2ème dimanche du Temps Ordinaire – Année A
Is 49,3.5-6 / Ps 39 / 1Co 1,1-3 / Jn 1,29-34
Ce matin en me levant j’étais persuadé qu’aujourd’hui c’était le « Dimanche de la Parole de Dieu » – en fait c’est la semaine prochaine –, et j’ai commencé à me demander comment j’allais faire les liens avec ces textes qu’on vient d’entendre et avec le sens ou l’enjeu de ce « Dimanche de la Parole de Dieu ». Pas de chance, c’est la semaine prochaine et y’a fallu que je m’y remette – et que je m’y remette autrement, du coup.
Je réalise qu’on est le 18 janvier – ça n’est pas un scoop ! –, et que c’est donc aujourd’hui que commence la Semaine annuelle de prière pour l’unité des chrétiens – chaque année du 18 au 25 janvier, depuis plus d’un siècle.
Et là je me pose deux questions, que je vous partage :
Alors de quoi ça parle ces textes qu’on vient d’entendre ?
Dans l’évangile on a vu qu’il y a Jean-Baptiste et Jésus, et on l’a entendu, Jean-Baptiste désigne Jésus de ce titre un peu étonnant mais qui pour un juif fait une sorte de déclic en lui : « Voici l’Agneau de Dieu » ; et là tout bon juif qui connaît les Écritures pense au serviteur souffrant d’Isaïe, celui qui est mené à l’abattoir comme un agneau sans défense, cet envoyé de Dieu qui se laisse conduire – ce même serviteur dont il était question dans la 1ère lecture, qui a du prix aux yeux de Dieu, Dieu qui lui donne sa force.
Et nous, normalement ça nous fait penser à une parole de la messe qu’on entendra tout à l’heure, juste avant la communion, cette même parole : « Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève les péchés du monde ». Nous croyons que dans le mystère du Pain et du vin consacrés, Jésus est présent et vient nous rejoindre, qu’il vient établir sa demeure en nous, pour que nous devenions à notre tour sa présence, ses témoins pour aujourd’hui – et même, avec lui, à sa suite : lumière(s) pour les nations, comme disait la 1ère lecture…
Là vous êtes en train de vous dire, ok, mais il est où le lien annoncé avec la question de l’unité des chrétiens ? et c’est une bonne question ! J’y viens justement.
Deux choses me frappent dans cette page d’évangile : une phrase étonnante, d’abord, que Jean-Baptiste dit même à plusieurs reprises, et puis cet appel à regarder l’Agneau de Dieu, à le voir qui est là, et à le reconnaître comme Fils de Dieu, grâce à l’Esprit Saint.
La phrase étonnante c’est quand Jean-Baptiste nous dit qu’il ne connaissait pas Jésus. C’est quoi cette histoire ? On nous dit d’habitude que c’est son cousin !? Moi je croyais qu’ils avaient joué aux billes ensemble et à cache-cache, peut-être même fait du foot dans le jardin ! Mais Jean-Baptiste nous dit qu’il ne connait pas Jésus.
Et là, faut qu’on prenne un peu de hauteur, ou plutôt faut qu’on prenne un peu de profondeur spirituelle. Ça veut dire quoi « connaître » ? Et même ça veut dire quoi dans la Bible et notamment dans l’évangile de Jean ?
Connaître c’est l’union intime. On dit d’Adam et Eve qu’Adam connut sa femme (Gn 4,25) et ils eurent des enfants… Connaître c’est comprendre vraiment l’autre, mais avec le cœur, c’est l’aimer, c’est être pour toujours avec lui ; et Jésus nous dira en Jn 17,3 que la vie éternelle c’est de connaître Dieu le Père et lui, Jésus, son envoyé.
Connaître. Être unis, se comprendre et s’aimer de cœur, de corps et d’esprit. Être pleinement unis : la communion parfaite, quand plus rien ne peut nous séparer ou nous éloigner. Petite parenthèse pour ceux qui se préparent au mariage : c’est du même ordre ! Et si c’est avec Dieu, chacun, alors c’est aussi entre nous, fils et filles de Dieu...
L’union parfaite, la communion d’amour qui fait vivre, force est de constater que dans l’histoire de l’Église on n’a pas été au top, entre chrétiens. Nos différents théologiques mais aussi nos conflits géo-politiques ont parfois pris le dessus et ça a entraîné des divisions durables. On s’est même fait la guerre et on s’est même trucidé !! Quand on y pense…
Et on le sait bien – parce que dans toute famille c’est ça l’enjeu – quand on se fait mal et que ça semble assez irréconciliable, il va falloir trouver des chemins de pardon, de mise en mots ; il va falloir se réapprivoiser et accepter de reconnaître que je ne sais plus toujours qui est vraiment l’autre. L’autre que je juge et que je crois connaître mais peut-être pas tant que cela. Et il va falloir m’approcher, écouter, entendre ce qu’il porte en propre, entendre aussi ce qui est blessé, et pouvoir dire à mon tour.
