4ème dimanche de Pâques - Année A
Ac 2,14a.36-41 / Ps 22 / 1P 2,20b-25 / Jn 10,1-10
En méditant ces textes pour ce soir, j’ai été arrêté, pris, par cette question qu’on a entendue dans la 1ère lecture et qui me donne l’impression d’être une question qu’on entend souvent, ici aussi à St Jo, 2000 ans après ! Ce « que devons-nous faire ? » que la foule adresse à Pierre et aux apôtres au jour de la Pentecôte.
Y’a un truc un peu fou qui vient de se passer, l’Esprit Saint qui vient de saisir les apôtres, Pierre qui vient du coup de faire une prédication musclée qui vient toucher les cœurs, et là les gens se demandent comment en être eux aussi de ce feu de Dieu qui est là – ils en sont témoin – et qui vient éveiller en eux un quelque chose un peu difficile peut-être à mettre en mots, mais en tout cas un désir de Dieu ou de son salut, un désir d’être du Christ. Ça les prend eux aussi.
« Frères, que devons-nous faire ? »
C’est la question que beaucoup d’entre vous se posent aussi, je pense notamment aux nouveaux venus dans la foi, avec cette soif de tout découvrir et de faire bien les choses, mais je pense aussi à d’autres qui ont été baptisés tout jeune et qui sont bien de leur génération un peu identitaire et qui veulent savoir ce qu’on a le droit de faire quand on est chrétien et au contraire ce qu’on ne doit pas faire.
Quelle est la réponse de Pierre et plus largement de nos lectures ? « Que devons-nous faire ? » Nous convertir, dit Pierre. Et ça jaillit, cette réponse, comme une évidence… Nous convertir, précise-t-il ensuite, c’est nous détourner « de cette génération tortueuse » ; alors, dit-il, nous serons sauvés...
Mais comment faire, me direz-vous ? Deux réponses à cela, dans nos textes de ce jour encore. D’abord demander le baptême. Ça s’adresse notamment à vous qui avez fait ce soir votre entrée en Église mais plus largement aussi à tous ceux d’entre nous qui viennent peut-être voir sur la pointe des pieds, ou ceux d’entre vous qui ont déjà fait le pas et qui sont catéchumènes et qui vous préparez au baptême.
Être baptisés au nom de Jésus Christ, dit St Pierre, pour le pardon de nos péchés.
Être baptisés, c’est se laisser plonger dans les eaux du mal et de la mort pour y laisser notre vie sans Dieu et renaître à la vie nouvelle des enfants de Dieu, renaître de l’Esprit Saint, qui est le lien d’amour entre le Père et le Fils, qui est sa force de vie et d’amour qui peut toute chose, l’Esprit Saint qui a ressuscité Jésus d’entre les morts.
Et oui, on le sait bien, se détourner de ce qui est tortueux en ce monde, ça appelle à se laisser purifier de tout mal et de toute compromission avec le mal. Et c’est un chemin, c’est à la fois donné au jour de notre baptême et pourtant nous restons pécheurs, fragiles et faillibles, mais nous savons, nous croyons, que ça n’a pas et ça n’aura pas le dernier mot de notre vie, nous valons plus que ces actes mauvais, et qu’avec le Christ une lumière nous est donnée pour avancer, pour progresser avec lui vers le bien, pour aimer de cet amour-même de Dieu pour ce monde, ce monde qu’il aime tellement qu’il veut le sauver de tout mal, et nous avec.
Mais comment faire, me direz-vous encore ? C’est l’évangile de ce jour et la 2ème lecture qui nous en donnent une réponse : écouter la voix du Christ, le Christ Bon berger qui ne veut pas perdre les brebis qui lui sont confiées, le Christ qui nous appelle à le suivre, à mettre en lui notre confiance ; le Christ, nous a dit St Pierre avec la 2ème lecture, qui est et qui veut être le gardien de nos âmes…
« Que devons-nous faire ? » Écouter sa voix et passer par lui qui est « la Porte » – comme disait l’évangile. Et donc apprendre de lui, le Christ, comment faire, comment vivre en chrétiens ; et mettre notre confiance en lui, devenir ses disciples, résolument : en faire le maître de notre vie.
Et du coup, oui, nous détourner de cette génération tortueuse, comme disait la 1ère lecture, suivre et ne suivre que le Christ. Pas les fausses promesses de bonheur et de réussite dont on n’arrête pas de nous bassiner. Notre Dieu et notre maître c’est le Christ. Pas la recherche de pouvoir ou de plaisir d’abord, non, mais ce que le Christ nous enseigne de ce que veut dire aimer, aimer comme lui nous a aimés. C’est là le chemin du bonheur véritable.
Aimer en paroles et en actes, aimer jusqu’à pardonner, comme Dieu le fait pour nous. Dans une patience infinie à notre égard. Une patience d’amour qui se fait appel à entrer sur ce chemin-là avec le Christ. Aimer et pardonner à son école, dans cette confiance à faire grandir en la capacité de tout homme et de toute femme à se convertir et même à vivre pour le bien, malgré les apparences parfois, et même malgré le mal que l’autre a pu me faire ou ce mal que je fais, moi aussi, et qui traverse encore notre vie à tous…
Est-ce que nous sommes prêts à entrer sur ce chemin-là de vie et de bonheur ? Parce que c’est ça la vraie question !
