Dimanche 23 novembre 2025 – Solennité du Christ Roi de l’univers (Année C)
2S 5,1-3 / Ps 121 / Col 1,12-20 / Lc 23,35-43
Chaque année je me dis que c’est quand même étonnant cette fête, en tout cas le nom de cette fête, son titre : « Le Christ Roi de l’univers. C’est aussi bizarre comme nom que « Miss univers » cette semaine ! Pourquoi pas inter-galactique pendant qu’on y est, non ?!
Blague à part, ça veut dire quoi fêter le Christ qui est Roi de l’univers ? Indépendamment des considérations politiques de l’instauration de cette fête récente, il y a tout juste 100 ans, dire que le Christ est Roi de l’univers c’est affirmer, c’est même confesser, que sa Royauté est au-delà, au-delà de toute royauté humaine et de tout enjeu politique, justement. C’est affirmer et confesser que le Christ, et donc Dieu lui-même dont il est l’image et le Fils Bien-aimé, est celui qui gouverne toute chose, maître du temps et de l’histoire, maître de la création tout entière.
C’est ce qu’on a entendu dans la 2ème lecture, quand St Paul nous dit du Christ qu’il est « l’image du Dieu invisible (…). Les êtres visibles et invisibles, Puissances, Principautés, Souverainetés, Dominations, tout est créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui. »
Dieu est maître du temps et de l’histoire, maître de la création. Et il nous appelle à faire de lui le maître de nos vies, le roi que nous voulons suivre et pour qui nous voulons nous battre. Avec les armes de l’évangile, évidemment.
Le Christ est Roi de l’univers, au-delà de toute royautés et dominations humaines, nous appelant à vivre toute responsabilité et toute conduite de son peuple à son image à lui, en fils et filles de son Royaume tel qu’il nous le révèle et nous y appelle tout au long des évangiles.
Si demain vous vous sentez appelés à vous engager en politique ou dans la conduite d’une association, il faudra que ce soit en fidèles du Christ. Non pas pour imposer sa Royauté à tous – sa Royauté à lui le Christ –, mais pour guider vos choix, vos décisions, guider votre discernement, et faire ensuite du mieux possible dans les compromis inévitables auxquels toute responsabilité publique et citoyenne oblige.
Celui qui doit guider nos vies et qui doit inspirer nos gouvernances, c’est le Christ Jésus. C’est Dieu qui conduit son peuple et qui veut en prendre soin, c’est Dieu qui nous confie cette terre et ce monde, c’est Dieu qui nous appelle à vivre sa mission de salut, chacun à notre mesure et selon nos talents, nos charismes, nos compétences aussi.
D’ailleurs, si je fais le lien avec la 1ère lecture, les rois d’Israël ne le sont que par délégation de Dieu. En son nom. C’est Dieu, on l’a entendu, qui a choisi David pour être le berger de son peuple, son pasteur, celui qui doit le conduire et en prendre soin, le nourrir aussi, le protéger. Et c’est sous le regard de Dieu qu’il est consacré, qu’il est envoyé en mission – sous son regard ça veut dire en son nom et ça veut sans doute dire qu’on a prié, qu’on a confié cette mission à Dieu, que Dieu soit la force de David, sa lumière aussi.
Et si je vous rappelle tout ça c’est parce que dans le 1er livre de Samuel, donc juste avant celui de notre 1ère lecture – nous c’était dans la 2ème livre de Samuel, c’est la suite de l’histoire –, en 1S 8, il y a ce passage qui me fait toujours un peu sourire où Israël demande à Dieu d’avoir un roi en chair et en os, comme les autres peuples. Parce que c’est bien sympa que Dieu soit son roi, mais concrètement faut bien qu’il y ait des gens sur le terrain qui prennent les décisions !
Et puis concrètement aussi c’est sympa que ce soit Dieu le roi de son peuple mais les autres ne le voient pas, or un roi ça doit montrer la puissance et la richesse de son peuple face aux autres. Et c’est bien le problème. C’est en tout cas ce que Dieu va dire au peuple : « Ok, tu veux un roi, mais t’es vraiment sûr de toi ? Ton roi il va vouloir rivaliser avec les autres rois, il va vouloir montrer qu’il est fort et puissant, il va enrôler tes fils pour ses armées, il va prendre tes filles pour son service, il va vouloir tes richesses pour son palais, etc. etc. » ; et le peuple répond – je le dis avec mes mots à moi – : « C’est pas grave, ok quand même, no soucy, ça va l’faire, on va se débrouiller ! » Et la suite, ben c’est le début des problèmes, les rivalités internes, les guerres, etc. etc.
Celui que nous devons suivre, celui qui est notre roi, celui qui nous appelle à faire advenir son Royaume et que tous y aient part un jour, c’est Dieu lui-même, et c’est donc le Christ puisqu’il est venu pour nous révéler ça en chair et en os et nous donner d’entendre d’homme à hommes ce que Dieu veut nous indiquer comme chemin, comme chemin de vie et de bonheur véritable.