Et alors peu à peu nous allons nous connaître – nous connaître mieux –, et peu à peu alors nous reconnaître, nous reconnaître comme croyants au Christ, et même, en fait, du coup, comme frères et sœurs en Christ…
Mais si je reviens à l’évangile de ce jour, entendons que ça ne viendra pas que de nous, pas que de nous-seuls : mais de Dieu, si nous le lui demandons et surtout si nous l’écoutons.
Ce qui me fait dire ça c’est parce que Jean-Baptiste, quand il dit qu’il ne connaissait pas Jésus, il ajoute qu’il a été envoyé pour baptiser celui qui vient et qui va recevoir l’Esprit Saint. Mais qui l’a envoyé ? C’est Dieu, Dieu le Père, Dieu qui envoie son Esprit Saint sur Jésus que nous pouvons confesser Fils de Dieu et que nous allons reconnaissons comme lumière des nations…
C’est l’appel pour nous à entrer dans cette même dynamique d’écoute de ce que Dieu veut pour nous, en fixant des yeux le Christ, l’Agneau de Dieu ; écoute de ce qu’il nous dit et du chemin qu’il va nous indiquer, pour entrer dans cette connaissance de l’autre qui est là et qui va croiser ma route, cet autre par qui Dieu veut peut-être même se révéler à moi.
Voilà pourquoi il va falloir prier pour l’unité des chrétiens : parce que ça ne peut pas venir que de nous que de vouloir nous reconnaître pour de vrai comme frères et sœurs, surtout quand nous avons des traditions confessionnelles parfois si différentes, tout ça à cause de notre histoire douloureuse et de ces longs siècles d’éloignement.
Et ça ne va pas aller de soi de se dire qu’il y à entendre et apprendre de l’autre, malgré ces différences. St Jean-Paul II invitait l’Église à entrer dans une démarche œcuménique de réconciliation non pas en voulant d’abord que l’autre redevienne comme moi, mais en vivant ce qu’il appelait un « échange de dons ». Ça veut dire reconnaître que l’autre a quelque chose en propre à me donner et dont j’ai donc besoin pour avancer et même pour mieux connaître Jésus.
Et notre drame aujourd’hui, je trouve, c’est qu’on s’en fout un peu des autres, et notamment des autres chrétiens pas cathos, dans une sorte d’indifférentisme mou. Moi le premier je me rends compte par exemple que je ne connais pas les membres de l’Église évangélique qui est juste de l’autre côté de la place de Metz, au début de la rue qui part vers Monoprix. Or ils sont exactement de ceux dont nous parlait la fin de la 2ème lecture, tout à l’heure, quand St Paul parle de « ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelés à être saints [– ça c’est nous, on pourrait dire, ceux à qui St Paul parle ; et il ajoute : –] avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre » – c’est toujours St Paul qui parle ! « Tous ceux qui invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre. »
Et eux comme nous sont appelés par le Seigneur à être lumière(s) pour les nations – pour reprendre l’expression de la 1ère lecture – ; eux comme nous sont des Bien-aimés de Dieu qui veulent marcher à la suite du Christ et apprendre à le connaître, qui ouvrent comme nous les Écritures et qui essayent de vivre ses appels. Comme nous.
Alors certes, tous ne reconnaissent pas Jésus qui vient à nous dans le mystère de l’eucharistie, l’Agneau de Dieu, et qui, là, se donne à nous ; mais c’est bien parce que peu à peu nous nous connaîtrons, nous nous parlerons et nous nous écouterons que nous pourrons leur dire bien simplement pourquoi nous ça nous fait vivre et pourquoi nous croyons que là Dieu se donne et que le Christ se fait notre force pour vivre et pour devenir ce que nous recevons : le Corps du Christ, sa présence en paroles et en actes aujourd’hui, ensemble, au souffle de l’Esprit Saint…
Je terminerai en rappelant que cet enjeu de communion il est réel entre nous aussi, déjà, dans une vie fraternelle à faire grandir, et dans cet enjeu à nous connaître et nous recevoir les uns les autres comme des frères et des sœurs en Christ. Je pense souvent à ce verset de Jésus, juste après le lavement des pieds, en Jn 13,35 : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples ». Je crois qu’ici tout est dit… Amen !