Samedi 10 janvier 2026 - Baptême de Suzanne K.
Ez 36,24-26 / Ps 26 / Mt 22,35-40
Je ne sais pas comment vous recevez ces textes qu’on vient d’entendre ni même comment vous vous situez les uns les autres par rapport à ce qu’on est en train de vivre avec cette célébration – ou par rapport à votre propre baptême, pour ceux d’entre nous qui sommes baptisés. Mais en méditant un peu ces textes, hier, et en préparant ces quelques mots, je me disais que ce baptême de Suzanne c’est finalement une occasion qui nous est donnée à chacun de se demander le sens tout ça, et du coup qu’est-ce que ça vient dire de la vie chrétienne…
La première chose qu’on pourrait avoir en tête c’est que la vie chrétienne c’est une vie en chemin. C’est un chemin pour apprendre à croire qu’il y a un Dieu qui existe et qui est là et pour apprendre à le connaître et à le faire partenaire de notre vie. A l’école et à la suite du Christ Jésus.
Et c’est pour cela que nous écoutons ces textes de la Parole de Dieu dans toutes nos célébrations. Avec ce qu’on vient d’entendre dans l’évangile qui est le cœur du cœur de ce qui nous est proposé à vivre : cet appel à aimer. Nous croyons qu’il est là le chemin du bonheur véritable. Pour notre vie à chacun et dans nos relations et aussi pour ce monde qui est tellement défiguré par le mal et la violence des hommes.
Aimer c’est concret et ça n’est pas « fleur bleue ». Aimer c’est prendre soin de l’autre qui est là, aimer c’est vouloir pour l’autre un chemin de vie qui rende vivant, et puis c’est croire que l’autre a quelque chose à apporter à ce monde, malgré tout parfois, malgré ce mal qui nous traverse chacun. Et Jésus le dit dans les évangiles : aimer et pardonner c’est indissociable.
Ça aussi c’est un chemin, c’est à apprendre, et ce sera à remettre en travail souvent, parce qu’on résiste et que c’est difficile de pardonner vraiment et parfois même de le vouloir. Y compris dans nos relations familiales, on le sait bien…
Du coup cet appel à aimer qu’on a entendu dans l’évangile, ce « commandement » (comme disait Jésus), c’est vraiment un appel et c’est laissé à notre responsabilité. Mais en nous appuyant sur cette Bonne nouvelle d’un Dieu qui nous aime et qui veut nous apprendre à aimer à sa suite.
C’est un chemin, le chemin d’une vie. Qui appelle qu’on veuille vivre pour le bien, malgré nos manquements à l’appel parfois – notre « péché », comme on dit. Qui appelle qu’on veuille bien se donner les moyens de rejeter le mal, et qu’on le décide, même si on sait bien que malheureusement on trébuchera parfois. Et c’est le sens de ce petit rite que nous vivrons juste avant le rite du baptême proprement dit, ce qu’on appelle la renonciation au mal.
Et comme disait la 1ère lecture, nous avons besoin d’être purifiés de ce péché, de cette capacité au mal qui nous caractérise, et il nous faut apprendre à demander à Dieu lui-même de nous y aider, de nous donner à croire que c’est possible, et le lui demander. Si nous voulons bien croire qu’il existe et qu’il peut faire quelque chose pour nous.
C’est la demande qu’on a entendu dans la 1ère lecture encore, que Dieu transforme nos cœurs de pierre en cœur de chair, capables de compassion et de miséricorde, de pardon, plutôt que de se fermer à la souffrance de l’autre ou de lui en envoyer plein la figure – si j’ose cette expression !
La question du mal qui traverse nos vies ce sera aussi de demander à Dieu qu’il nous protège du mal qui nous tombe dessus ; et c’est ce que dira la prière d’imposition de la main, dans quelques instants. Lui demander sa force dans les épreuves.
Tout ça, nous allons l’apprendre peu à peu et apprendre peu à peu à y croire en nous mettant à l’écoute de la Parole de Dieu où nous allons entendre qui est Dieu, comment il s’y prend avec nous, comment il se donne à connaître et à quoi ça nous appelle peu à peu et concrètement.
On va y entendre aussi ce que veut dire prier, et puis l’appel à nous aider les uns les autres, à nous soutenir sur ce chemin, nous épauler ; et c’est ça l’Église, c’est ça l’enjeu à nous rassembler de célébration en célébration, mais aussi dans une vie paroissiale où on puisse apprendre à se connaître les uns les autres.
C’est en tout cas ce chemin-là que nous souhaitons pour Suzanne et c’est bien sur ce chemin-là que nous voulons la mettre avec cette célébration. Et là, peu à peu, comme nous, elle va apprendre à découvrir qu’il y a un Dieu qui est là, qui nous aime comme un Père tout-aimant, qui nous appelle ensemble, fils et filles de ce Dieu-Père, frères et sœurs en Christ, appelés à vivre cet appel à aimer, appelés à le vivre en paroles et en actes, au cœur-même de cette humanité blessée de laquelle nous sommes, et avec tous.
Car ce besoin d’aimer et être aimé qui donne sens à toute vie, eh bien il est universel, il n’est pas l’apanage des chrétiens, mais par contre il est comme une mission que nous recevons de Dieu, à notre petite mesure mais toute notre mesure.
Alors pour Suzanne, le chemin commence, il faudra oser se jeter à l’eau, peu à peu, au fil de sa vie. L’eau du baptême évidemment ! En apprenant à compter sur Dieu et donc à le connaître, et en apprenant à compter les uns sur les autres, en Église, pour que la foi qui est en germe puisse grandir et devenir une force de vie, y compris au cœur des épreuves qui traversent toute vie – on le sait bien.
Ce chemin c’est aussi celui sur lequel on est appelé à avancer, chacun, là où nous en sommes chacun de notre vie de foi, qu’elle soit évidente ou qu’elle soit parfois une question voire une hypothèse…
Je vais m’arrêter là, je ne sais comment vous vivez cela les uns les autres, comment ça résonne pour vous, de là où vous en êtes… Je propose qu’on prenne quelques instants de silence, bien simplement, juste pour laisser tout ça descendre en nous et pour recueillir ce que ça vient éveiller, ce que ça fait remonter. Et bien simplement nous l’offrons au Seigneur, dans le silence de nos cœurs – c’est prière. Qu’il vienne là nous rejoindre ce matin. Et qu’il nous éclaire de sa présence.
C’est en tout cas ce que je souhaite pour ce chemin de vie qui s’ouvre pour Suzanne et plus largement pour nous tous, avec ce que nous sommes et comme nous sommes. Amen.