C’est vraiment très beau. Je me disais même : voilà encore un très beau roman de Gaëlle Josse, et encore un très beau roman sur cette question finalement existentielle de toute vie : qu’est-ce qu’aimer ? Et même : pourquoi aime-t-on, ou plutôt : qu’est-ce qui là se joue de nous, de notre vie, y compris au cœur de l’amour qui parfois vous laisse blessé ?
C’est l’histoire d’un tableau, le Saint Sébastien de Georges de La Tour. C’est d’ailleurs son histoire à lui aussi, le peintre, et celle du jeune Laurent, son apprenti. Et en parallèle, c’est l’histoire de cette femme qui tombera un jour sur ce tableau, dans un musée, et qui, en le contemplant, se retrouve confrontée aux souvenirs de cet amour perdu qui l’aura tant travaillée.
Et d’un chapitre à l’autre, les uns les autres racontent, une époque alternant avec l’autre, de chapitre en chapitre. Et là se mettent en mots des nuits, et leurs jeux d’ombre et de lumière…
Autant je ne suis pas très fan de ce procédé littéraire d’alternance de chapitres entre les deux époques – et finalement entre chacune des deux histoires –, autant le style de Gaëlle Josse est toujours aussi beau, empreint, là encore, d’une certaine délicatesse ou douceur, et qui en ajoute à ce que j’ai envie d’appeler une belle profondeur du récit, dans la façon de raconter – je ne sais trop comment dire, mais c’est très beau, vous verrez…
Vous l’aurez (donc) compris, c’est de la belle littérature – pour moi en tout cas. Et en plus, ici, dans la mise en mots, en récit, de ce qui est de la très belle peinture. On y est plongé par le regard et les pensées de l’artiste mais aussi par le regard et ce que ça éveille chez cette femme de sa propre histoire blessée. Magnifique et bouleversant.
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Gaëlle Josse, L’ombre de nos nuits, J’ai lu, rééd. avril 2024, 190 pages (format poche), 7€40 (1ère éd. Les éditions Noir sur Blanc 2016, puis J’ai lu 2017).