Et pour ce faire, sommes-nous prêts à écouter sa voix, la voix du Christ Bon berger, le Christ qui veut nous conduire ? Et donc à nous détourner des voix autres qui peuvent nous tromper ? Sommes-nous prêts à nous y aider les uns les autres ? C’est bien un des enjeux de toute vie ecclésiale et communautaire – et c’est par exemple ce que permet aussi l’accompagnement spirituel, où on va apprendre à entendre ce qui se dit en nous, entendre si ça vient de nos petites idées à nous, aussi belles soient-elles, ou si ça vient de Dieu ou alors de l’esprit du monde voire du démon-tentateur.
L’accompagnement spirituel – si je peux faire une petite parenthèse en ce dimanche de prière pour les vocations [*] – c’est le lieu majeur pour celles et ceux d’entre vous qui se posent peut-être des questions vocationnelles – ou qui ne savent pas trop, justement – ; savoir par exemple si Dieu vous appelle à devenir prêtres – il en faut et c’est un beau chemin de vie –, ou pourquoi pas, à devenir diacre ; ou alors si Dieu vous appelle à la vie consacrée – que ce soit dans le monde, au service des plus petits, ou dans la vie contemplative pour porter ce monde dans la prière – ; ou si Dieu vous appelle plutôt à vous marier et vivre dans ce concret-là l’appel à aimer, en devenir signe par cette vie-là.
Je ferme ma parenthèse sur les vocations et je reviens à cet appel qui nous est adressé à tous, à écouter la voix du Seigneur, pour le suivre et se laisser enseigner par lui, pour le laisser nous conduire sur un chemin où nous déploierons qui nous sommes aux yeux de Dieu, un chemin où nous allons apprendre à aimer comme le Christ nous as aimés...
Pour écouter cette voix et se laisser conduire, l’enjeu de notre vie à tous c’est la prière et c’est aussi l’écoute de la Parole de Dieu. A la fois entendre ce qu’il nous commande et nous indique comme chemin, et contempler comment il fait, lui le Christ, comment il a nous a aimés jusqu’au bout, quoi qu’il en coûte, dans le don de sa vie par amour ; comment il l’a manifesté en se faisant proche de ceux qui souffrent, comment il a été ce salut en paroles et en actes que Dieu veut offrir à tous et dont nous avons tous besoin. Pour que nous ayons la vie, la vie en abondance…
Contempler le Christ, entendre ces appels, c’est bien ce que St Pierre nous a invité à faire très concrètement dans la 2ème lecture. Il s’adresse à des chrétiens persécutés et il leur dit de regarder comment le Christ a traversé cela avant eux. Contempler le Christ qui donne sa vie par amour, justement pour nous ouvrir un chemin de salut. Contempler le Christ qui souffre, lui aussi, le Christ qui traverse notre condition humaine jusque-là pour nous donner à entendre une espérance au cœur de toute épreuve : que la mort n’aura pas le dernier mot de notre vie, ni le mal, ni le péché, mais qu’un chemin de vie est ouvert pour nous, avec lui le Christ.
C’est bien le sens du baptême : nous laisser plonger dans la mort avec le Christ pour ressusciter avec lui. Mettre là notre confiance ; et décider de s’y mettre, de le suivre, de devenir ses disciples. Pour apprendre de lui et apprendre à se laisser conduire par l’Esprit Saint, se laisser éclairer par sa voix et sa Parole. Pour vivre, vivre et aimer, vivre pleinement en vivant de cet amour qu’est le sien, à son école...
Nous avons besoin de nous soutenir les uns les autres sur ce chemin, dans la complémentarité de nos vocations. Et nous prêtres nous sommes appelés à vous aider à cela, à vous conduire et vous accompagner au nom du Christ qui est le Bon berger, le Pasteur de son Église ; vous aider à nourrir votre vie spirituelle de la Parole et de la prière, avec d’autres évidemment, et vous offrir aussi les sacrements par lesquels Jésus vient nous rejoindre et nous donner sa force et son salut. Pour que nous en vivions, chacun et ensemble.
Alors « Que devons-nous faire ? » Nous convertir, toujours et encore, c’est-à-dire choisir le Christ, choisir de le suivre, choisir d’en faire le maitre et Seigneur de notre vie, écouter sa voix et nous nourrir de sa Parole et de ses sacrements. Et là, peu à peu, nous laisser former et conduire, nous laisser sauver aussi, et demander son Esprit Saint.
Et si dans la prière, ou au cœur de vos engagements, certains d’entre vous semblent entendre un appel à faire un pas de plus dans le don de soi et de toute sa vie pour le Christ et sa mission, ou si vous ne savez pas trop, faites-vous accompagner ; que nous puissions discerner ensemble, entendre ensemble, ce qui se joue là en vous, et ce à quoi le Seigneur veut peut-être vous appeler personnellement…
Pour l’heure, prions ; demandons au Seigneur la grâce de nous laisser conduire, dans la confiance en ce chemin de vie et de bonheur sur lequel il nous veut avec lui. Amen.
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[*] Depuis un peu plus de 60 ans le « Dimanche du Bon Pasteur » (4ème dimanche de Pâques) est aussi la Journée Mondiale de Prière pour les Vocations ; pour lire le message que le Pape Léon XIV nous adresse à cette occasion c’est par ici, en cliquant sur ce lien !