Homélie dim. 21 déc. 2025

Dessin reprenant la grande statue qui est dans la basilique Saint-Joseph de Grenoble

Dessin reprenant la grande statue qui est dans la basilique Saint-Joseph de Grenoble

4ème dimanche de l’Avent - Année A

Is 7,10-16 / Ps 23 / Rm 1,1-7 / Mt 1,18-24

 

Je ne sais pas si vous vous rappelez, mais on est entré en Avent avec l’appel à veiller, veiller le Seigneur qui vient, et dans la 2ème lecture St Paul nous disait alors qu’il fallait sortir de notre sommeil – sortir de nos endormissements – pour attendre la venue du Christ et du coup pour l’accueillir et pour « transformer l’essai » – comme St Joseph dans ce qu’on vient d’entendre !

Et c’était ça un des enjeux de ce temps de l’Avent qui est presque fini : entendre à frais nouveaux les promesses de Dieu, et contempler comment cela s’est accompli en Jésus, en sa venue.

Et c’est ce qu’on va fêter tout particulièrement à Noël, dans quelques jours : Dieu qui a tenu promesses, le Messie annoncé est donné, en ce petit enfant qui vient…

Pourquoi je vous fais ce soir ce rappel-là ? Parce que les textes qu’on vient d’entendre nous font entrer dans cette dynamique-là, de façon très évidente. Je m’explique :

  • Qu’est-ce qu’on a entendu dans la 1ère lecture ? Dieu qui promet un signe, la vierge qui va enfanter, et qui va enfanter un enfant qui s’appellera Emmanuel, Dieu-avec-nous.
  • Et qu’est-ce qui se passe dans l’évangile de ce jour ? Joseph reçoit cette Parole de l’ange qui lui dit que Marie sa promise, Marie qui est enceinte, c’est celle par qui Dieu fait advenir cette promesse, par elle va nous être donné cet enfant qui sera l’Emmanuel Dieu-avec-nous.

Et Joseph – Joseph qui est un homme de foi, pétri sans doute de la Parole de Dieu et qui sait donc ces promesses de Dieu dont nous a parlé Isaïe tout au long de ce temps de l’Avent –, Joseph il ne peut que consentir à dire « oui » au Seigneur.

Et c’est parce que Joseph est ouvert à ces promesses, et c’est parce qu’il vit dans cette attente du Messie, qu’il ne se dit pas, comme nous souvent, après une nuit agitée, que c’était un mauvais rêve et que la journée va être longue et difficile.

Et ça, ce que vit St Joseph, c’est exactement ce que nous sommes appelés à vivre nous aussi : accueillir la Parole que Dieu nous adresse et y consentir ; entrer dans les promesses de Dieu, y croire, et en vivre. Et ça, figurez-vous que ça ne va pas tomber du Ciel comme par magie, ou plutôt, comme pour Joseph ça va être possible si nous avons un cœur large et prêt à recevoir ce que Dieu nous dit et nous dira.

Joseph, nous a dit l’évangile, « était un homme juste ». Comme Abraham avant lui dont on dit aussi que c’était un « juste » devant Dieu – ou aux yeux de Dieu. C’est-à-dire « ajusté » à ce que Dieu veut pour nous, un homme confiant dans les promesses de Dieu, un homme au cœur large qui se laisse conduire par la foi.

Et pour reprendre l’expression de St Paul dans la 2ème lecture : un homme qui vit dans « l’obéissance de la foi ». C’est-à-dire : dans l’écoute profonde de ce qui est dit et donc de ce qui est promis – c’est ça l’obéissance, c’est l’écoute profonde, et d’y répondre, de mettre en pratique – ; dans l’écoute de ce qui est dit et de ce qui est promis, avec confiance – c’est ça la foi.

Avec confiance car Dieu veut notre bonheur, Dieu veut pour nous un chemin de vie, Dieu veut même pour nous le salut, être pleinement vivants, relevés, en marche avec lui, quelles que soient nos doutes ou nos questions, quelles que soient nos épreuves ou les nuits que nous traversons.

Eh bien « l’obéissance de la foi », la confiance à répondre aux appels reçus et entendus, ça ne tombe pas du Ciel, ça suppose qu’on se laisse former par Dieu lui-même et donc par sa Parole déjà, par les Écritures, comme disait St Paul dans la 2ème lecture. Qu’on entende qui est Dieu, comment il s’y prend, comment il veut nous rejoindre, et à quoi il nous appelle…

Entrer dans les promesses de Dieu… Alors nous pourrons répondre, et comme Joseph y aller, nous mettre en route. Sortir de notre sommeil et de nos endormissements. Parce que nous mettrons notre confiance en Dieu et en sa Parole. Comme Joseph avec ces mots de l’ange qui font forcément déclic en lui qui connaît le livre d’Isaïe…

Alors vous allez me dire, que pour lui, Joseph, c’est facile, c’est quand même celui que Dieu a choisi, et on n’est pas tous St Joseph, et que ce n’est pas si facile de savoir ce que Dieu veut pour nous, y compris de savoir si ce qu’on entend au plus profond de nous ça vient vraiment de Dieu ou pas ?!

