Ce livre est un bon complément à la première biographie parue sur le pape Léon XIV, de Elise Ann Allen, que j’ai déjà recommandée (ici) sur ce blog et qui est d’ailleurs citée 2-3 fois en ces pages. Nous faisons là un focus sur les années péruviennes du nouveau pape, le religieux et le pasteur qu’il fut là-bas et comment ça a formé celui qui nous est aujourd’hui donné comme pape.
Les auteurs ont pris la route, à la rencontre de personnes qui ont connu et travaillé avec Robert Prevost, quand il était religieux puis curé puis évêque. La parole leur est même donnée pour ponctuer le livre de leur témoignage.
Et surtout, ces pages nous plongent (parfois longuement) dans l’histoire et la culture ecclésiale péruviennes, pour mieux comprendre quel « monde » a façonné ce pape et entendre ce qu’il a vécu là et ce que furent ses axes pastoraux : l’enjeu de rejoindre et d’accompagner la religiosité populaire mais aussi la pauvreté parfois extrême de beaucoup, la mise en place de plans pastoraux de responsabilisation de chacun (et de synodalité), dans un lent et patient travail d’écoute avant de décider, avec le désir et l’objectif de créer des ponts et de ne pas renforcer des polarisations existantes, mais au contraire les atténuer, en ne visant pas l’uniformité mais bien l’unité, la communion, qui fait droit aux différences mais qui appelle à marcher ensemble.
On retrouve en ces pages beaucoup d’intuitions du pape François et les directions qu’il donna à l’Église, et d’où ça vient. On comprend que le pape Léon a été marqué par des réalités similaires bien qu’il soit lui-même un homme habité de plusieurs cultures qu’il a appris à accueillir comme telles et à unifier en lui.
On découvrir aussi (comme dans l’autre biographie ci-dessus déjà mentionnée) le missionnaire et théologien qu’il fut, le pasteur aussi et homme de gouvernement. Un homme de décision prudente, pour ne pas blesser la communion et l’unité qui se construit, un homme qui préfère avancer lentement, pour se mettre au rythme du plus grand nombre, entraîner avec lui, et donc écouter, rencontrer, sentir de l’intérieur.
Je trouve tout cela très intéressant, et notamment tout ce qui est raconté des projets pastoraux, qu’on pourrait dire synodaux, que le curé Prevost essaya de mettre en place, dans une belle et réelle « coresponsabilité différenciée ». Intéressant aussi de comprendre (et relire) quel missionnaire il fut, osant la rencontre à hauteur de l’autre qui est là, y compris à me rejoindre jusque dans cette religiosité populaire qui peut déstabiliser mais qui peut devenir chemin de foi et lieu d’évangélisation, si c’est accompagné.
Une lecture intéressante, donc, et parfois même inspirante. Même si on pourra regretter que l’éditeur ait laissé passé quelques fautes un peu étonnantes… ce qui donne malheureusement l’impression que ça a été mis sous presse un peu vite et dans une certaine précipitation… Un peu dommage…
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Véronique Lecaros et César Piscoya, Léon XIV. Portrait d’un pape péruvien, Fayard, octobre 2025, 306 pages, 23€.