autres m’aident et me soutiennent, et si je consens aussi à aimer, moi également ; et ça c’est chemin de vie, et là Dieu est présent, et Dieu me promet sa présence – avec moi, avec nous. Ce qu’il attend juste de nous c’est de lui faire place, c’est de l’associer à ce chemin et de lui demander la force de son Esprit Saint qui est sa force de vie et d’amour…
Le cœur de l’Évangile, ce que nous sommes appelés à vivre, qui donne sens à notre vie et qui nous donnera de vivre pleinement, quoi qu’il nous arrive, c’est bien cet appel à aimer. Aimer Dieu et aimer notre prochain comme nous-mêmes. Aimer Dieu et donc l’associer à ce que nous avons à vivre, y compris à nos découragements ou nos questions de tous ordres. Aimer et nous aimer les uns les autres comme le Christ nous a aimés (cf. Jn 15).
C’est d’ailleurs ce que nous célébrons et confessons à chaque eucharistie, et ce matin encore.
Alors avec nos offrandes, tout à l’heure, avec le pain et le vin de l’eucharistie, déposons chacun, ce matin, ce qui fait le réel de nos vies, nos joies comme nos peines, nos découragements comme nos motifs d’espérance, nos colères ou nos révoltes aussi, peut-être, et notamment face au silence apparents de Dieu mais aussi face au réel de ces cœurs qui ont tant de mal à se convertir et à vouloir aimer…
Et là, demandons au Christ sa paix, la paix du cœur. Et redisons-lui avec les mots du psaume de ce jour : « Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants. » Amen.