Voyage au bout de l'impossible

Voyage au bout de l'impossible

Ce roman m’aura franchement dérouté ! Déjà faut se lancer, c’est un pavé, et la couverture vous dit aussi que ce n’est pas mon style habituel. Mais pourquoi alors lire un tel livre ; et comment avoir l’idée, d’ailleurs ?

Je connais un peu Mickael, l’auteur de cette romance. Il signe-là son premier roman, et c’est d’abord la curiosité qui m’a poussé à aller voir. Et puis c’est une façon de soutenir un jeune écrivain dans cette aventure ! J’avoue aussi que ça m’intriguait, cette sorte d’écart entre la perception que j’ai de Mickael et ce que cette couverture semble dire d’un style de roman. J’ai connu Mickael dans mes années berjalliennes, il était alors étudiant, il était discret et taiseux, un peu ténébreux aussi, et solitaire. Mais il était surtout passionné de littérature – et je devrais même dire : de grande littérature ! Balzac, mais aussi Hugo, Musset, George Sand…

Alors j’avais envie d’aller voir, d’aller lire. Et quelle surprise ! Oui, de fait, c’est vraiment déroutant. Mais c’est original, et ce serait même intéressant...

C’est un roman épistolaire et littéraire. Je devrais même dire : une romance épistolaire et littéraire. Et je devrais même préciser encore, en osant ce néologisme : une romance épis-texto-laire et littéraire !

C’est l’histoire de Gabriel et Joy. Qui vont se « rencontrer », se croiser, sur les réseaux sociaux – instagram en l’occurence. Et va naître une « relation » – un dialogue, et plus que cela. En textos. Que nous lisons tels quels. Et c’est déroutant. Pour suivre le fil de la conversation déjà... Et puis cette plongée dans ce paradoxe de ces jeunes, entre goût pour la littérature et études poussées et, à côté de cela, une certaine « pauvreté » de la relation, ou plutôt une pauvreté de la discussion déjà, du moins dans la forme – car on sent bien derrière les mots non seulement des émotions, mais aussi des idées et surtout des vies, avec leurs passions mais aussi des difficultés, voire des blessures, et des questionnements ; mais tout ça est partagé dans cette « pauvreté » apparente d’un style qu’est celui des textos.

C’est déroutant aussi car on alterne avec des chapitres au style tout autre – et heureusement en fait ! Des chapitres plus introspectifs, et dans un style très littéraire – parfois presque trop ! – ce qui accentue le contraste ! Et d’un chapitre à l’autre on ne sait jamais tout de suite qui parle, car tous sont écrits à la 1ère personne du singulier, quel que soit le personnage qui soit là le narrateur – vous verrez que le roman lui-même s’en expliquera, dans les dernières pages...

Et vous ajoutez à cela quelques premiers courts chapitres très étonnants, une sorte de mise en comparaison littéraire de cette jeunesse d’aujourd’hui et de notre société avec des crabes ! On se demande bien sur quoi on est tombé en ouvrant ces pages ; mais c’est pas mal vu du tout, et c’est tellement intriguant qu’on a envie de lire un peu plus pour voir ce que ça veut dire, qu’est-ce que ça fait là, de quoi il va s’agir en ces pages !?

Et c’est globalement mon impression générale d’ailleurs : ce livre m’a tenu ; alors oui, c’est déroutant, c’est original, mais ça marche ! En tout cas moi ça m’aura pris, et j’aurai eu du mal à le lâcher, car on veut savoir ce qui va se passer et où tout cela va nous mener !

Vous verrez également que la littérature est omniprésente en ces pages. Dans les textos échangés comme dans le style des chapitres plus introspectifs, mais encore dans ce qui fonde en fait le récit lui-même – mais ça on ne le découvre pleinement qu’à la fin. Et ça m’aura même envie d’aller relire tel ou tel romans ici évoqués, et notamment La métamorphose de Kafka et le Voyage au bout de la nuit de Céline – qui sont, je crois, deux romans-clés du récit...

Dernier point qui m’aura dérouté encore : Gabriel, notre héros, c’est tellement Mickael, du peu que je connaisse de lui et de ce que j’ai pu suivre ces dernières années sur les réseaux ! Entre littérature et reprises en guitare qu’il publiait en stories. Même son style de textos, que je retrouve ces jours en échangeant avec lui sur ces pages et cette lecture !

Voilà... Voilà ce qui me vient pour parler de ce roman que je n’aurais sans doute jamais eu l’idée de lire si je n’avais connu Mickael, mais que je suis bien content d’avoir ouvert. Une histoire bien menée jusqu’au bout – avec, en plus, quelques petits rebondissements pas inintéressants – ; un roman qui nous plonge dans ce monde des relations virtuelles, presqu’une vie parallèle, dont on se demande ce que ça va pouvoir ouvrir comme chemin de vie – j’allais écrire : de vie réelle ; mais n’est-ce pas, pour une part, quelque chose de la vie réelle de cette génération, déroutante il est vraie, paradoxale aussi dans cette richesse intérieure que l’on peut porter et qui vous fait vivre et pourtant cette pauvreté de style à le partager, en textos ?!

En tout cas une expérience de lecture intéressante. Et originale. Que j’ai bien envie de partager avec ma nièce ou mes filleules, qui aiment lire, qui sont de la génération de Joy – avec qui dialogue Gabriel –, et qui sont prises elles aussi, par une part au moins, par ce monde du virtuel des relations et des réseaux sociaux ; ça m’intéresserait de savoir comment elles accrochent ou pas avec ce genre de littérature ! A suivre, donc...

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Mickael Faye, Voyage au bout de l’impossible, éd. Le Lys Bleu, décembre 2025, 407 pages, 27€.

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