Et c’est vrai, c’est une vraie question ! Et c’est pour ça qu’il faut se faire aider, je pense notamment à l’accompagnement spirituel, pour apprendre à discerner ce qui vient peut-être de Dieu et ce qui vient par contre de mes projections à moi, peut-être, de mes p’tits rêves ou de mes p’tits désirs de je ne sais quoi. Ça s’apprend. Mais ça s’apprend toujours sur une base qui est la même que pour St Joseph : se laisser former par les Écritures et par la Parole de Dieu.

Et comme St Joseph, je vais apprendre à mettre en résonance ce que je crois entendre de Dieu comme appel – et par exemple ce que j’entends comme appels du monde, autour de moi ou en moi –, le mettre en résonance avec la Parole de Dieu priée et méditée au fil des jours.

Et je le redis, l’enjeu de notre vie chrétienne à tous c’est d’apprendre à entendre qui est Dieu, comment il s’y prend avec nous, quel chemin de bonheur il nous propose, et comment il vient là nous rejoindre. Et ça, ça va se faire peu à peu, grâce à une lecture priante des Écritures. Et un jour tel passage ou tel verset va faire comme un déclic en nous avec telle question que nous nous posons, ou tel appel que nous entendons au fond de nous. Et on se dira : là y’a quelque chose à entendre, et visiblement Dieu m’appelle peut-être à y aller. Peut-être ça me déplace et ça me bouscule, peut-être au contraire ça vient répondre à un désir profond qui était là en moi, alors ok, on y va, et on verra ce qui-là se produit, comment c’est fécond ou pas, comment ça me permet de vivre concrètement les appels de l’Évangile…

C’est ce qui s’est passé pour St Joseph. Il a un cœur large et prêt à cela. Il connaît les promesses de Dieu et les attentes de son peuple ; et puis au fond de lui il aime Marie et au fond de lui il ne veut pas qu’il lui arrive quelque chose de mal – c’est bien pour cela qu’il ne voulait pas la répudier publiquement, ça aurait été la catastrophe pour cette pauvre jeune fille, elle aurait été moquée et montrée du doigt, peut-être même bannie du village ; non, au fond de lui, il l’aime, il veut son bonheur. Son cœur est large et tout aimant, à l’image de Dieu lui-même.

Et c’est le chemin de vie qui nous est proposé à nous aussi : permettre à Dieu de venir élargir notre cœur aux dimensions de son amour, et accueillir dans le réel concret de ce que nous vivons le Christ-Jésus, le Christ Parole de Dieu, pour lui permettre d’être engendré aujourd’hui encore à ce monde qui en a tant besoin.

Lui permettre du coup d’être lumière pour nos vies, au cœur des nuits que nous traversons parfois ; lui permettre ainsi de venir transfigurer nos épreuves et nos découragements par sa présence et par cette paix du cœur qu’il promet ; et puis lui permettre aussi de faire œuvre de salut, au cœur de tout mal, de toute violence et de tout péché, et au cœur de tout chemin de mort quel qu’il soit...

St Paul nous l’a rappelé dans la 2ème lecture : celui que nous allons fêter à Noël, celui que notre cœur veut accueillir, c’est le Fils de Dieu « qui, selon la chair, est né de la descendance de David et, selon l’Esprit de sainteté, a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur. » Sa résurrection, qui ouvre pour nous un chemin de vie ; sa résurrection qui est la victoire de la vie sur tout mal…

Alors nous voilà quasiment au terme de notre temps de l’Avent, il nous reste quelques jours à peine avant Noël. Peut-être on pourrait se demander chacun qu’est-ce qu’on aura reçu au fil des semaines, je pense à telle Parole des Écritures qui nous aura marqué, ou telle phrase reçue de je ne sais qui dans un temps de Frat’ ou dans tel enseignement audio ou au cours de la retraite la semaine dernière ou dans ma prière, je ne sais…

On pourra aussi offrir au Seigneur, dans le silence de nos cœurs, telle attente qui nous habite, telle demande de salut, ou telle promesse qu’il nous fait dont nous attendons encore la réalisation…

En tout cas, c’est au cœur de tout cela que le Seigneur nous promet sa venue, au cœur de ce que nous vivons, au cœur du réel concret de nos jours et de ce qui nous est donné de joies comme de questions ou d’épreuves.

Alors, bien humblement, demandons-lui qu’il vienne-là nous rejoindre, qu’il vienne éclairer un peu notre chemin, qu’il vienne y déposer un peu de paix, qu’il vienne et que nos cœurs, surtout, soient larges pour accueillir ce qui sera donné et pour apprendre à le voir et à en vivre…

Et on peut le demander dès maintenant, en cette eucharistie déjà, car déjà il se donne à nous par sa Parole que nous venons d’entendre mais aussi par le mystère du Pain de Vie ; il vient établir sa demeure en nous, pour que déjà nous vivions de lui, et que déjà nous l’enfantions à ce monde, à notre petite mesure mais toute notre mesure.

Alors oui, nous prions quelques instants, avec ce qui nous habite là maintenant, et que nous déposons dans le cœur aimant de Dieu. Amen.

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