Homélie Dimanche de la Miséricorde

[Tony Castro, détail d’une fresque - Brésil]

[Tony Castro, détail d’une fresque - Brésil]

2ème dimanche de Pâques | Dim. de la divine Miséricorde

Ac 2,42-47 / Ps 117 / 1P 1,3-9 / Jn 20,19-31


Pour clore l’Octave de Pâques, nous fêtons donc la divine Miséricorde, la miséricorde de Dieu, son amour sauveur.

Je l’ai souvent citée, ici à St Jo (et déjà dans ma paroisse précédente), cette définition qu’en donnait alors le pape François, dans le texte d’annonce du Grand Jubilé de la Miséricorde, en 2016, où il disait que la miséricorde de Dieu c’est son amour « qui console, qui pardonne et qui donne l’espérance ». L’amour sauveur de Dieu.

Et le texte d’Évangile de ce dimanche vient justement illustrer cela, cet amour sauveur, cet amour qui console et réconforte, cet amour qui pardonne et appelle au pardon, cet amour qui se fait paix du cœur et salut, cet amour qui met sa confiance en l’autre, malgré ses faiblesses et son péché, malgré son manque de foi, et qui l’envoie en mission…

On l’a entendu, les disciples de Jésus étaient comme enfermés, emmurés chez eux ; leurs portes étaient « verrouillés », dit le texte, ils étaient dans la peur – la peur, sans doute, qu’on leur réserve un sort analogue à celui de Jésus – ; emmurés, emprisonnés sans doute aussi dans la tristesse et même dans une sorte d’effroi et de désespérance, car ils ont vu leur maître se faire crucifier – lui qu’ils avaient cru être leur Sauveur, l’Envoyé de Dieu, son Messie, lui qui n’a même pas su se sauver lui-même… C’est comme si tout s’était effondré pour eux, un peu comme si c’était trois ans de leur vie qui volaient en éclats…

Alors ils sont comme paralysés, nos disciples. Et voilà que Jésus est là, Jésus qui est ressuscité, Jésus qui a bien été sauvé de la mort. Jésus est là, au milieu d’eux ; mais c’est in-croyable, im-possible, à vue humaine. Ils ont du mal à le reconnaître.

Pourtant c’est bien lui, et voilà cette parole qu’il leur adresse, en apparence tout simple et un peu facile, mais qui est une parole de réconfort et même plus que cela, une parole de salut : « La paix soit avec vous ».

C’est une parole de salut car elle signe une libération : elle est promesse de libération de toute crainte, de toute peur, cette paix promise, cette paix du cœur que Jésus vient leur donner et qui nous est promise à nous aussi, au cœur de nos propres épreuves, de nos découragements ou de je ne sais quelle angoisse qui nous paralyse peut-être…

« La paix soit avec vous », leur dit Jésus. À deux reprises d’abord. Et quand il revient, une semaine après, rien n’a changé, il doit le leur redire encore, une troisième fois. Il faut que ça descende en eux, que ça prenne corps en eux ; en nous aussi : il nous faut y croire, nous y ouvrir ; et il va nous falloir parfois du temps pour laisser cette paix nous envahir.

Entendons et réentendons cette promesse, cette paix que Jésus donne et veut nous donner. Croyons qu’il le peut, demandons-la pour nous aussi, pour nos proches, pour ce monde. Car la paix du cœur est salut, elle nous libère de la peur et nous donne d’oser nous relever, d’oser reprendre la route – et d’y croire.

Elle ouvre même à la joie, cette paix ; on l’a entendu : « Les disciples furent remplis de joie. »

Alors ils peuvent y aller et recevoir cette mission que le Christ ressuscité leur confie, celle du pardon. Remettre les péchés. Croire que le pardon est non seulement possible mais que c’est même ce que Dieu attend de nous, ce qu’il nous sait capable de vivre, avec sa force à lui, et malgré tout parfois, et qui demandera parfois même du temps. Mais qui est salut, non seulement pour celui qui arrive à pardonner que pour celui que nous arrivons à pardonner.

C’est un chemin, parfois difficile, mais libérateur. Et c’est notre mission de disciples de Jésus. Donner à croire et à entendre que personne n’est que ce mal qu’il a pu faire, que chacun est aimable malgré tout et en tout cas aimé de Dieu, Dieu qui sait et qui voit le fond des cœurs, Dieu qui est plus grands que nos cœurs qui jugent et se jugent, Dieu qui sait nos vies blessées qui se font alors blessantes.

Elle est là aussi la miséricorde de Dieu. À laquelle il nous appelle à sa suite.

