Notre Eglise diocésaine fêtera cette année les 180 ans de l’apparition à la Salette de « la Belle Dame ». C’était un 19 septembre, en 1846, au soir des 1ères vêpres de la fête de Notre-Dame des Douleurs. A la Salette, celle qui apparaît aux deux petits bergers, Mélanie et Maximin, pleure sur ce peuple qui souffre et qui se détourne de Dieu. Elle nous appelle à prier et à nous convertir.
Pour qui découvre le message, il peut paraître un peu difficile, rude, mais aussi étonnant – notamment quand « la Belle Dame » reprend à son compte des paroles qui sont celles de Dieu lui-même. Elle est là prophète du Seigneur, elle nous transmet son message de Père qui espère le retour de ses enfants. Et elle nous parle de son Fils, de sa main lourde de tout notre péché qu’il retient et porte avec nous, qui fatigue du poids de ce mal qui traverse nos vies et ce monde. C’est l’appel à la conversion, présent dans tant d’apparitions mariales.
Le message et sa compréhension ont pu être comme « obscurcis » par des interprétations ou des récupérations qui ont marqué les années qui ont suivi le fait de la Salette et par des certains milieux pseudos-religieux qui les ont propagé et diffusé. Il y a aussi eu l’affaire des « secrets » et ces enfants qui furent finalement peu protégés d’une espèce de course au merveilleux voire même de certaines récupérations politiques. Et cela rend les choses complexes, non seulement pour démêler le vrai du faux, dans ce qui se raconte et continue parfois de se dire, mais aussi, du coup, pour entendre vraiment le message lui-même.
Le P. Jean Stern, prêtre missionnaire salettin, a voué sa vie à la recherche historique sur le « fait » de l’apparition, sur les années de discernement ecclésial aussi, et sur tout ce qui pu graviter autour, déformer le message, embrouiller aussi les dire des deux enfants. Il a produit un travail colossal, jusque sur son lit de mort où il achevait ce livre-ci qui motive ce post et que je viens de lire.
L’intérêt de ces pages c’est d’entrer dans l’histoire de l’apparition, non seulement ce qui se passa ce jour-là sur la montagne de la Salette, mais ce qui s’en suivit : le message, les enfants eux-mêmes, la dévotion et les pèlerinages qui prirent tout de suite de l’ampleur, et puis les longues années d’enquête ecclésiale, ainsi que ces interprétations ou falsifications et récupérations dont je faisais mention plus haut. Et c’est passionnant à lire, mais aussi de comprendre comment l’Eglise a peu à peu statué quant à ce « fait » de la Salette, cette mystérieuse rencontre…
On pourra trouver pourtant que c’est un peu court sur le sens spirituel du message, qui mériterait qu’on prenne le temps d’entendre, de mettre en résonances avec la tradition biblique mais aussi spirituelle de l’histoire de l’Eglise. On trouvera aussi que c’est (ici) un peu court quant à la rencontre entre Maximin et le saint Curé d’Ars et surtout quant à la rétractation, alors, de Maximin – mais on sait par ailleurs que St Jean-Marie Vianney reviendra sur son jugement négatif, et l’on sait également pourquoi Maximin fit le choix de ce revirement troublant et en reviendra (tout cela, on peut l’approfondir dans d’autres livres du même P. Jean Stern, mais ici avouons que c’est un peu court).
En tout cas, pour qui veut découvrir le « fait » et le message de l’apparition, mais aussi pour qui veut comprendre ce que veut dire discerner en Eglise, alors vous ne perdrez pas votre temps, d’autant plus si vous êtes féru d’histoire. Car on voit bien dans ces pages combien l’histoire locale a joué tout au long de ces années de lente reconnaissance de l’apparition, et combien l’histoire politique nationale ne fut jamais bien loin. C’est du coup une plongée intéressante dans ces années d’histoire de l’Eglise en France – que pour ma part je ne connais que très peu.
Pour qui voudrait une lecture plus spirituelle et biblique du message, il faudra attendre quelques mois encore pour découvrir le futur Prier 15 jours avec la Vierge de la Salette (éditions Nouvelle Cité) – sur lequel travaille mon confrère Emmanuel Decaux. Mais on pourra déjà se reporter au petit livre de la Sr. Sophie Richer (s’il est encore disponible), écrit à destination de familles avec enfants mais que j’avais trouvé plutôt bien fait et même précieux quant à une compréhension simple (mais non simpliste ou édulcorée) du message et du contexte : Faites-le passer à tout mon peuple (éditions Osmose, juillet 2021).
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Jean Stern, L’apparition à la Salette de la Mère du Sauveur. Son message discerné en Eglise (préface du P. Emmanuel Decaux), L’Harmattan, coll. religions et spiritualité, septembre 2025, 232 pages, 25€.