J’ai trouvé très intéressant cette lecture. C’est une sorte d’essai et même d’enquête sur ce qui se vit dans les monastères, l’utopie en actes qui s’y vit concrètement, le pari « politique » de ces hommes et ces femmes dans leur vivre ensemble choisi, et combien ça vient interroger nos modes de vie occidentaux et cette société capitaliste de laquelle nous sommes tellement partie prenante et même plus que cela, « imbibés », si j’ose ce mot.
L’auteur de ces pages est un jeune converti, plutôt anti-capitaliste, du moins en recherche de modes de vie autre. A l’instar de ces jeunes qui ont lancé le mouvement catho « Lutte et contemplation », ou à l’instar aussi du collectif « Anastasis » ou de ce que certains jeunes venaient sans doute chercher et expérimenter un peu à Taizé dans les années 1970-80…
Ces monastères, dans leur création et leur histoire, comme dans ce qu’ils donnent à vivre aujourd’hui, ne sont-il pas comme un contre-modèle qui pourrait nous inspirer aujourd’hui ? N’est-ce pas d’ailleurs le sens spirituel de cette vie-là, indiquer le Royaume et donc un chemin de vie autre que celui de l’esprit du monde ? En revisitant ici toutes les dimensions de la vie monastique : la prière et le sens de la mise à l’écart du monde, mais aussi la question de l’autorité et de la délibération – et donc l’obéissance – ; la question encore de la mise en commun des biens et du travail, etc. Qu’est-ce que tout cela vient dire et interroger pour un vivre ensemble alternatif à ce que nous propose aujourd’hui la société occidentale ? Et comment cela est-il né, en réaction à quel modèle alors ?
Voilà un peu les questions qui traversent ces pages. Et voilà notre jeune auteur qui a lu, qui a visité, qui a essayé de comprendre, qui a interrogé. Il avait travaillé et publié, avant cela, sur la théologie de la libération, livre que j’avais recommandé sur ce blog aussi – on retrouvera ce que j’en écrivais alors en cliquant sur ce lien – ; et voulant poursuivre sa quête, ses recherches, et comprendre de l’intérieur, notre jeune homme a pris son sac à dos et ses baskets – si j’ose dire ! – et le voilà parti de monastères en monastères ; je l’avais alors suivi sur les réseaux, via sa page instagram @monastour qu’il avait alors ouverte pour ce projet...
Ce livre est le fruit de toutes ces rencontres, de ses intuitions aussi, et de ses recherches, ses lectures. Avec une mise en résonance avec ses convictions politiques, sa quête d’un autre-chose, un autre modèle de vie. Alors c’est vrai qu’on sera parfois surpris de certains parallèles avec ce qu’on vécu par exemple les « zadistes » de ND des Landes, ou avec tel ou tel mouvement révolutionnaire d’Amérique du Sud. Mais c’est intéressant, c’est en tout cas une grille de lecture qui nous fait plonger vraiment mais autrement dans ce monde de la vie monastique.
Et franchement on ne perd pas son temps, j’ai trouvé – même si j’ai trouvé aussi que sur la fin ça se traîne un peu en longueur, un sentiment peut-être renforcé par lef ait que dans sa façon d’exposer les choses, de les interroger, et de les mettre en résonance il ya quelque chose d’un peu systématique d’un chapitre à l’autre, c’est un peu toujorus construit pareil et peut-être qu’on s’en lasse un peu, même si je ne suis pas sûr que ce soit voulu comme tel, c’est plus la façon de penser et de mettre en mots, peut-être.
En tout cas je n’ai pas perdu moj temps, c’est original, c’est aussi un peu déplaçant. Et ce qui est intéressant aussi c’est que notre auteur est représentatif d’une frange de jeunes cathos d’aujourd’hui qui sont moins d’une certaine « bourgeoisie » scoute (SUFs ou scouts d’Europe) qui semble majoritaire dans nos lieux d’Eglise, du moins, dans nos paroisses urbaines. Ces autres jeunes-là existent eux-aussi, avec une vraie pensée et un vrai désir d’incarner l’Evangile, mais dans un autrement que ce que notre société capitaliste nous oblige à vivre. Intéressant, même si c’est évidemment à interroger, car aucun modèle ne doit être absolutisé. C’est d’ailleurs cela que tente notre jeune auteur : interroger le possible d’autres façons de vivre ensemble, pour chercher... Et le chemin reste à vivre...
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Timothée de Rauglaudre, La grâce politique du monastère. Une utopie pour notre temps, Seuil, avril 2025, 318 pages, 23€50.