Alors c’est vrai, à vue humaine un tel pardon nous paraît parfois impossible. Mais rien n’est impossible à Dieu. Et il donne pour cela son Esprit Saint, sa force de vie et d’amour, force de pardon et de résurrection. Notre évangile l’a dit : « Jésus souffla sur eux et il leur dit : Recevez l’Esprit Saint ».

Demandons-le, invoquons-le, pour vivre les appels de Dieu ; et pour croire en cette confiance que Dieu nous fait, cette confiance qu’il a en nous, en notre capacité d’aimer comme lui.

C’est d’ailleurs le commandement que Jésus nous a laissés, et c’est ce qu’il a vécu parmi nous, jusqu’au bout, quoi qu’il en coûte : l’appel à nous aimer les uns les autres comme lui, le Christ, nous a aimés (cf. Jn 15,12), dans le don de lui-même par amour, pour nous sauver de tout péché, de tout mal et de toute mort, et nous ouvrir-là un chemin de vie et d’espérance…

Sur la Croix encore le Christ a vécu le pardon, alors qu’il mourait à cause de notre péché et de la violence des hommes. Quand il dit : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font »...

Alors oui, le Christ est ressuscité, c’est ce que nous fêtons ces jours, et sa résurrection devient promesse de vie pour nous, et même force de vie, moteur de vie et de confiance. Cette promesse est notre espérance, cette certitude de foi que la vie est plus forte que tout mal, même malgré les apparences premières et immédiates, et donc que c’est possible le pardon, que c’est possible de se relever, que c’est possible de retrouver avec lui, le Christ, la paix du cœur, au cœur-même de ce que la vie nous donne de vivre et de traverser.

La résurrection du Christ est un appel et une promesse de vie dès ici-bas déjà ; je le redis, elle se fait déjà pardon, capacité à pardonner, appel à pardonner.

Et puis elle est aussi appel à aimer concrètement l’autre qui souffre, prendre soin de lui, lui qui est blessé.

Voilà notamment pourquoi Jésus invite Thomas à toucher ses plaies. Pas seulement comme une preuve que c’est bien lui – même si ça aide ! –, mais aussi parce que l’amour sauveur de Dieu qu’est le Christ Jésus s’est abaissé jusque-là, jusque dans la souffrance et la mort qui marquent notre vie à tous ; il s’est abaissé jusqu’à nous, il a guéri les malades, et il nous appelle à nous faire proche de celles et ceux qui souffrent, à soigner leur blessure et leur offrir consolation et réconfort, et par là-même leur redonner espérance.

Toucher aujourd’hui la chair souffrante de celles et ceux qui sont blessés par la vie ou malades – et de tous ordres –, c’est toucher les plaies et la chair blessée du Christ, aujourd’hui.

C’est cela aussi sa miséricorde, l’amour en actes qui soigne et qui apaise l’autre qui souffre. Rappelez-vous la parabole du Bon-samaritain, en Lc 10, mais aussi celle du Jugement dernier en Mt 25 où Jésus nous dit que ce qu’on aura fait aux plus petits qui sont là et qui souffraient c’est à lui que nous l’aurons fait !

Alors oui, le Christ est ressuscité. Et certes, les disciples ont du mal à y croire, ils ont du mal à reconnaître Jésus vivant et présent avec eux. Mais il les envoie en mission, il les envoie vivre sa mission, vivre son amour sauveur, sa miséricorde.

Rien de bien nouveau, en fait ; il l’avait dit quasi dès le début, du moins dans l’évangile de Luc, au chapitre 6 : « Soyez miséricordieux comme le Père est miséricordieux » (Lc 6,36). Et ainsi nous poursuivons l’œuvre-même du Christ, l’œuvre de salut du Père ; nous sommes appelés à devenir des ressuscitants pour d’autres.

Je le redis : le Christ compte sur nous, malgré nos petitesses et notre péché, malgré même nos manques de foi.

Il compte sur nous pour être sa voix qui console et réconforte, qui encourage et trouve les mots ; il compte sur nous pour être ses mains qui soignent et apaisent, qui poussent l’autre à oser reprendre la route et l’y entrainent. Être sa présence. C’est ce que nous sommes, car c’est ce que nous célébrons à chaque eucharistie où nous devenons ce que nous recevons : le Corps du Christ.

Pour l’heure entendons sa promesse de paix et accueillons cette paix promise ; demandons-la.

Et que le Christ nous donne de vivre de la joie de sa résurrection. Que ça nous booste, que ça nous donne courage et confiance, pour être ses témoins, des témoins de sa divine miséricorde, des témoins de l’amour sauveur de Dieu. Nous le savons, nos vies à chacun, comme ce monde, en ont bien besoin. Amen.

 

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