Homélie 1er janvier 2026 Sainte Marie Mère de Dieu

[au Musée des Beaux-arts de Bordeaux]

[au Musée des Beaux-arts de Bordeaux]

Solennité de Ste Marie Mère de Dieu

Cathédrale Notre-Dame de Grenoble

Nb 6,22-27 / Ps 66 (67) / Ga 4,4-7 / Lc 2,16-21

 

Avec ces textes, et notamment cette page d’évangile, nous sommes vraiment dans le prolongement de Noël, nous sommes encore au cœur des fêtes de la Nativité, mais de façon particulière, invités à nous arrêter avec la Vierge Marie, invités à rester encore un peu à la crèche, avec elle ; et à contempler, comme elle.

Alors regardons et écoutons. Avec Marie.

Elle est là, mère de ce petit enfant dont elle sait qu’il est don de Dieu pour elle et plus encore pour notre humanité. Et même plus que cela, puisqu’il est Fils de Dieu. Dieu lui-même qui vient nous visiter. Dieu qui aura tenu promesses, les promesses à Israël du Messie et du salut. C’est ce qu’on a entendu au fil des liturgies de l’Avent, et à Noël.

Alors Marie est là, à la crèche, aux côtés de son petit qui n’est autre que Dieu lui-même venu en notre chair…

Je ne sais pas bien si on réalise ce qui se joue là. Et ce qui doit habiter le cœur de Marie… D’ailleurs, que nous dit-on à ce propos ? Qu’elle « retenait tous ces évènements et les méditait dans son cœur ».

Voilà à quoi nous sommes appelés nous aussi, avec Marie : retenir tout cela, le méditer ; et j’ai envie de dire aussi : nous laisser former, nous laisser façonner par tout cela, l’accueillir et le laisser prendre corps en nous. Nous laisser faire, quoi, par ce mystère que nous célébrons, ce mystère de la venue de Dieu en notre humanité, son incarnation.

Alors, avec Marie, regardons – écoutons… Et méditons ce qui lui a été rapporté par les bergers, ce qui leur a été dit et qu’ils lui racontent, « ce qui leur [a] été annoncé au sujet de cet enfant » et que, nous, nous avons entendu lors de la messe de la nuit de Noël. Rappelez-vous :

« L’ange du Seigneur se présenta devant eux [les bergers] et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu », etc.

Voilà ce qu’ils ont entendu, les bergers, voilà ce qu’ils racontent à Marie. Et Marie doit être toute bouleversée d’entendre ce « Ne craignez pas » et de réentendre-là ce que l’ange lui avait dit à elle aussi, quelques mois plus tôt, à l’Annonciation : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils », etc. – Dieu a tenu promesses… Et en plus, de l’entendre maintenant en contemplant Jésus qui est là devant elle, petit-enfant bien fragile dont elle va devoir prendre soin au fil des jours et des années…

Je ne suis pas sûr qu’on mesure ce qui habitait le cœur de Marie, là à la crèche… Et pourtant il nous faut nous aussi entrer avec elle dans cette contemplation, cette contemplation qui se fera silence et écoute d’une Parole. Entrer dans cette contemplation et y goûter cette paix promise qui devait envelopper et habiter déjà la crèche de Bethléem…

Ce tout-petit, nous le savons, c’est le Christ, le Messie, l’envoyé de Dieu, le Sauveur. Et c’est ce nom qu’il reçoit : Jésus, « Dieu-sauve » : Dieu vient nous sauver du mal et de la mort, il vient nous sauver du péché et de toute peur, en se faisant l’un de nous. Il vient nous sauver de l’intérieur, au cœur de notre humanité ; il vient partager notre condition humaine pour nous entraîner avec lui en ce salut promis par Dieu. Elle est là la bonne et la grande nouvelle pour nous aujourd’hui encore !

Alors accueillons et méditions tout cela, nous aussi, retenons cela, et laissons cela nous habiter et nous former de l’intérieur, au cœur de ce que nous vivons chacun, et peut-être même au cœur de ce que nous traversons, au cœur de ce qui nous semble peut-être obscur ou ténébreux. Laissons-nous éclairer par le Christ qui vient et qui est là. Laissons-nous habiter de sa paix qui va nous ouvrir à la joie que Dieu vient offrir et qui est promise, même au cœur des épreuves…

Mais pour cela il nous faudra nous poser avec lui, le Christ. Nous arrêter. Comme Marie dans la crèche… Et comme elle, avec elle, apprendre à entendre et à garder ce qui nous sera dit de lui au fil des jours et des semaines ; nous laisser rejoindre, interpeler, questionner peut-être, en gardant les yeux sur lui, le Christ, et sur ce mystère de sa venue en notre humanité, sa venue pour nous sauver, au cœur des nuits de nos vies et de ce mal qui parfois nous cloue au sol…

Et là, contemplons en lui, Jésus, le visage du Père, ce Dieu-Père très aimant qui veut se donner à connaître, aujourd’hui encore ; ce Père miséricordieux qui veut pour nous tous la consolation, le pardon et la vie, et qui veut nous donner d’avancer sur des chemins de confiance et d’espérance.

Et là – là encore –, croyons que ce ne sont pas que des mots, mais que c’est vraiment Bonne nouvelle pour nous encore, Bonne nouvelle pour nous aujourd’hui ! Que Jésus est là, avec nous, et même qu’il vient et qu’il veut établir sa demeure en nous, pour naître en nous et par nous en ce monde, aujourd’hui encore. C’est ce que nous célébrons à chaque eucharistie, et ce matin encore.

Alors oui, demandons au Seigneur, demandons-lui d’y croire vraiment et de nous laisser éclairer par cette Bonne nouvelle. Qu’elle vienne dissiper les ténèbres de notre vie à chacun mais aussi celles du monde qui est traversé toujours et encore par le mal et la violence, par la guerre aussi et par toutes crises qui peuvent fragiliser notre confiance en l’avenir.

Et demandons pour cela au Seigneur la grâce d’apprendre, cette année encore, à nous tenir à ses côtés, à nous arrêter avec lui, et à écouter sa Parole, pour qu’elle vienne modeler nos cœurs et toute notre vie à chacun. Et que là nous fassions l’expérience de sa paix et de sa présence, l’expérience aussi d’une lumière qui peut nous aider à avancer…

Demandons tout cela au Seigneur, si vous le voulez bien. Et nous le lui demandons avec Marie sa mère, puisqu’elle intercède pour nous… Et avec elle, Marie, nous prenons le temps de rester un peu en silence, là maintenant ; et de déposer dans la crèche et sur l’autel de l’eucharistie, déposer tout ce qui nous habite en ce jour, y compris toutes nos attentes bien concrètes de salut et de paix. Amen.

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