Ceci dit, ce roi qui nous est donné en exemple, ce roi que nous devons suivre, ce roi qui doit nous apprendre comment vivre nos propres engagements, ce roi ben c’est celui que nous voyons sur la Croix – c’est l’évangile qu’on vient d’entendre. Et là on le droit de se dire qu’y a quand même un hic, un truc qui marche pas – en tout cas à vue humaine !
C’est quoi ce roi qui n’a pas d’armée pour se défendre ? C’est quoi ce roi dont le trône c’est un instrument de torture et de mise à mort terrible ? C’est quoi ce roi qui n’a pour seule richesse visible qu’une couronne d’épine – en plus ça doit faire atrocement mal !? C’est quoi ce roi quasi nu et qui est exposé aux regards moqueurs de tous !?
Franchement ça fait pas trop envie comme modèle à suivre !
Mais justement – et là je ne vous apprends rien –, ce roi-là il nous dit autre chose, il nous montre un autre chemin qui est en fait bien plus fécond, et qui, en fait, va en mettre plein la vue, autrement, mais réellement, la preuve on en parle encore plus de 2000 ans après, et plus de 2000 ans après on veut le suivre et apprendre à entrer dans sa logique de vie à lui. La preuve, on est là, alors qu’à vue humaine ça n’a quand même pas grand sens que de contempler ce roi-là et de croire qu’il peut nous sauver, nous protéger du mal, nous conduire et nous ouvrir à la vie éternelle ou au bonheur sans fin – le Paradis, quoi.
Eh ben si… J’vous la refais pas mais on la connaît la fin de l’histoire, ou plutôt la suite et tout ce que ça appelle pour nous. Ce Royaume que le Christ est venu nous révéler c’est celui d’une vie où le mal et la mort n’auront pas le dernier mot, malgré les apparences premières et immédiates, un Royaume où la seule arme de destruction massive de tout mal c’est la miséricorde et la justice, c’est de croire que tout être qui voudra bien se convertir ou se laisser convertir peut être sauvé, que tout homme et que toute femme vaut plus que tout acte, aussi mauvais soit-il, aussi profondément enraciné serait-il…
La toute-puissance de notre roi c’est celle de l’abaissement dan l’amour, qui désarme les cœurs, qui offre le pardon et qui ouvre là un chemin de relèvement, de remise en route et de confiance en la vie malgré tout – et même de confiance en soi, en l’autre, et en Dieu, un Dieu qui existe et qui est là avec nous, un Dieu qui veut le salut.
Et ça, on le sait bien puisque finalement on le dit tout le temps. Eh ben ça nous appelle, ça nous engage ! A croire en l’autre, à le voir avec les yeux de Dieu qui veut le salut pour tous. Ça nous appelle à nous faire proche et à entendre ce que l’autre vit et porte, et à trouver ensemble un chemin pour avancer ou se remettre en route.
Et ben ça, ça se décrète pas dans des bureaux de ministres dorés à l’or fin, ça se vit, patiemment, humblement, au fil des rencontres et donc au fil des jours. Comme Jésus a fait, comme Dieu a fait en venant nous rejoindre, en s’incarnant.
Et oui, parfois on sera comme la foule de l’évangile de ce soir, parfois on va douter de cette puissance-là de salut, on va espérer des miracles qui en mettent plein la vue et qui montrent la puissance de Dieu. Sauf que Dieu nous dit qu’il y a plus fécond que cela, que tous ces trucs qui en mettent plein la vue ça peut n’être que du feu de paille, et qu’on est appelé à bien plus que cela, mais qui est, en apparence, bien plus humble : juste aimer, aimer l’autre qui est là, aimer l’autre qui souffre, se faire proche, aimer l’autre qui fait le mal, entendre ce qui se joue là et discerner ensemble quel chemin, malgré tout, pourrait s’envisager. S’envisager, c’est-à-dire de visage à visage, à hauteur d’hommes.
Alors oui c’est pas la voie de la facilité d’une armée qui raserait tout sur son passage. C’est celle de cette armée de bras-cassés que nous sommes, tous pécheurs, mais qui voulons suivre le Christ et qui osons croire que Dieu est là, que Dieu nous accompagne, que Dieu entend notre prière, que Dieu peut faire des miracles, mais dans l’humble quotidien de ce que nous virons jour après jour de l’Évangile, et à son école…
Cette fête du Christ-roi c’est finalement l’invitation à contempler le Christ en la toute-puissance de l’amour qui se donne jusqu’à mourir pour nous, pour nous sauver du péché et de tout mal, pour nous ouvrir un passage au-delà du mal et de la mort qui semblent avoir le dernier mot de notre vie à tous. C’est une fête de l’espérance, celle d’un autre monde possible, où nous soyons artisans de paix, d’amour et de pardon. Et c’est pas « bisounours », c’est ça qui sauve le monde et qui le sauvera jour après jour, l’air de rien !
Voilà le Royaume qui nous est promis, et même plus que cela, qui nous est confié. Chacun avec ce que nous sommes et ensemble – St Paul nous l’a rappelé dans la 2ème lecture : nous sommes le Corps du Christ, et donc sa présence en actes aujourd’hui et avec lui. C’est notre mission et c’est ce que nous célébrons à chaque eucharistie où nous devenons ce que nous allons recevoir : le Corps du Christ. Amen.